Stamm: «On avait un pit-bull collé aux fesses»

Voile Le marin suisse revient gentiment sur terre après son record du tour du monde. Il raconte son épopée.

Sébastien Audigane, Alex Pella, Gwenolé Gahinet, Francis Joyon, Bernard Stamm et Clément Surtel se sont joués du globe avec virtuosité.

Sébastien Audigane, Alex Pella, Gwenolé Gahinet, Francis Joyon, Bernard Stamm et Clément Surtel se sont joués du globe avec virtuosité. Image: JEAN-MARIE LIOT/DPPI/IDEC SPORT

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Il y a toujours un Suisse à bord! Lors des quatre derniers records du Trophée Jules Verne, un enfant du lac s’est à chaque fois glissé sur les monstres des océans. Tout avait commencé en mars 2005, avec un certain Bernard Stamm, embarqué par Bruno Peyron sur Orange 2. Cinq ans plus tard, c’est Stève Ravussin qui décrochait la timbale avec Franck Cammas et Groupama 3. En 2011, c’est le frère du Vaudois, Yvan, qui amenait sa pierre à l’édifice bâti par Banque Populaire V et Loïck Peyron. «C’est une chouette tradition qui se poursuit», dit Bernard Stamm, qui revient gentiment sur terre.

Depuis jeudi, il n’arrête pas. Pour la deuxième fois, il a donc inscrit son nom au plus prestigieux des records de la voile. Avec Francis Joyon, son capitaine, il a bouclé le tour du monde en affolant les chronos. Quarante jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes: Idec Sport, beau trimaran de 31,5 mètres – il s’agit de l’ancien Groupama 3, légèrement modifié et optimisé – est entré dans l’histoire avec ses six hommes d’équipage. «Nous avons sensiblement monté la barre, se marre Bernard Stamm. Ceux qui vont s’attaquer à notre record vont devoir cravacher ferme tout en comptant sur un enchaînement météo aussi favorable que le nôtre.»

Une très longue fête

A Brest, la fête a été belle. Sans trop de chichis. «Ensuite, je suis allé aussi fêter l’arrivée de certains concurrents du Vendée Globe qui sont aussi revenus jeudi. Notamment avec mon ami Jean Le Cam. Ce n’est que depuis aujourd’hui que tout se calme tranquillement.» Quatre jours après, quel regard porte-t-il sur son exploit? «C’est avant tout une fierté d’avoir été au bout du truc, dit-il. C’est vrai que c’est toujours bon pour le moral. Je ne cache pas que les dernières années n’ont pas toujours été simples. Après la perte de mon dernier monocoque Imoca, il m’a fallu du temps pour assainir tout ça. Ce record tombe bien. Je vais m’accorder un peu de repos avant d’envisager de nouveaux projets.»

On ne ressort pas indemne d’un sprint échevelé sur les océans déchaînés. La performance des six marins est majuscule. «Sur le plan physique, cela a été assez sévère, dit le Vaudois. A ces vitesses-là, la vie est de toute façon compliquée à bord. Il y avait un bon roulement et de bonnes plages de repos. On n’était pas dans une navigation solitaire, où le sommeil est toujours soumis aux aléas. Quand tu navigues en solo, les sens sont en permanence en éveil. Ici, on pouvait se reposer vraiment, tant le corps que la tête.»

Le «run» du siècle

Il fallait bien cela pour réaliser ce que d’aucuns qualifient déjà de «run» du siècle. On veut parler de ces dix jours dans le Grand-Sud, avec notamment la traversée de l’océan Indien. Dix jours consécutifs à plus de 35 nœuds de moyenne! Il est parfois bon d’user de la table de conversion pour souligner que le vent a donc porté Idec Sport à plus de 65 km/h de moyenne. Il suffit de faire un jour l’expérience sur le lac ou ailleurs, avec un bateau à moteur suffisamment puissant, pour commencer à comprendre. Le bruit du vent. Le son du carbone qui hurle. Les bouts qui se tendent. Les visages fouettés par le vent glacial venu du sud.

«Pour nous, les conditions étaient parfaites avec du vent et une mer plate, dit Bernard Stamm. C’était de la tension car il ne fallait pas faire de bêtise. Sur les multicoques, le droit à l’erreur n’existe pas. Nous avions réussi à nous positionner devant un front. Et il fallait absolument que nous nous maintenions à cet endroit pour avancer à la même vitesse que cette dépression. C’était comme si on avait un pit-bull aux fesses!» C’est à l’issue de cette chevauchée fantastique que le commando a pris conscience que le record pouvait tomber.

«Il restait encore un demi-tour du monde, rappelle le plus breton des marins suisses. Avec le Pacifique, l’Atlantique Sud… Là encore, nous avons eu un enchaînement de systèmes météorologiques favorables. La pression que nous pouvions alors ressentir, sur la deuxième moitié de course, était plutôt liée aux aspects mécaniques. La peur de casser quelque chose est toujours présente dans un coin de la tête.»

La solution pour passer entre les gouttes, les icebergs ou les objets flottants non identifiés est simple: il suffit juste de mettre un marin suisse à bord.

Créé: 30.01.2017, 23h32

Perspectives

Record à battre «Il est évident que l’avenir appartient aux bateaux à foils, dit Bernard Stamm. Les bateaux actuels, pour espérer battre ce record de 40 jours, devront avoir un maximum de réussite avec la météo. Des projets vont émerger, c’est certain. Sur notre tour, il n’y a guère que sur la descente de l’Atlantique Nord et sur les traversées du pot au noir que nous avons été ralentis.» Ça laisse peu de marge… G.SZ

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