Route ou piste, quelle sera la trajectoire de la comète Wanders?

AthlétismeChaque année plus étincelant, Julien Wanders progresse bien trop vite pour l’Escalade. Jusqu’où le Genevois d’Iten peut-il aller?

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La course de l’Escalade nourrit son succès de petits bonheurs. Il y a la promiscuité potache du départ, l’orchestre qui swingue au sommet des Bastions, les effluves de vin chaud quand le souffle devient court. Et puis il y a l’accélération de Julien Wanders. Au Bourg-de-Four (2017) ou dans la montée de la rue Saint-Léger (dimanche), cette évidence est tout à la fois un grand moment de sport et le point de rencontre entre un champion et son public. Chacun s’exclame, admire, compare aussi. Car si Julien Wanders brille aux quatre coins du monde, c’est quand il sillonne «ses» rues que sa formidable progression saute aux yeux.

Dimanche, le recordman d’Europe des 10 km sur route a avalé douze secondes (20’46, record). Il est aussi apparu plus puissant, plus serein, qu’il y a douze mois. «Je n’avais pas les meilleures jambes, a-t-il pourtant tempéré. Aujourd’hui, j’étais surtout au-dessus de moi-même.» Soit. Mais alors, à quoi aurait pu ressembler la course d’un Julien Wanders en feu? «Pour répondre, il faut peut-être se souvenir du record de l’ancien parcours (ndlr: 75 m ont été ajoutés en 2014): les 20’02 de Micah Kogo en 2006, explique Pierre Morath, ancien champion suisse du 1500 m aujourd’hui entraîneur. En le pondérant à 21 km/h, cela fait 20’15. Julien se connaît parfaitement. Sans doute qu’au sommet de sa forme et avec plus de concurrence, il se serait approché de ce temps de référence.»

«Un déficit de vitesse sur piste»

Deux ans après son record de l’Escalade, Micah Kogo décrochait le bronze olympique sur 10 000 m à Pékin. Faut-il en déduire que cet écart théorique d’une trentaine de secondes reste ce qui sépare Julien Wanders d’un podium mondial ou olympique? Bien que légitime, la question est mal posée. «Julien possède un énorme moteur mais il manque un peu de vitesse. Or pour briller sur pistes à l’échelle internationale, il faut être capable d’aller très vite sur 1500 m, recadre Pierre Morath. Est-il prêt à travailler spécifiquement sa vitesse? Je ne suis pas sûr qu’il souhaite sacrifier son année pour trois mois de piste. Et avec son métabolisme, il est peut-être davantage destiné à monter vite sur le marathon.»

Route ou piste, 10 000 m ou marathon, la progression de Julien Wanders est intimement liée à ces choix que le Genevois semble repousser pour mieux s’épanouir en «coureur total». «Le travail de force et de gainage, dans lequel il a beaucoup progressé, lui permet de protéger ses articulations des blessures et d’accumuler les kilomètres à l’entraînement», nous confiait son coach Marco Jäger au printemps. «Ma position est meilleure en course. Je me sens mieux, tout simplement», ajoutait son protégé. La démonstration brillait alors par sa simplicité. Neuf mois plus tard, elle en impose par son efficacité et donne naturellement rendez-vous au 8 février 2019 à Ras el Khaïmah (EAU). Soit le jour et le lieu que Julien Wanders a retenu pour s’attaquer au record d’Europe du semi-marathon de Mo Farah (59’32).

Le record de Farah dans le viseur

Le choix de ce premier objectif 2019 le confirme: le jeune homme aime la liberté de l’asphalte et la tentation des records. Au point de croire que c’est dans ces conditions qu’il a le plus de chances de ramener un jour une médaille prestigieuse pour la Suisse? «Si on parle de championnats d’Europe, il sera normalement le grand favori du semi-marathon en 2020. Mais pour des Mondiaux ou des Jeux, c’est très difficile de répondre, admet Pierre Morath. D’un côté, je pense qu’il a peu de chances sur piste même si ces distances sont de plus en plus délaissées par les meilleurs qui basculent très tôt sur la route. De l’autre, je pense qu’il a les qualités pour briller sur marathon mais on n’est jamais sûr à 100% avant d’avoir fait le saut. N’oublions pas aussi que les marathons des grandes compétitions se disputent presque toujours dans des conditions extrêmes; si bien que ce ne sont pas les plus rapides qui gagnent. Cela fait beaucoup d’incertitudes.»

Voilà sans doute pourquoi le champion de l’Escalade devait vite repartir à Iten, chez lui sur les hauts plateaux kényans. Là où les questions de distance, de surface et de titres ne polluent pas l’essentiel: courir toujours plus vite. (nxp)

Créé: 04.12.2018, 08h24

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