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La passion muséale de Gilles Blaser

Chez lui, à Genthod, le double vice-champion du monde vénère ce vélo qui lui a donné tant d’amis et tant d’émotions.

Gilles Blaser dans son musée intime. Une collection à la valeur sentimentale inestimable.
Gilles Blaser dans son musée intime. Une collection à la valeur sentimentale inestimable.
P.B.

On l’avait revu il y a quelques semaines au Parc Navazza, l’annexe du paradis pour les fanas du cyclo-cross à Genève. Retrouvailles au coin du bois. Depuis deux ans, Gilles Blaser avait disparu de la circulation. Cette fois, il ne s’était pas échappé au Brésil, comme vingt ans auparavant. Là, c’est une méchante gamelle au guidon de son fat bike, son dernier dada, qui l’avait obligé à se ranger des vélos. Quelques cabosses de plus pour ce cabochard au grand cœur, vice-champion du monde de cyclo-cross il y a quarante ans dans le bourbier de Saccolongo. À Lancy, il avait serré des mains, taillé le bout de gras avec son pote Pascal Richard. Et il nous avait convié à visiter son musée intime, à Genthod, là où tout a commencé. Là où la nostalgie tourne en boucle.

La cave de Gilles Blaser est une véritable caverne d’Ali Baba, la collection d’un coureur de brocante, d’un cyclophile amoureux de bécanes et de champions. Elle évoque sa carrière, mais elle célèbre surtout ses rencontres et ses amitiés, avec Bartali ou Hinault. «C’est toute ma vie», dit-il en s’arrêtant devant une photo qui, aujourd’hui encore, lui donne des frissons. Le jeune coureur de la Pédale des Eaux-Vives y côtoie Eddy Merckx, son idole d’alors. «Quand on l’a exclu du Giro pour une fallacieuse affaire de dopage, j’en ai pleuré de rage. L’injustice me rend fou. Malade, je n’ai pas pu aller à l’école pendant deux semaines», se souvient-il.

Une révélation

Parmi les biclous exposés, il y a le vélo que le «Cannibale» belge lui avait offert en 1981 pour l’encourager à se remettre en route. Il l’a récupéré fortuitement à Thonon, auprès d’un passionné. «À l’époque, j’avais dû le vendre. Le vélo ne m’a jamais rien rapporté, sinon des emmerdes et beaucoup d’amour. Mes courses, je les ai toutes faites sur mes vacances», confie l’ancien conducteur offset et coursier à l’UBS en paraphrasant Aznavour.

C’est un drame sentimental, celui de Hugo Koblet, «sans doute mort par amour», qui lui a donné ce goût immodéré pour le vélo. «Je m’y suis lancé à corps perdu, je voulais le venger», raconte-t-il. Il se revoit gamin, pédaler sur son Tigra, s’inventer des courses effrénées à travers la campagne. Il lui a fallu faire un tour du Léman avec son ami Éric Loder pour que son père accepte qu’il entre à la PEV. 1969, année héroïque. «Pour preuve de ma prouesse, j’avais dû lui envoyer une carte postale de Villeneuve», sourit-il.

C’est ainsi que Gilles Blaser a fait carrière. Sur un coup de tête, en écoutant le Tour à la radio, en imitant Anquetil et sa position du contre-la-montre. Mais de la route, il en a vite eu marre. «Je faisais tout le boulot et je me faisais battre au sprint», grimace-t-il. À la fin de sa première saison, il a la révélation. «Le cyclo-cross, je ne savais pas que ça existait, il m’a tout de suite plu. Slalomer entre les arbres, grimper les béquets à pied, jouer avec mon vélo, rouler dans la boue, c’était le paradis!» L’enfer, ce sera les vacheries du coach national, la «mafia Steinmaur» quand il vilipendera les barons du cyclo-cross alémanique. «Là-bas, on ne me voulait pas.»

En 1977, il dispute malgré tout son premier Mondial amateur à Hanovre. Sa mémoire s’étrangle de colère. Il parle de sabotage, de vélo volé. Il se classe néanmoins 14e, s’insurge et promet qu’on ne l’y reprendra plus. «Je suis comme un boxeur, les coups reçus me rendent plus fort», explique-t-il. Un an plus tard, à la surprise générale, il remporte la médaille d’argent dans la gadoue d’Amorebieta. Gilles Blaser n’est plus considéré comme ce Welche tocard qui rue dans les brancards. En 1979, deux semaines avant Saccolongo, il passe pro, «une aubaine qu’on ne refuse pas». Et c’est la consécration! Sur le podium, deux multiples champions du monde, le Suisse Albert Zweifel et le Belge Robert Vermeire, accompagnent le Genevois (2e).

Exhumées et encadrées, ses médailles sont sa fierté. Elles ne sont que la face clinquante d’une carrière «à la Poulidor», «un personnage simple et attachant avec lequel j’ai disputé l’une de ses dernières courses, un cyclo-cross à Wetzikon». Après ses exploits, Gilles Blaser a couru la musette pour Zoetelmek ou Freuler au Tour de Suisse et ailleurs, sans jamais pouvoir décrocher un contrat de routier malgré son «âme de gregario». À 66ans, il ne regrette rien, n’en veut pas à cette petite reine qu’il vénère toujours autant.

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