Tadesse Abraham a rappelé que l’amour donne des ailes

Course à piedSamedi à Meinier, le Genevois a signé un succès plein d’émotion, là où il avait rencontré sa future femme dix ans plus tôt.

Le Genevois d’adoption Tadesse Abraham partage ses victoires avec sa femme, Senait, et son fils, Elod.

Le Genevois d’adoption Tadesse Abraham partage ses victoires avec sa femme, Senait, et son fils, Elod. Image: Maurane Di Matteo

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C’est une ligne de plus sur son palmarès. Un succès ordinaire en apparence. Bref, une sortie d’entraînement, à 20 km/h tout de même! Mais, à bien y penser, c’est beaucoup plus que tout cela. C’est un souvenir impérissable, un retour aux sources. Samedi, à Meinier, Tadesse Abraham aurait pu s’éponger le front, empocher le cornet du vainqueur et rentrer chez lui, à Sézenove, sans s’éterniser. L’orage menaçait. D’ailleurs, il aurait pu ne pas venir. Le champion d’Europe du semi-marathon avait les jambes lourdes et la tête déjà au Grand Prix de Berne, où il défiera samedi prochain Kenenisa Bekele, le recordman du monde du 5000 et du 10 000 mètres. À Meinier, dans ce coin de campagne souvent écrasé de chaleur, les cracks mettent rarement les pieds. Pourquoi leur GPS les mènerait-il ici? Sinon par accident ou par amour.

Le souvenir de 2008

En fait, c’est par hasard, chaperonné par ses amis Tesfaye Eticha et Joseph Bago, que Tadesse Abraham a découvert l’épreuve meynite il y a dix ans. Il n’était alors qu’un requérant d’asile qui court vite, établi à Uster, et il apprenait à conduire. En 2008, il n’avait même pas mis ses baskets et un dossard. Mais cela a peut-être été sa plus belle victoire! C’est ainsi, depuis ce temps-là, qu’il chérit tant cette course et qu’il lui voue une si tendre fidélité. Quitte à y participer «gratos», pour la beauté du geste.

«Quand je gagne, il n’y a que moi qui apparais, qu’on applaudit et qu’on félicite. Mais c’est injuste, mes victoires, ce sont aussi celles de ma femme, Senait, et de mon fils, Elod. Pour moi, combien de sacrifices acceptent-ils de faire? Je leur en suis infiniment redevable», confie le Genevois d’adoption quand il évoque, avec émotion, sa carrière. Quand il emprunte par la mémoire le chemin qu’il a suivi pour passer de l’ombre à la lumière, des souffrances de l’exil au bonheur de la vie.

Il fallait bien une photo pour immortaliser ce bonheur, car c’est ici, au cœur du village, que tout a commencé. «Mais il faut d’abord demander à Senait, elle ne sera peut-être pas d’accord», a prévenu Tade. La pudeur est la noblesse des gens simples. Senait a minaudé mais elle n’a pas dit non!

Et elle s’est souvenue en souriant de leur première rencontre. «J’étais venu à Meinier pour disputer mon premier 10 km, je préparais alors le marathon de New York. C’est Joseph Bago, un ancien camarade d’école, qui m’a présentée à Tadesse. On a vite sympathisé. Il m’a donné quelques conseils, je l’ai aidé à passer son permis de conduire. Et j’ai couru à New York en 4 h 38, bien avant mon futur mari!»

Un très bon papa

C’est pour célébrer la genèse de cette belle histoire d’amour que Tadesse Abraham a tenu à être de la fête, samedi à Meinier. David Holzer, le président de Courir pour aider, est de tout cœur avec lui. Pour lui aussi, le sport a été un entremetteur, un ange gardien. «C’est à la choucroute de l’US Meinier que j’ai fait la rencontre de ma future femme», sourit l’ancien footballeur. Ici, tout le monde est tombé sous le charme de ce coureur «d’une profonde humanité», qui «n’a pas la grosse tête» et qui «court plus vite que son ombre sans jamais perdre le sens de l’humour». En dix ans de succès, a-t-il d’ailleurs vraiment changé? «Oui, répond Senait, il a appris le français et c’est un très bon papa, surtout quand il est là.»

À la fin du mois, Tadesse Abraham repartira pour son traditionnel camp d’entraînement à Addis-Abeba, là où il préparera le marathon des Championnats d’Europe. À Berlin, Senait et Elod seront là pour l’encourager, comme à Amsterdam, New York ou Meinier.

Victoire anecdotique

Samedi, la victoire de «Tade» devant l’Ethiopien Sisay Yazew était presque anecdotique, même si son chrono (29’54) honore le sérieux de son engagement. Pour Elod, elle était naturelle, comme son T-shirt le revendique sans équivoque: «mon papa est le plus rapide». Pour Senait, elle était juste un signe du destin. En fait, c’est surtout KiféKoi, l’association soutenue cette année par Courir pour aider, qui a gagné la palme. Pour elle, plus de mille participants ont mouillé leur maillot. (TDG)

Créé: 13.05.2018, 21h24

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