Retraités bénévoles, ils donnent des ailes aux sauteurs de demain

AthlétismeLes Céagistes Chantal Freund et Robert Pauget prodiguent leur passion et leur savoir. Julien Fivaz s’est envolé. Le Leysenoud Jarod Biya et le Bâlois Carlos Kouassi ont décollé.

Chantal Freund et Robert Pauget ont le saut dans le sang. De toutes les matières, c’est le sable qu’ils préfèrent.

Chantal Freund et Robert Pauget ont le saut dans le sang. De toutes les matières, c’est le sable qu’ils préfèrent. Image: Pierre Albouy

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Au stade du Bout-du-Monde, c’est une figure. Une barjaque loufoque qui fait partie du décor avec sa tignasse blonde et ses shorts flashys. «Chantal Freund, c’est une sacrée tronche», disent ceux qui ont essuyé ses grognes et ses rouspétances. Mais ce personnage de façade, cash et authentique, cache une nature sensible. «En fait, c’est surtout une formidable coach, qui a le cœur sous la main. Sans ses connaissances techniques, à la fois intuitives et expertes, et son empathie, jamais je n’aurais mené une si belle carrière», loue le Chaux-de-Fonnier Julien Fivaz, toujours recordman suisse du saut en longueur avec 8,27 m et sélectionné olympique à Pékin. La dédicace de l’athlète brut, taillé et poli pour scintiller dans le sable, honore les mérites de la Genevoise et rend hommage à tous ces entraîneurs de l’ombre qui révèlent et font briller le talent.

Titre mondial masters

Robert Pauget fait lui aussi partie de ces formateurs doués et dévoués, qui s’illustrent par procuration sans se glisser sous les feux de la rampe. Voilà bientôt vingt ans que l’ancien prof de maths de Bourg-en-Bresse traîne ses guêtres à Champel aux côtés de Chantal Freund. Unis par la même passion, ces deux-là ne pouvaient pas ne pas se rencontrer un jour. Un colloque d’athlétisme a scellé leur collaboration et noué leur complicité, lui le cartésien discret et rigoureux, elle la fantasque appliquée et maman poule sur les bords. Aujourd’hui, ce duo de sexagénaires bénévoles donne des ailes à la fine fleur du saut helvétique, les jeunes Jarod Biya et Carlos Kouassi, récents recordmen suisses M23 de la longueur et du triple, partis tous deux pour bondir et rebondir très loin.

Si le Leysenoud et le Bâlois ont atterri au bout du lac et portent aujourd’hui le maillot du CA Genève, ce n’est pas par hasard. La réputation des deux techniciens a sauté à pieds joints par-dessus les frontières cantonales. Pourtant, leur propre carrière sportive n’a pas vraiment décollé. Pionnière du triple saut féminin en Suisse, Chantal Freund a dû attendre ses 60 ans pour décrocher son titre de gloire, celui de championne du monde masters! Quant à Robert Pauget, sauteur en longueur autodidacte, passé avec fracas de la cendrée au synthétique, une tendinite chronique l’a cloué au sol à l’âge de 23 ans.

L’athlétisme, ils l’ont dans la peau. Le coaching dans leur ADN. Expliquer et transmettre, partager leur savoir, accompagner leurs protégés dans leurs projets et leurs rêves, voilà ce qui les motive. «J’ai passé mes diplômes fédéraux et mon brevet d’État pour que mes athlètes ne subissent pas ce qui m’est arrivé», sourit Robert Pauget. Du binôme, c’est le maillon scientifique, le spécialiste de la pliométrie et de la biomécanique, l’analyste vidéo. Sous l’égide de la fédération française, il a encadré Teddy Tamgho ou Élodie Lesueur, de jeunes espoirs devenus des pointures.

L’art de l’entraînement

Chantal Freund est plus dans l’approche sensitive. Elle a l’œil pour repérer une foulée prometteuse, une personnalité détonante. Prof de sport, elle a aussi fait les Arts déco. «Entraîner, c’est créer aussi», dit-elle. Quand elle n’est pas sur le stade, elle peint. Des chats, une sauteuse qui enjambe les canaux de Bruges ou une perchiste qui plane au-dessus du Cervin. Et elle fait aussi chambre et table d’hôte pour héberger ses sauteurs de passage.

«Quand j’ai vu Julien Fivaz en action, j’ai tout de suite su», s’exclame la coach du CAG. «Il avait un bon pied, il était puissant mais il négligeait sa vitesse naturelle et stagnait à 7,70 m. Je lui ai dit: «C’est pas possible, tu devrais sauter 8 mètres.» Mais pour cela, il a fallu le déprogrammer, nettoyer son disque dur et dépouiller sa gestuelle, son style désordonné. Il a accepté de se remettre en question. C’était un gros bosseur.» Idem pour la lymphatique Fatim Affessi, à qui il a fallu donner l’impulsion, celle qui mène jusqu’au record de Suisse du triple saut (13,49 m). Avant elle, il y avait eu Emmanuelle Devaud, sélectionnée aux Mondiaux juniors sur 100 mètres haies, et tant d’autres. Mais quel est donc son secret? «Un jour, une gamine m’a dit que j’entraînais avec le cœur. Oui, je crois que c’est ça. On donne du plaisir, l’athlé, c’est pas le bagne.»

Le week-end prochain, Chantal et Robert accompagneront Jarod Biya aux championnats de France à Liévin. Le Leysenoud y franchira-t-il les 8 mètres, cette barrière qui lui est promise? «Il ne faut pas en faire une obsession. Cela viendra un jour, c’est dans la logique des choses, il faut juste attendre l’instant de grâce», disent-ils d’une seule voix. Et de conclure: «À tous, on leur apprend à s’entraîner, à avoir une bonne hygiène de vie, à concourir avec relâchement et à gagner. Pour sauter loin, il ne faut jamais brûler les étapes. Cela doit se faire sans se prendre la tête, sans avoir l’impression de fournir un effort.»

Créé: 24.02.2020, 21h33

Kylian Widmer, le dernier de la volée

Pas sûr qu’il reste longtemps le «fils de». À 17ans, Kylian Widmer court sur les pas de son père, Kevin, un ancien sprinter du Stade Genève, olympien et longtemps détenteur du record de Suisse du 200m. Si le gymnasien de Nyon a le sprint dans le sang, il possède aussi «un pied phénoménal». Parole de spécialiste puisque c’est Chantal Freund qui l’affirme et qui l’entraîne le lundi soir. Ce dimanche, à Macolin, le sociétaire de Versoix Athlétisme a mis à profit sa détente et sa vitesse (il court le 100m en 11’’05 et le 200m en 21’’85) pour remporter le titre national U20 du saut en longueur et pulvériser son record personnel avec 7,31m. Quatre fois, le jeune prodige a dépassé les 7mètres, une marque qu’il avait effleurée l’été dernier (6,96m). «On repère son talent à son allure. Regardez, il marche sur la pointe des pieds», sourit sa coach. À l’avenir, elle l’imagine atterrir beaucoup plus loin encore grâce son double ciseau qu’il doit encore affûter et sa capacité à assimiler très vite les conseils techniques. «Il est entre de bonnes mains», assure Kevin Widmer, son entraîneur de sprint. P. B.

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