Stamm: «C’est un vrai cadeau mais ça n’a pas été un long fleuve tranquille»

VoileAvec son compère Jean Le Cam, le Vaudois s’adjuge la Barcelona Race. Le vent qui cale a fait durer leur plaisir partagé.

Bernard Stamm et Jean Le Cam ont franchi la ligne d’arrivée au large de Barcelone à la nuit tombante.

Bernard Stamm et Jean Le Cam ont franchi la ligne d’arrivée au large de Barcelone à la nuit tombante. Image: Jean-Guy Python

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C’est une victoire annoncée, qui s’est fait désirer. A la barre de Cheminées Poujoulat, leur 60 pieds Imoca, Bernard Stamm et Jean Le Cam ont dû ronger leur frein avant de toucher la terre promise à la nuit tombante, dans une dernière éclaboussure de soleil qui a magnifié leur victoire éclatante. L’interminable approche n’a fait que durer leur plaisir partagé. Ils étaient rasés de près mais comme leur bateau, astiqué en apparence, ils dissimulaient mal leur extrême fatigue.

«On était encore prêts à y passer la nuit», dira le Breton, pince-sans-rire. «C’est une belle récompense, un vrai cadeau», ajoutera le Vaudois, le sourire plus radieux, comme si l’attente avait prolongé son sentiment de délivrance après tant de mésaventures et de grains essuyés. L’offrande de la mer lui va droit au cœur, cette mer qui ne l’a pas toujours épargné, qui lui a pris un bateau et lui a enlevé beaucoup d’illusions.

«Ça se termine bien»

Pour le skipper de Saint-Prex, cette troisième édition de la Barcelona Race aura bien été une planche de salut, la concrétisation d’un nouveau départ. Le galérien maudit est redevenu un loup de mer conquérant, déjà vainqueur de deux circumnavigations – en solitaire celles-ci – l’Around Alone en 2003 et la Velux 5 Oceans en 2007. «C’est bien simple, quand je fais le tour du monde, je finis premier ou je me perds en route.» A l’heure des confidences, sa pudeur océane tombée, il se met à s’esclaffer. «Là, ça se termine bien. Ça fait vraiment du bien…»

Les deux compères, devenus complices après avoir été longtemps rivaux, ont si bien fait les choses qu’ils ont bouclé leur périple en 84 jours, 5 heures et 50 minutes. Une odyssée fulgurante comparée au précédent temps référence de Jean-Pierre Dick, vainqueur de la première édition en 92 jours! On ne les attendait pas de sitôt. Début avril disaient les étendards. «Des conneries, on en écrit des paquets», lâche le Roi Jean. Chassez le naturel, il revient à flot…

Après avoir essuyé des tempêtes dantesques dans l’océan Indien et battu des records de vitesse, Cheminées Poujoulat a donc bouclé son périple à l’allure pépère d’un bateau de croisière. «Mais ne croyez pas que ce fut un long fleuve tranquille», précise Bernard Stamm. Il se revoit, accroché en haut du mât, réparer son rail de grand-voile ou pleurer son hook envolé. Plus de dix fois à risquer la culbute fatale! Un exercice d’équilibriste avec ses articulations de quinqua qui couinent. Et il raconte ces quinze derniers jours de navigation, à 35 nœuds au près, à quatre pattes sur le pont d’un navire en folie. «Je rêve d’un verre de rouge, de tapas et de W.-C. qui ne bougent pas…», dit-il.

Leur couple a tenu bon!

Les deux hommes rient de bon cœur. Leur «couple» a tenu bon. «On s’est surtout acharné à faire fonctionner un bateau compliqué. On n’a pas eu le temps de se prendre le bec», affirme Bernard Stamm. «C’est comme tous les couples, à chaque jour suffit sa peine», glisse Jean Le Cam. Pour eux, le triomphe a un goût de sel et de cendres. Au lendemain du drame aérien qui a frappé le ciel européen, l’Espagne est en deuil. L’heure est au recueillement, pas à la fête.

Hier soir, les autorités catalanes se sont excusées de ne pas leur accorder l’habituel protocole qui célèbre d’ordinaire le retour des héros de la mer. Pas de cérémonie, de grand discours, de flonflon, ni de champagne. Juste une minute de silence et deux couronnes d’olivier. Un retour à la réalité qui oblige les deux navigateurs à vivre plus intérieurement leur brillante victoire. Pendant qu’ils en faisaient le tour, loin de la furie des hommes et si près de la fureur des eaux, le monde n’a cessé de vivre ses turpitudes.


Rallumer la flamme pour le Vendée Globe?

Effigie du bateau vainqueur et de la société niortaise qui sponsorise Bernard Stamm depuis 2003, le chat ronronne sur la voile de Cheminées Poujoulat. Longtemps, on a pu croire qu’il était noir, lui le compagnon fidèle des galères du Vaudois. Il avait même coulé dans la Manche, en décembre 2013. Mais le matou comme le marin rescapé ont plusieurs vies. «Bernard ne lâche jamais. Tous les salariés de l’entreprise sont fiers de lui. Depuis le temps, il fait partie de la famille», note Benoît Bodineau, le directeur de communication.

Voilà déjà plus de dix ans, contre vents et marées, que le manufacturier de conduits de cheminée (1500 employés, 220 millions d’euros de chiffre d’affaires) cingle les océans en compagnie de Bernard Stamm. Il s’était lancé en 2000 dans le sponsoring sportif en soutenant un autre navigateur suisse, Laurent Bourgnon, lancé sur les pistes du rallye Paris-Dakar! «Avec Bernard, on était fait pour s’entendre. On partage les mêmes valeurs, celles de la ténacité et de l’esprit novateur», poursuit Benoît Bodineau.

Insubmersible, l’aventure commune a repris de plus belle. «Il n’avait plus de bateau, plus d’équipe technique, mais il a trouvé la force de remonter un nouveau projet.» Le chargé de communication applaudit le navigateur et vante l’homme, qui «n’est pas un flambeur». «On sera toujours avec lui, comme cet été sur le Tour de France.» Mais à l’horizon, c’est plutôt le Vendée Globe 2016 qui interpelle, comme un chant de sirènes. Avant même d’accoster, Bernard Stamm avait abordé le sujet. En excluant la construction d’un nouveau bateau, trop tard, trop cher… Du côté de Cheminées Poujoulat, on n’est pas chaud: «On ne veut pas jouer les armateurs. Notre sponsoring dans la voile n’excède pas 1% de notre chiffre d’affaires.» Alors, pourquoi ne pas envisager le rachat du bateau qui vient de porter Stamm à la victoire? «Avant d’y songer, je vais me poser un peu», répondait le Vaudois, qui se dit à sec. (TDG)

Créé: 25.03.2015, 23h15

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