Le «Serena Gate» relance le débat sur la question de l’arbitrage

TennisAprès le «show Lahyani», la passe d’armes entre Serena Williams et Carlos Ramos confirme que le tennis cherche sa ligne. Sur de nombreux points.

«On n’a pas de code! Je ne triche pas pour gagner! Je préfère perdre!» a lancé Serena Williams à l’endroit de l’arbitre, qui lui avait infligé un avertissement pour coaching. Avertie trois fois en finale, elle a écopé de 17 000 dollars d’amende.

«On n’a pas de code! Je ne triche pas pour gagner! Je préfère perdre!» a lancé Serena Williams à l’endroit de l’arbitre, qui lui avait infligé un avertissement pour coaching. Avertie trois fois en finale, elle a écopé de 17 000 dollars d’amende. Image: Reuters

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Des larmes, des huées, une championne qui craque, un arbitre exfiltré, des accusations de sexisme, l’US Open a vécu samedi la finale du Grand Chelem la plus sulfureuse de l’histoire. Et depuis, le monde du tennis débat. Serena Williams aurait-elle pu retourner le match sans ces trois infractions? Le légalisme de Carlos Ramos était-il une forme de sexisme, comme l’ont dénoncé l’Américaine et son illustre devancière Billie Jean King? La première question restera sans réponse, la seconde brasse trop de vécu pour dégager un consensus dépassionné. Restent donc ces deux constats. Implacable de justesse, Naomi Osaka recevra dans quelques jours le crédit qu’elle mérite. Et cet US Open étrange aura démontré à quel point le tennis cherche une ligne directrice dans son arbitrage.

Pour rappel, le tournoi n’avait pas attendu le psychodrame de samedi pour remettre en cause ses officiels. Soutien intempestif de Mohamed Lahyani à Nick Kyrgios, sanction aveugle (puis retirée) à Alizé Cornet pour avoir retourné son haut, pause autogérée par John Millman et Novak Djokovic: plusieurs fois durant la quinzaine, les arbitres se sont retrouvés piégés entre le règlement et son application. Entre le fond et la forme. «À aucun moment, Carlos Ramos n’a cherché à désamorcer la situation, déplorait dimanche Lindsay Davenport sur Tennis Channel. Il aurait pu préciser à Serena que l’avertissement pour coaching était destiné à Patrick Mouratoglou. Ou la prévenir qu’il voyait des gestes suspects avant de la sanctionner. Je regrette qu’il n’ait rien tenté pour stopper cet engrenage, qui a fini par gâcher une finale de Grand Chelem.»

Une lutte d’influence

Dans l’intérêt du spectacle, l’argument de l’ancienne No 1 mondiale est implacable. Mais un arbitre doit-il forcément prévenir puis raisonner avant de sanctionner? Et n’est-ce pas exactement cette âme de pédagogue qui a poussé Mohamed Lahyani a foulé le principe d’équité en motivant Nick Kyrgios? Ce paradoxe met en lumière une réalité gênante. Dans un sport qui a transféré la majorité de son pouvoir aux joueurs, chaque décision arbitrale sujette à interprétation s’est transformée en une lutte d’influence. Coaching, violation de temps, timing de l’appel au challenge, voilà autant de zones grises qui ont aspiré les tensions jadis concentrées sur le seul jugement des impacts.

«Bien sûr que j’ai essayé de coacher, mais comme 100% de mes collègues, ne s’est pas caché Patrick Mouratoglou juste après la finale. Mais Serena n’a même pas vu mon geste. Et combien de fois Carlos Ramos a-t-il arbitré Nadal avec son oncle Toni qui parlait sans cesse?» Le Français a raison, pas un match ne se déroule sans qu’un entraîneur entre en contact avec son joueur (signes, paroles). Mais en citant Nadal, il oublie que l’Espagnol s’était plaint lors de Roland-Garros 2017 de la sévérité du Portugais. «Il y a des arbitres qui cherchent le conflit et mettent plus de pression sur le coaching ou le dépassement de temps. Il en fait partie. Je pense qu’un arbitre doit interpréter la situation et ne pas agir comme un chronomètre.»

Autoriser le coaching?

La loi et son interprétation, toujours. Vendredi soir, James Koethavong ne déclenchait plus la «shotclock» durant la demi-finale Nadal-Del Potro. Faisait-il preuve de psychologie, voyant le No 1 mondial au bord de la rupture physique? Ou manquait-il à son devoir? S’il veut éviter de nouveaux psychodrames, le tennis a intérêt à se poser rapidement ses questions. Car de Djokovic à Wimbledon (encore avec Ramos) à Serena Williams samedi soir, une accusation revient en boucle: celle du «deux poids deux mesures». «Il faut mettre fin à cette hypocrisie. Je suis pour autoriser purement et simplement le coaching», a lancé une Chris Evert remontée au micro d’ESPN. Pourquoi pas. La WTA a franchi le pas depuis longtemps. Mais faudra-t-il ensuite automatiser la «shotclock» et y ajouter un buzzer? Puis éditer un dictionnaire avec les formules précises qui méritent un avertissement? Espérons que le tennis tentera une vraie démarche d’uniformisation de ses procédures d’arbitrage avant d’en arriver là. (TDG)

Créé: 09.09.2018, 21h15

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