Psychodrame en finale, Serena Williams en larmes

TennisLa Japonaise Naomi Osaka a remporté l'US Open, dans une finale marquée par une rare polémique d'arbitrage.

Serena Williams dit sa façon de penser à l'arbitre portugais Carlos Ramos.

Serena Williams dit sa façon de penser à l'arbitre portugais Carlos Ramos. Image: AFP

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«Menteur» et «voleur» : envolé son rêve de 24e couronne majeure, Serena Williams a perdu ses nerfs et s'est emportée contre l'arbitre en finale de l'US Open, faisant passer au second plan le sacre pourtant historique de la Japonaise Naomi Osaka (6-2, 6-4), samedi à New York. Tout a commencé quand la cadette des soeurs Williams (36 ans) a reçu un premier avertissement pour «coaching» en début de deuxième set, à 1-0, 40-15, service Osaka.

«Je ne triche pas pour gagner, je préfère encore perdre», se défend-elle dans un premier temps auprès de l'arbitre de chaise, le Portugais Carlos Ramos, avant de lui en reparler au changement de côté suivant.

«C'est incroyable, je n'ai pas reçu de coaching . Je ne triche pas, je n'ai jamais triché de ma vie, j'ai une fille et je me bats pour ce qui est juste, vous me devez des excuses», lui lance-t-elle à plusieurs reprises, en colère. Puis à 3-2, Serena reçoit un second avertissement pour avoir fracassé sa raquette après avoir perdu son service, ce qui lui vaut cette fois un point de pénalité.

«Vous m'avez volé un point»

«Vous attaquez ma personne. Vous avez tort. Vous n'arbitrerez plus jamais un de mes matches. Vous me devez des excuses. C'est vous le menteur», reprend-elle au changement de côté suivant (4-3), toujours hors de ses gonds. «Vous êtes un voleur. Vous m'avez volé un point», accuse-t-elle. C'est à ce moment-là que l'arbitre portugais lui inflige un rare jeu de pénalité, qui permet à Osaka de mener 5-3.

Deux jeux plus tard, la star américaine, en larmes lors de sa discussion avec une responsable du tournoi à même le court lors du dernier changement de côté, s'incline et voit son rêve d'égaler le record absolu de titres en Grand Chelem détenu par Margaret Court (24), s'envoler.

Revenue sur le circuit début mars six mois après avoir donné naissance à sa fille, Olympia, Serena avait déjà buté sur la dernière marche, en finale de Wimbledon il y a deux mois à peine, face à l'Allemande Angelique Kerber, N.4 mondiale.

«Il suppose que j'ai triché, et je n'ai pas triché», a-t-elle réaffirmé en conférence de presse, voyant une «décision sexiste» dans la sanction infligée par M. Ramos pour l'avoir qualifié de «voleur». Si son entraîneur Patrick Mouratoglou a reconnu avoir fait un geste à l'intention de Serena, il a critiqué un manque de «psychologie» de l'arbitre. «100% des coaches coachent sur 100% des matches, toute l'année, et tout le monde le sait», a-t-il estimé. «Dans 100% des cas que j'ai vus, on prévient d'abord la joueuse (que l'entraîneur doit arrêter). Il ne l'a pas fait.»

Cette série d'incidents a-t-elle pesé sur le cours du match ? Naomi Osaka «jouait vraiment bien. Mais c'est difficile de dire que je n'aurais pas amélioré mon niveau, parce que je l'ai fait tellement de fois dans ma carrière», a jugé Serena.

Ce n'est pas la première fois que l'Américaine perd ses nerfs à l'US Open. En 2009 notamment, en demi-finale contre la Belge Kim Clijsters, elle avait menacé une juge de ligne qui venait de signaler une faute de pied de lui «enfoncer cette balle dans la gorge». Ca lui avait valu un point de pénalité, et le match. Dans la soirée, le tournoi a indiqué que «la décision de l'arbitre de chaise était définitive et non révisable par le juge-arbitre ou le superviseur appelés sur le court». La WTA a elle estimé que «des événements du match devaient être examinés.»

Osaka (19e), au contraire, a elle écrit une page d'histoire en devenant la première Japonaise, hommes et femmes confondus, à remporter un tournoi du Grand Chelem, à vingt ans seulement.

Auteure d'un excellent début de match, pas impressionnée ni par sa prestigieuse adversaire - son idole - ni par l'enjeu, elle a pris les commandes de la partie avec beaucoup d'autorité et poussé Serena à parcourir le terrain. Elle n'a pas non plus paniqué quand elle s'est fait breaker en début de deuxième set. Au contraire, elle a immédiatement recollé au score, en profitant des largesses de l'ex-N.1 mondiale (deux doubles fautes consécutives).

Osaka imperturbable

Plus impressionnant encore, elle ne s'est pas laissée déstabiliser par l'emportement de Serena. Un coup de force pour la jeune Japonaise, qui disputait sa toute première finale en Grand Chelem, elle qui naviguait encore autour de la 70e place mondiale en début de saison et ne s'est révélée qu'au printemps, sur ciment américain déjà, en s'offrant le prestigieux tournoi d'Indian Wells.

«Je sais que tout le monde était pour Serena et je suis désolée que ça se termine comme ça», s'est excusée Osaka de sa voix fluette, les yeux brillants, au moment de recevoir son trophée. «Ca a toujours été mon rêve de jouer Serena en finale de l'US Open. Je suis vraiment reconnaissante d'avoir pu le faire, merci», a-t-elle adressé timidement à son adversaire.

«Elle a bien joué. C'est son premier titre en Grand Chelem. Faisons de ce moment le meilleur moment possible. Reconnaissons le mérite où il y en a. Ne huons plus. Félicitations Naomi», l'avait précédé Serena, elle aussi les larmes aux yeux, en invitant les spectateurs à cesser leurs huées.

(afp/jsa/nxp)

Créé: 09.09.2018, 01h22

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