Onze ans après, Roger Federer et Rafael Nadal réveillent le mythe

TennisLe Suisse et l'Espagnol ne se sont plus affrontés à Wimbledon depuis leur épique finale de 2008. Vendredi, l’histoire continue.

Roger Federer tente d’effacer la dimension historique de ces retrouvailles avec Nadal. Le Bâlois veut rester dans l’instant et le jeu.

Roger Federer tente d’effacer la dimension historique de ces retrouvailles avec Nadal. Le Bâlois veut rester dans l’instant et le jeu.

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Tout le monde l’attend depuis dix jours, peut-être même dix ans. «Le plus grand match de l’histoire du tennis» va reprendre vie, onze ans après. Ce ne sera pas une suite, encore moins une revanche. Roger Federer et Rafael Nadal ont raconté leur saga presque partout ailleurs. Ils ont vieilli, changé comme hommes, joueurs et adversaires dans la perception qu’ils ont de l’autre. Mais retrouver les deux meilleurs tennismen de l’histoire, sur le Centre Court de Wimbledon, réveille nos souvenirs du dimanche 6 juillet 2008. Cette journée qui a façonné la dernière décennie de ce sport.

«Visiblement, cela fait onze ans que nous ne nous sommes pas joués ici», glissait mercredi soir Roger Federer avec détachement (lire ci-dessous). En jouant les amnésiques, le Bâlois tente d’effacer la dimension historique de ces retrouvailles. Il veut rester dans l’instant et le jeu. C’est de bonne guerre mais un peu peine perdue. Car cette finale mythique fait depuis longtemps l’objet d’une réécriture. En 2009 déjà, Jon Wertheim décrivait dans «Strokes of Genius» l’opposition idéalisée entre «l’impressionniste au toucher délicat» (Federer) et «l’expressionnisme abstrait et déchaîné» de Nadal. Puis, au bout du documentaire tiré du livre l’année dernière, Roger Federer livrait cette vérité intime. «Sur le moment, j’ai vécu cette défaite comme le pire jour de ma vie. Puis j’ai eu besoin d’un ou deux mois pour saisir toute la magnitude de ce match. En fait, j’ai dû embrasser l’idée d’avoir un rival car, au début, je n’en avais pas envie. Il m’a fallu du temps mais, petit à petit, j’ai compris que ça avait du bon.»

À nouveau sur la même ligne

Voilà ce qui remonte au moment d’anticiper le 40e épisode de ce qu’on appelle paresseusement un «Fedal». Il y a onze ans, Nadal avait choisi ce match, ce court, pour s’affirmer en champion global, référence multisurface et No 1 mondial. En un mot, c’est ce 6 juillet 2008 qu’il est devenu l’égal de Federer. L’impact de ce basculement se juge par les chiffres. Il faudra attendre neuf ans et cette fabuleuse finale de l’Open d’Australie 2017 pour voir «RF» battre à nouveau le Majorquin en Grand Chelem.

Roger Federer et Rafael Nadal ont beau faire comme si tout était normal, ils vont marcher vendredi sur les traces de leur histoire commune. Le premier aura sans doute des flashes de sa plus tragique défaite. Et le second quelques images du cinquième set de Melbourne. Car le nombre n’y fait rien, il y a toujours des matches qui valent plus que d’autres. Or au crépuscule de leur rivalité, ces deux-là semblent se retrouver à nouveau sur la même ligne, égaux devant les déconvenues, les résurrections et les grands bonheurs. «Cette finale de 2008, tout le monde se souvient où il l’a regardée. Du coup, c’est le match que l’on attend depuis le tirage au sort, jubile Sébastien Grosjean. Ils sont les deux frais, impressionnants dans leur gestion des moments chauds. J’adore quand ils se jouent au top de leur forme. Je suis impatient.»

«On est subjugués»

Le capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis n’est évidemment pas le seul. Public, journalistes, légendes, tout le monde piaffe d’impatience à l’idée de ce mythe revisité. Car la dimension historique ne serait qu’un jubilé sans l’exigence de compétitivité. Or qui peut prétendre aujourd’hui que Federer et Nadal jouent moins bien qu’il y a onze ans? Personne. «Vous avez vu comme Roger bouge à 38 ans, comme il maintient un niveau de relâchement et de concentration égal sur la longue durée, admire Max Mirnyi, 18e mondial en 2003. Je peux vous dire qu’entre nous, les anciens, on est subjugués.» «Et moi, je suis fasciné de voir que Rafa n’a aucun contrecoup après tous les efforts consentis pour retrouver son niveau sur terre battue, ajoute Arnaud Clément, 10e mondial en 2001. Après tout ce qu’il a donné depuis avril, il arrive ici et bouge mieux que jamais.»

Du vestiaire des légendes jusqu’aux assoiffés de Henman Hill, tout le monde a donc poussé un immense ouf de soulagement mercredi soir lorsque Kei Nishikori et Sam Querrey ont fini par baisser pavillon. Il était écrit quelque part que rien ne pouvait arrêter l’histoire. Même onze ans plus tard.

Créé: 11.07.2019, 06h49

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