Passer au contenu principal

Ce Servette-là confirme, il a déjà tout d’un grand

Les Grenat reviennent de Thoune avec un succès cinglant (0-4). Et des assurances qui grandissent toujours plus vite.

Rouiller double la mise au sein d'une défense bernoise bernée.
Rouiller double la mise au sein d'une défense bernoise bernée.
Lafargue

À trop se bercer des louanges qui le couvent depuis son retour en Super League, Servette risquait d’embrasser toutes les fables. Celles qui habillaient le néopromu de toutes les vertus pour sa volonté de jouer sans subir; celles qui agitaient son glorieux passé comme un étendard éternel; celles encore qui racontaient le devenir extatique d’un contingent paré par décret de toutes les qualités. L’audace de Servette aura été d’écouter sagement ces flatteries. En leur donnant vie. Rentrer de Thoune avec un sévère 4-0 infligé aux Bernois raconte moins l’exploit du jour que ce qui l’a permis. Entre fable et réalité, les Grenat ont choisi de poser un pied dans la légende et l’autre dans le réel.

La légende pour commencer. Le plan de jeu est simple et diabolique à la fois: Thoune n’aime pas être mis sous pression, encore moins à domicile. Servette va donc placer un bloc haut, pour un pressing qui interdit la relance et toute précision dans les longs ballons verticaux qui font le sel des Bernois. Le 4-2-3-1 fait merveille, ce système permet de bloquer les espaces en jouant haut, sans même prendre trop de risques. Pendant vingt minutes, Thoune ne va pas contrôler le moindre ballon, ou alors seulement pour le renvoyer au loin dans les pieds grenat.

Il était une fois un Servette qui avait décidé de jouer? Le conte dépasse la fiction pour s’inscrire sur la pelouse synthétique de Thoune, là où beaucoup se prennent les pieds dans le tapis. La mésentente entre Faivre et Sutter, surpris qui glisse, fait donc le bonheur de Stevanovic, comme si le bonhomme devait incarner ce Servette sans autre histoire que la sienne. On peut leur prêter toutes les ambitions, le fait est que Geiger et les siens se donnent les moyens d’écrire leurs propres vérités.

Un contrôle intégral

On dit aussi tout le potentiel technique de ce groupe, proclamé au-dessus de la moyenne en Super League. C’est peut-être tout simplement vrai. Quand Wüthrich dépose le ballon sur la tête de Rouiller pour le 2-0, on ne joue que la 18e minute et tout cela est bien réel. Ici aucun fantasme, seulement des certitudes qui grossissent avec un Servette qui marque sur coup franc, une arme de plus à son arc.

Le contrôle intégral que les Servettiens avaient sur la rencontre laissait Thoune sans air. Mais pas sans orgueil. C’est à l’énergie que les Bernois ont mordu dans la seconde période, eux qui avaient si peu existé jusque-là. Et c’est précisément durant ces moments que les Grenat ont encore étonné. On pourra toujours s’interroger sur la tournure des événements si Thoune avait réduit le score. Une tentative heureuse de Munsy touchait le poteau extérieur de Frick, un Frick sauvé par Gonçalves sur une tentative chanceuse elle aussi, peu après. Mais avec des si…

C’est en équipe, dans un mouvement solidaire, que Servette a traversé les épreuves. Sans s’affoler: il y a quelque chose de fort qui unit les Grenat. Des hésitations, des mauvais choix, des erreurs peuvent surgir de ce livre ouvert: il semblait toujours y avoir un Servettien pour tourner la page. Pour avoir trop longtemps souffert de sa gestion des temps faibles, ce Servette-là a montré, à Thoune, qu’il savait grandir. Et même plus vite que prévu. Il y a là, déjà, les leçons assimilées des sorties à Young Boys ou plus encore à Bâle. Avec la réussite qui se mérite, qui se provoque.

Avec huit points en cinq matches, en s’étant déjà déplacé à Berne, à Bâle et à Thoune, Servette (4e au classement) a brillamment confirmé son début de saison. Il lui faut maintenant tenir le cap. Par-delà les fables, avec ses certitudes immanentes. Cela passe par un succès à la Praille, samedi soir, contre un Xamax dont il faudra se méfier.

----------

Garder les pieds sur terre

On pourrait croire Servette content de son net succès à Thoune. Il l’est. Mais sans se gargariser d’un résultat dont il connaît la fragilité malgré l’ampleur. Wüthrich a tout de suite eu les mots justes.

«On se savait fort dans le jeu, il fallait aussi l’efficacité, expliquait-il. Avec ce 4-0, nous sommes heureux. Mais nous avons un peu reculé après le 2-0 et cela nous a un peu mis en danger. C’est comme s’il pouvait y avoir des moments extraordinaires et aussi des oublis inexplicables. Cela veut dire une chose: qu’il y a encore du travail.»

Oui, il y a encore des équilibres à trouver et Alain Geiger s’y emploie. L’entraîneur transmet sa sérénité à son groupe. Quand Sauthier se blesse, il lance Rayan Souici. Le petit pépin à la cuisse de Kone à permis à Chagas d’être titulaire et de voir que rien n’est simple. Et il y a le dernier arrivé, Grejohn Kyei, qui ronge déjà son frein. «Tout se met en place, je suis très content de mon équipe, de la première période bien sûr, lançait l’entraîneur. Oui, nous avons reculé un peu. Il nous faut encore plus de confiance pour rester haut à 2-0, ce n’est pas évident à faire. Ce succès doit agir comme une prise de conscience supplémentaire. Mais je vais veiller à ce que tout le monde reste humble avant le derby contre Xamax, samedi.»

Servette devient une belle mécanique, capable de se priver de certains de ses titulaires (Kone, Ondoua, Sauthier en cours de match), sans que cela ne porte à conséquence. Le groupe grandit ensemble et c’est bien le plus important pour les prochaines échéances. «Nous avons su gérer intelligemment la pression que Thoune voulait nous imposer», dira Steve Rouiller, toujours irréprochable avec Sasso en défense centrale. Solidarité, technique, efficacité désormais: Servette a tout d’un grand. À lui d’en faire aussi une réalité sur la durée. D.V.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.