Psy du circuit, Rubin rate son rendez-vous avec «RF»

TennisL’Américain aurait pu porter la voix des sans-grades à Wimbledon. Sa plateforme «Behind The Racquet» cartonne.

Noah Rubin écoute ses compagnons de route et ouvre un recueil de doléances. «Behind The Racquet» (Derrière la raquette) regroupe déjà une quarantaine de témoignages d’opprimés du circuit.

Noah Rubin écoute ses compagnons de route et ouvre un recueil de doléances. «Behind The Racquet» (Derrière la raquette) regroupe déjà une quarantaine de témoignages d’opprimés du circuit. Image: Instagram

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Noah Rubin ne jouera pas contre Roger Federer. Il a été renvoyé à son anonymat, mardi dans le brouhaha du court No 8. Une défaite mortifiante contre le Britannique Jay Clarke sur un terrain de passage, l’allégorie saute aux yeux. Mieux, elle prend aux tripes. Car ce New-Yorkais de 23 ans – champion junior à Wimbledon en 2014 et 182e mondial – est aujourd’hui le porte-voix des opprimés du circuit, à mi-chemin entre un psy et un journaliste.

Tout a commencé en janvier, sur Instagram et par ces mots: «L’idée que je ne sois pas à la hauteur de ceux qui ont tant sacrifié pour moi me hante parfois.» Sur le modèle de «Humans of New York», Noah Rubin appelait ses pairs à venir confesser leurs vulnérabilités. «Behind The Racquet» (Derrière la raquette) était né, avec sa formule immuable: un portrait imposé derrière l’outil de travail et une liberté de ton totale. Aux trois coups de Wimbledon, la page avait déjà compilé une quarantaine de témoignages.

Que découvre-t-on au fil de ces morceaux d’intimité? Une mosaïque de fêlures que la vie de joueur de tennis peine à soigner. La solitude et la précarité aussi. Car la majorité des intervenants évoluent entre la 100e et la 300e place mondiale, ingrate antichambre de l’excellence. «Dans son fonctionnement, le tennis arrive à te définir presque entièrement tout en te rendant insignifiant, insiste Noah Rubin. Perdre chaque semaine au milieu d’une foule d’adversaires qui se renouvelle sans cesse ne garantit qu’une chose: si la lumière s’arrête un jour sur toi, elle va vite diminuer.»

Derrière les cordages de leur raquette, on croise Lloyd Harris, première victime de «RF», Ernesto Escobedo dont «le bégaiement agit comme un frein» ou Cameron Norrie, victorieux mardi, qui revient sur ses excès estudiantins. Ana Konjuh (20e mondiale en 2017) parle, elle, de cette «douleur au coude qui l’accompagne depuis qu’elle a douze ans». Et Madison Keys (voir ci-dessous), finaliste à l’US Open 2017, s’ouvre sur un dérèglement alimentaire qui l’a conduite à la dépression durant son adolescence. «J’ai laissé des étrangers changer la façon dont je me voyais. Ils ont abîmé le rêve que je poursuis depuis mes quatre ans.»

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“When I was fifteen, I had an eating disorder. There were people in my life and others who would see me on tv, that would tell me I was fat, or needed to lose a few pounds. Eventually, that truly got into my head. I was living off three, 100 calorie bars a day. I struggled with this problem for almost two years, which led to some issues with depression. I completely shut my friends and mom out of my life. I felt like I put this mask on to get through each day, hoping no one would ask how or what I was doing. I became super paranoid because I wanted to keep it all a secret and didn’t want anyone to worry. It took until one day when I realized what I was doing, I was hurting my tennis. I couldn’t get through a week of practice because I had nothing in my body. I let other people change how I felt about myself and that hurt the dream I’ve been working towards since I was four years old. I decided that I needed to get control of my eating. It took some time to get myself to open up to people again. It’s something I still struggle with when I get stressed or upset, but I have a much healthier relationship with food now.”

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Alors que ses dirigeants se déchirent en coulisses depuis des mois, le tennis trouve avec «Behind The Racquet» un livre de doléances qui devraient les ramener au seul constat urgent. Aucun sport aussi global ne permet à une si petite élite de vivre décemment. «Notre sport s’articule autour d’un système qui est cassé, appuie Noah Rubin dans «The New York Times». C’est l’un des sports les moins vendeurs et les moins faciles d’accès pour ses fans. Je le vis mal car j’adore le tennis. Dans certains pays, comme les États-Unis, le tennis meurt. Les tournois perdent de l’argent, les tribunes sont vides et les joueurs vivotent comme ils peuvent. Ils ne sont pas heureux.»

Il rêve d’un circuit repensé

Celui qui se sent «presque comme un psychologue» rêve d’un circuit totalement repensé, avec une saison plus courte et davantage de compétitions par équipes. Pour économiser les corps et soigner les solitudes. Utopique? Au minimum à contre-courant. Alors Noah Rubin prend son appareil photo et écoute ses compagnons de route. «En regardant autour de moi, je me disais que les gens ne connaissaient pas leur histoire. Alors je leur demande de développer même si parfois j’ai juste envie de dire que je suis désolé.»

S’il avait réussi à s’extraire de l’anonymat du court 8, Noah Rubin aurait porté un peu de tous ces destins, jeudi sur le Centre Court de Wimbledon. Il a laissé passer sa chance et la lumière d’un rendez-vous avec Roger Federer. Pour avoir de ses nouvelles, il faudra faire l’effort de regarder «Behind The Racquet».

Créé: 03.07.2019, 08h50

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Federer: «Il n’y avait aucune raison de paniquer»

Roger Federer n’avait plus perdu son premier set joué à Wimbledon depuis 2010 (Falla). Alors forcément, lorsque Lloyd Harris démarra en trombe (3-6), le Centre Court s’autorisa un murmure circonspect. Ce n’était pas de l’inquiétude, pas encore. Mais quand même, «le Maître» semblait bien inoffensif face à ce Sud-Africain (ATP 86) aux frappes désinhibées. «Je trouvais le court très lent… mais très vite, je me suis dit que c’était moi qui étais lent, expliquait «RF» une heure après trois autres sets convaincants. Mon service ne le gênait pas, je ne lui faisais pas mal, mes jambes étaient molles.»

Face à ce tableau peu reluisant, beaucoup se seraient mis à trembler ou à baisser la tête (à l’image de Dominic Thiem, éclipsé par Sam Querrey). Pas Roger Federer. «Je sais que j’ai assez d’outils dans mon sac à dos pour m’en sortir. Il n’y avait aucune raison de paniquer. Au début, j’avais du mal à lire son service. Il le frappe balle montante et, comme contre Otte à Roland-Garros, j’ai eu l’impression d’être parfois en retard avec mon allégement (ndlr: la petite reprise d’appuis avant le retour). Dans l’échange aussi, j’ai mis du temps à comprendre les zones qu’il aimait toucher. Mais au moins ce premier set a-t-il fait office de rappel: ça y est, Wimbledon a bien débuté.»

Pour Roger Federer, il continuera jeudi contre l’invité anglais Jay Clarke (169 ATP), lequel aura sans doute le soutien du public. Un fait rarissime pour «le Maître» en son royaume. Mais bon, il n’y a aucune raison de paniquer. M.A.

Fenêtre sur courts

Rayonnante
Belinda Bencic tient la grande forme et c’est une excellente nouvelle au regard de sa partie de tableau. Services autoritaires, frappes lasers, Pavlyuchenkova n’y a vu que du feu.
Débordée
Timea Bacsinszky n’avait «des regrets que sur deux points» après sa défaite expéditive contre Sloane Stephens (9e mondiale). Auraient-ils changé l’issue de cette rencontre? On en doute.
Frustrée
Stefanie Vögele était bien partie pour s’en sortir contre une Kaia Kanepi bandée de partout. L’Argovienne a mené, lutté puis s’est écroulée au poteau (7-5, 5-7, 4-6). Une vieille histoire.
Miraculé
Finalement, Nick Kyrgios est quelqu’un de presque fiable. Malgré cinq sets, deux tie-breaks, l’intervention du kiné et une roue de vélo encaissée au 4e set, l’Australien honorera bien son rendez-vous avec Rafael Nadal jeudi. M.A.

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