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Football«Le risque est minime pour la santé des joueurs»

Finn Mahler, médecin du sport et du Servette FC, livre son avis de spécialiste sur une possible reprise.

Finn Mahler, à gauche, porte un regard assumé quant à une reprise et les risques pour les joueurs.
Finn Mahler, à gauche, porte un regard assumé quant à une reprise et les risques pour les joueurs.
Eric Lafargue

À l’heure où le football suisse navigue encore à vue, sans savoir si la saison interrompue le 23 février pourra aller à sa fin en jouant les prolongations, toutes les interrogations flottent forcément dans l’air. On peut comprendre que chaque club défende ses intérêts propres, on peut mesurer aussi le souci économique avec des matches à huis clos. Mais qu’en est-il du risque sanitaire?

Finn Mahler, spécialiste de la médecine sportive, médecin du Servette FC, ne défend pas ici la position de son club. Il donne son avis de praticien. Pour s’occuper d’une équipe, il sait de quoi il parle, par-delà la position des dirigeants grenat de vouloir terminer la saison.

«Le risque zéro n'existe pas»

Un footballeur prend-il des risques pour sa santé si le championnat devait reprendre le 19 juin? «On ne joue pas avec la santé des footballeurs en cas de reprise, assure Finn Mahler. Le risque est minime. Ce qu’il faut accepter, c’est que le risque zéro n’existe pas, pas plus maintenant qu’avant. Il y a des mesures strictes qui doivent être observées, il y aura un suivi quotidien des joueurs. Il faut faire attention, évidemment, continuer d’être sérieux. Mais une reprise concernerait des athlètes en forme, jeunes, pas sujets au diabète, à l’hypertension ou à l’obésité. Donc des personnes qui sont à faible risque en cas d’infection. Un joueur serait alors immédiatement mis à l’isolement. Pas les autres. Comme cela se fait depuis toujours en cas de grippe normale ou de gastro-entérite.»

Sauf qu’avec le Covid-19, rien n’est normal. Et que toutes les inquiétudes sont légitimes. «Oui, mais alors il faut être cohérent, explique le docteur. On peut très bien dire: tant qu’il n’y a pas de vaccin, le sport reste à l’arrêt. C’est une stratégie. Mais dire: je ne veux pas terminer cette saison, mais je suis d’accord de reprendre la saison suivante en juillet, cela n’a pas de sens, sur le plan sanitaire. Parce que si on ne recommence pas maintenant pour des raisons sanitaires, alors il n’y a aucune raison de rejouer dans trois mois ou dans six mois. Les risques seront les mêmes.»

Servettiens testés au Covid-19

Pour Finn Mahler, les protocoles mis en place pour une reprise sont pertinents. Il a d’ailleurs déjà testé tous les Servettiens, il y a trois jours. «Aucun joueur n’a été, selon les tests effectués, touché par le Covid-19, précise-t-il. Pour être plus sûrs, nous avons fait des électrocardiogrammes pour les comparer avec ceux que nous avions déjà, afin de nous assurer qu’il n’y avait pas de myocardite, une inflammation à bas bruit du cœur, qui peut survenir même avec une grippe normale et qui peut provoquer des troubles. Les joueurs qui auraient eu le Covid-19 devraient être suivis plus particulièrement. Mais je ne connais pas de sportif d’élite qui aurait eu des séquelles sérieuses de cette maladie après l’avoir contractée. Dans le cadre d’une reprise, il y aurait des examens quotidiens, avec prise de température. Je pense personnellement qu’une rupture d’un ligament du genou est plus grave pour un footballeur que de contracter le Covid-19. Même s’il faut évidemment continuer à faire attention, bien sûr.»

Condition physique en bon état

Dernier point. Si la reprise est votée le 29 mai lors de l’assemblée générale extraordinaire de la SFL, quid de la remise en forme des footballeurs qui aurait observé la plus longue pause de l’histoire, depuis la Deuxième Guerre mondiale? Personne ne veut recommencer l’entraînement dès maintenant, pas même Servette qui a fait machine arrière. Trois semaines entre le 29 mai et le 19 juin sont-elles sérieusement suffisantes pour se remettre à niveau?

«Durant la pause, tous les joueurs de Servette ont été suivis à distance via un monitoring, nous avons pu mesurer leurs efforts réels, explique Finn Mahler. Leur niveau est resté très élevé. Je ne peux que penser que c’est la même chose pour les autres équipes. Dans l’idéal, il faudrait cinq à six semaines de réathlétisation. Mais trois semaines peuvent suffire puisqu’ils n’ont pas cessé toute activité. Le risque de blessure serait grand s’il y avait un retour à la compétition, après trois semaines d’entraînement, si les joueurs étaient déconditionnés. Ce n’est pas le cas. Le risque de blessure est faible, le seul risque, ce sont des performances globales moins élevées qu’avant.»

Daniel Visentini

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