Patrick Kinigamazi recherche un adversaire désespérément

BoxeChampion du monde WBF des superplumes, le Carougeois attend avec impatience de remettre encore sa ceinture en jeu.

À 35 ans, Patrick Kinigamazi, qui a enflammé la salle du Bout-du-Monde avec son coach Georgio Costantino, a toujours le feu sacré.

À 35 ans, Patrick Kinigamazi, qui a enflammé la salle du Bout-du-Monde avec son coach Georgio Costantino, a toujours le feu sacré. Image: GEORGES CABRERA

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Quand ils en (re)parlent, ils ont des trémolos dans la voix. Lui, Patrick Kinigamazi, se revoit sur le ring, ce samedi 2 juin, avec plein d’images qui défilent dans sa tête. Il y a dans son coin son entraîneur Georgio Constantino qui sait que son champion du monde va conserver sa ceinture WBF, à l’unanimité des trois juges. Et il est aux anges, comme d’habitude, à l’instar de ces neuf cents spectateurs du Bout-du-Monde, qui applaudissent à tout va.

Il y a parmi eux Malaakay et Latifah, 17 et 12 ans, les enfants de «King Kini», si fiers de leur papa qui ne voulait surtout pas les décevoir. Jusqu’au douzième round, le combat a tenu toute la salle en haleine, par son intensité. «C’était certainement le match de l’année», estime le coach, l’ami, le confident, encore tout remué par cette folle soirée. Ramiro Blanco, ce jeune boxeur de 22 ans, venu du Nicaragua, l’a frappé lourdement, pour le faire douter dans les cordes, mais au final, son mental a fait la différence. «Il m’a surpris en me rentrant directement dedans, sans round d’observation. Même quand je l’ai fait vaciller d’une droite, il s’est relevé. Il a fallu boxer intelligemment.»

La guerre au Rwanda

Souffrant de souffle au cœur, ce diesel a besoin aujourd’hui de chauffer la machine avant de donner la pleine mesure de son talent. L’athlète, qui est régulièrement contrôlé, connaît bien son corps et gère ses efforts. À côté de son poulain, Georgio Constantino acquiesce. «Patrick est un boxeur qui a beaucoup d’expérience, qui n’a peur de rien. Quand il monte sur un ring c’est au top de sa forme et pour gagner. Cela fait quinze ans que nous nous sommes ensemble, qu’il est à l’écoute.» À 35 ans, l’«élève» du club pugilistique de Carouge a encore le feu sacré. «Derrière mon corps d’athlète, il y a beaucoup de travail, confirme ce superplume de 58,9 kg. Même le dimanche après mon titre, j’étais à la salle. Je suis au top physiquement mais c’est surtout dans la tête que je suis très fort.» Ce caractère de forçat, il l’a forgé très tôt, quand enfant il a connu la guerre au Rwanda. «J’ai aussi perdu mes parents très jeune, enchaîne Kinigamazi, qui a toujours eu la volonté de s’en sortir seul. Le sport m’a aidé à faire mon chemin.»

C’est à Genève, où il avait une partie de sa famille, qu’il a débarqué à l’âge de 15 ans. «J’ai toujours préféré le basket à la boxe, souligne celui qui a joué comme meneur de jeu à Bernex jusqu’en première ligue. Je n’ai d’ailleurs pas manqué un match des play-off de NBA et de Capela qui se déroulait la nuit. Mais en revanche ne comptez pas sur moi pour regarder un combat!»

Le citoyen de Thônex ne le cache pas. Alors qu’il avait décroché quatre titres européens et un mondial de full contact, c’est par hasard qu’il s’est retrouvé dans la peau d’un escrimeur du poing. «Mon entraîneur de full, Philippe Brélaz, m’avait envoyé à Carouge pour peaufiner ma technique de boxe.» C’est, en 2007, «pour rendre service», qu’il tente, du coup, l’aventure, en battant Martino Ciano.

Joindre les deux bouts

Champion romand, champion suisse, champion d’Afrique, champion du monde: il enchaîne les victoires et les consécrations. «Avant c’était une mitraillette, il ne réfléchissait pas comme maintenant, c’était un lion, qui a livré des combats extraordinaires», s’emballe son coach. À ce jour, son palmarès affiche 30 victoires en 32 combats. «Et encore, regrette Georgio Constantino, ses deux défaites ce n’était pas vraiment lui sur le ring.»

Affecté par le décès de ses parents en moins d’un an, le Rwandais a mis du temps à s’en remettre. «Il a fallu que je retrouve l’envie de me faire mal», poursuit un professionnel hors pair. «Pour avoir connu l’enfer puis le paradis, je profite aujourd’hui de la vie, elle est si courte.» La nuit il ne rêve pas, il est insomniaque. Il en profite pour chercher de l’argent…

Devenu il y a deux ans promoteur de meeting, ce «chef d’entreprise» parvient à peine à joindre les deux bouts. Ce n’est pas ce titre de champion du monde WBF qui a fait de lui un millionnaire. «Il y a beaucoup plus d’argent dans d’autres fédérations comme la WBC, soupire le Genevois. En Suisse, on n’est pas aidé, sans les droits télé c’est compliqué. J’aimerais bien rencontrer, par exemple, le champion d’Europe pour remettre mon titre en jeu, mais il faut voir combien il demande. On doit réunir des fonds, à moins que quelqu’un nous invite à boxer à l’extérieur. De toute manière, on est prêt, on n’a pas peur. Or, les organisateurs vont-ils prendre le risque de me défier sachant qu’ils ne sont pas sûrs de me battre?»

Patrick Kinigamazi attend impatiemment un adversaire, des trémolos dans la voix…

Créé: 14.06.2018, 22h05

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