«Elle vous semble logique, cette vague de haine?»

MotocyclismeRomano Fenati, exclu suite à un acte de folie en course, demande pardon et annonce son retrait. Tout en hurlant à l’injustice…

Romano Fenati (à g.) actionne les freins de son rival à plus de 200 km/h. Résultat: on ne reverra plus jamais le pilote italien disputer un grand prix du championnat du monde. Il se projette dans la quincaillerie de son grand-père.

Romano Fenati (à g.) actionne les freins de son rival à plus de 200 km/h. Résultat: on ne reverra plus jamais le pilote italien disputer un grand prix du championnat du monde. Il se projette dans la quincaillerie de son grand-père. Image: DR

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«J’en ai fini avec le championnat du monde de moto. Je ne courrai plus jamais.» Romano Fenati raconte qu’il a très peu dormi, dimanche soir. Qu’il a longuement réfléchi. Le jour suivant la folie de Misano, quand il a «pincé» à 217 km/h les freins de Stefano Manzi, qui n’est miraculeusement pas tombé, l’écurie Marinelli Snipers l’a licencié. Son contrat pour la saison prochaine avec MV Agusta a été annulé. Les sponsors préviennent les équipes: «Gare à vous si vous lui donnez une moto à l’avenir.» Les tifosis menacent Romano Fenati: «Tu dois mourir.» À la maison, le téléphone sonne toutes les heures. Des milliers de messages sur Internet l’ont contraint à suspendre ses comptes sur les réseaux sociaux. Sur les murs d’Ascoli, sa ville, des insultes contre sa copine fleurissent. Le «monstre» a décidé de se retirer à la montagne: «Pour essayer de respirer de nouveau. Et comprendre.» Être un moment les pieds sur terre, peut-être, lui permettra d’aller mieux.

Alors, Romano Fenati, vous en avez marre?

Ce n’est plus mon monde. Il y a trop d’injustice. J’ai commis une erreur, c’est vrai: je demande pardon à tout le monde. Mais…

Mais?

Vous voulez voir mon casque et la combinaison? Il y a une longue rayure noire: le pneu de Manzi. Il m’a attaqué à trois reprises et lui aussi aurait pu me tuer, comme vous dites. La dernière des trois fois, il l’avait fait 500 mètres auparavant, alors je me suis dit: «Maintenant, je vais te faire la même chose, je vais te montrer que, tout comme toi, je peux aussi être méchant et, finalement, peut-être que tu comprendras ce que cela signifie.» Mais je n’ai jamais pensé à lui faire du mal, je le jure.

Il y a une différence entre se montrer agressif et provoquer délibérément la chute de l’adversaire, non?

Cela me ferait plaisir de vous voir en selle, sur l’une de ces motos. Peut-être qu’au final vous comprendriez quelque chose. Il y a des pilotes qui mettent en danger la vie des autres tous les dimanches, et personne ne dit rien. L’année passée, j’ai été le seul à ne pas subir de sanction pour mon comportement. Je pilote proprement, tout le monde le sait. Mais je ne supporte pas ceux qui jouent avec la peau des autres.

C’est pourtant ce que vous avez fait, en l’occurrence.

Peut-être qu’un vrai homme aurait conservé son calme pour se lamenter officiellement après la fin de la course. Disons que je n’ai pas été un vrai homme, ça vous va comme ça? J’ai commis une erreur, j’en paie les conséquences: je me rends, vous avez gagné. Et je dis stop, assez. Mais est-ce que beaucoup d’autres ne devraient pas s’en aller aussi? Essayez un peu d’y réfléchir.

À une telle vitesse, un champion ne se doit-il pas de rester lucide?

Oui, et moi, j’ai des problèmes à gérer toute cette rage que j’ai en moi, je l’admets. J’étais en train de travailler là-dessus depuis quelques années avec Lea, ma préparatrice mentale. J’ai été le pilote le plus correct de la saison passée et je continuais à aller bien. Jusqu’à dimanche.

Tout le monde a condamné votre action et, maintenant, les menaces de mort…

Je comprends l’animosité à mon égard, parce que je me suis trompé et parce que j’ai donné une image horrible de notre sport. Mais j’ai été trahi par mon instinct. Elle vous semble logique, toute cette vague de haine? À moi, non. Cette année, j’avais demandé à Stefano Bedon (ndlr: le manager de son écurie), qui a toujours été proche de moi, d’inclure dans mon contrat une clause de résiliation, à condition que je ne signe pas dans une autre équipe. Je pense que le moment est arrivé: c’est fini, adieu!

Mais comment, à 22 ans? Tout le monde vous promettait un avenir radieux en MotoGP, Valentino Rossi était celui qui croyait le plus en vous…

Je travaillerai bientôt dans les magasins de quincaillerie du grand-père, avec ma mère et lui. D’ailleurs, je le faisais déjà. Après, j’ai un projet à Ascoli. Mais je préfère ne pas trop en parler pour l’instant.

Les grands prix ne vous manqueront-ils pas?

Je suis toujours allé sur la piste dans l’idée de gagner. D’être Romano Fenati. Mais je me rends compte que personne ne se soucie de moi, de la souffrance que je suis en train de traverser. Alors c’est préférable de dire adieu. Pour toujours.

Traduction: Simon Meier (TDG)

Créé: 11.09.2018, 22h34

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