Nadal ne ressemble plus au Popeye de ses débuts

TennisPeu d’athlètes ont poussé la logique de progression aussi loin, au-delà de leurs aspirations naturelles. Jusqu’où ira-t-il?

Rafael Nadal a décroché dimanche son 18e titre du Grand Chelem, le 12e à Roland-Garros.

Rafael Nadal a décroché dimanche son 18e titre du Grand Chelem, le 12e à Roland-Garros. Image: Keystone

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Rafael Nadal a remporté son premier Roland-Garros avec des airs de Popeye en croisade, deux biceps gondolés et un sourcil haussé, et s’il ne mangeait pas d’épinards, il n’était pas moins promis à des bras de fer. En réalité, son jeu consistait moins à engager l’épreuve de force qu’à exercer une emprise continue sur l’adversaire, dans l’attente que la résistance faiblisse, puis cède – parfois piteusement.

Dimanche, Rafael Nadal a remporté son douzième Roland-Garros en approchant la ligne de 50 bons centimètres, selon les estimations de John McEnroe, avec l’obsession de conclure l’échange avant la cinquième frappe, car «70% des points sont marqués dans ce laps de temps», a calculé Carlos Moya. Le coach espagnol notait encore: «Le tennis de Rafa reposait beaucoup sur sa couverture de terrain et ses qualités de contre-attaquant. Mais on ne peut pas jouer ce tennis-là à 30 ans passés, avec des genoux fragiles. Il a fallu évoluer.»

Quête initiatique

Lui qui s’épanouissant dans le baroud, qui était photographié bras croisés sur le sol, les mains en sang, a su multiplier ses talents dans une forme de quête initiatique, où chaque évolution a procédé d’une remise en question personnelle. Carlos Moya encore, dans L’Équipe: «Pour avoir une plus longue carrière et rester compétitif, Rafa devait moins courir […]. Il fallait prendre une décision, mais c’est dur de changer quelque chose qui a fonctionné, quand on a eu tant de succès.»

Très peu de champions accomplis ont poussé la logique de progression, la capacité d’innovation, aussi loin de leurs aspirations naturelles. La véhémence animale de Nadal a mué en quelque chose de plus sophistiqué, sans perdre ses instincts premiers. L’Espagnol montait au filet comme on va faire ses courses dans le Bronx: sa main est aujourd’hui l’une des plus agiles du circuit, et ses statistiques à la volée défient celles des spécialistes (23 points sur 27 montées en finale).

«J’ai perdu l’insouciance»

Le revers a développé d’autres angles (le croisé est une merveille), d’autres rythmes, en particulier le slice, pure imitation de Federer, mais aussi l’accélération en appuis fermés. Le service a exploré de nouvelles zones. «Mais j’ai surtout acquis un bien meilleur sens tactique. Ce que j’ai perdu en vitesse d’exécution, je l’ai gagné en intelligence de jeu», dit-il.

Quatorze ans après son premier sacre parisien, Rafael Nadal n’est plus seulement un compétiteur hors norme, le parangon d’une certaine culture de l’affrontement, mais un talent complet, capable de s’imposer sur tous les terrains, en vrai 4x4 du tennis. «J’ai perdu mon insouciance mais pas ma passion», expliquait-il joliment, son trophée sous le bras. Tout en avouant: «C’est vrai que ce printemps, j’ai eu des doutes. J’en ai eu marre de toutes ces blessures, de toutes ces coupures, de devoir recommencer depuis le début à chaque fois. J’avais le moral à zéro.»

À cette aune, il faut relire la prophétie de Mats Wilander, il y a tout juste dix ans: «Dans la vie, il y a les winners et les losers. Pour moi, Nadal est l’archétype du winner. Et il le sera dans tout ce qu’il entreprendra pour le reste de sa vie. Il peut perdre ou gagner, ça ne change absolument rien à ce qu’il tente d’accomplir. Rien ne le dévie de sa route. Et il met tout dans son sac à expérience, le bon comme le mauvais, pour le transformer en énergie positive.»

Une autre façon de voir

Le Majorquin semblait le formuler de semblable façon, dimanche: «Battre des records est une motivation, bien sûr. Mais ce n’est pas une obsession. Ce n’est pas vraiment ce qui me sort du lit le matin pour aller taper des balles. Ce n’est pas ma façon de voir les choses ni le sport. Bien sûr, on peut parfaitement décider que l’on sera frustré toute sa vie parce que le voisin a une plus grande maison, une plus grosse télé, un plus joli jardin. Moi, j’aime la compétition et j’en profite.»

À 33 ans, Rafael Nadal totalise 18 titres du Grand Chelem, à deux unités du record de Roger Federer. Il aspire à une évolution permanente, «pour le bonheur d’être performant à chaque fois que je disputerai un tournoi». Seul son corps semble pouvoir l’arrêter. (nxp)

Créé: 10.06.2019, 18h18

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