Nadal - Djokovic: retrouvailles historiques pour un graal

TennisLes deux rivaux s’affrontent dans une demi-finale explosive, dont le vainqueur pourrait filer sur le titre. Chaud devant!

Rafael Nadal et Novak Djokovic sont prêts à écrire un nouveau morceau d’histoire sous les yeux du public londonien.

Rafael Nadal et Novak Djokovic sont prêts à écrire un nouveau morceau d’histoire sous les yeux du public londonien. Image: AP, EPA

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La petite après-midi entre amis était planifiée depuis plusieurs jours, le gazon coupé à ras, le terrain soigneusement délimité et les petites serviettes brodées déjà posées en flanc de pelouse. Sauf que voilà, si Andy Murray – poli comme toujours – avait déjà envoyé son mot d’excuse depuis deux semaines en raison d’une hanche qui grince, Roger Federer a lui fait faux bond à la toute dernière minute. Ce qui explique pourquoi les trois membres encore en pleine santé du «Big Four» ne se verront pas réunis tous ensemble ce vendredi au tableau des demi-finales de Wimbledon. Le cadre, pourtant, s’y prêtait. Le public s’y était même préparé avec une certaine délectation. Or, en l’absence du Bâlois, tenant du titre quelques jours encore, le Temple sera privé de dessert. Pour combler ce manque, l’apéro sera tout de même offert, mais servi par deux énergumènes que personne n’attendait là: Kevin Anderson et John Isner. Sans vouloir leur faire injure, on a connu verrines plus attirantes, à l’œil du moins, qu’un potentiel combat entre deux gros serveurs…

«Ça va être très fun»

Alors oui, accoudé au buffet, il va falloir patienter jusqu’au plat de résistance, un peu plus tard, pour que les débats prennent réellement de la hauteur. Mais l’attente en vaudra probablement la chandelle, puisque lorsque Rafael Nadal et Novak Djokovic pénétreront sur le Centre Court, aux alentours de 16 h du côté de Church Road, c’en sera fini des courbettes et des politesses de début de repas. «Ça va être très fun à regarder», s’amuse déjà Juan Martin Del Potro. L’Argentin, qui sait de quoi il parle, a conscience qu’avec ce face-à-face entre les deux gros bras, on entrera dans le vif du sujet, un potentiel morceau d’histoire s’écrivant sous les yeux du public londonien.

Songez donc: les deux plus grands rivaux du «Maître» en seront à leur cinquante-deuxième affrontement, un record! «Il s’agira assurément d’un nouveau match de légende, aucun duel n’ayant connu autant d’épisodes, s’enthousiasme l’Espagnol. Il ne fait aucun doute qu’au-delà des chiffres, c’est un moment important pour nous deux.»

Nadal, qui chasse les records et pourrait s’adjuger dimanche son dix-huitième titre majeur pour talonner plus que jamais Federer, voit juste. Oui, cette empoignade – leur troisième à Wimbledon après une demi-finale en 2007 et une finale en 2011 – est d’autant plus importante que, comme pour le France - Belgique de la Coupe du monde de foot, se dégage de celle-ci le sentiment que celui qui en sortira vainqueur aura pris plus qu’une option sur le graal. Pour autant, la tension n’est pas encore à son paroxysme, mais elle grimpe au fur et à mesure que les nuages s’amoncellent dans le ciel britannique. Un signe certainement pas innocent, sachant que ceux-ci pourraient avoir leur mot à dire dans ce bras de fer.

Météo, forme et mental

Annoncée plus que grisâtre, la météo a les moyens d’inverser le rapport de force en réduisant les effets du rebond des balles de «Rafa» pour permettre à «Nole» de mieux s’appuyer dessus et confirmer son retour au premier plan par une première qualification pour une finale de Grand Chelem depuis vingt-cinq mois.

Mais il y a bien sûr quantité d’autres facteurs qui entreront en jeu; on peut évoquer les sensations du jour bien sûr – celles qui ont coûté si cher mercredi à Federer – mais aussi la forme physique et l’aspect psychologique qui pèsera sur ce combat. Dans ce registre, après avoir perdu sept fois de rang contre Djokovic entre 2015 et 2016, le No 1 mondial a repris l’ascendant en le dominant depuis à deux reprises. Pas de quoi pourtant le rendre serein. «Affronter «Nole», c’est à chaque fois un immense défi, rappelle-t-il, une sorte de test ultime, car il est l’un des adversaires les plus compliqués à manœuvrer de l’histoire de notre sport.» Il l’était moins il y a trois mois, mais au fil du printemps, l’actuel No 21 ATP a retrouvé sa verve.

Arrivé à Wimbledon, Novak Djokovic a carrément reverdi et renoué avec ses meilleures sensations, s’offrant notamment deux victoires très intéressantes contre Karen Khachanov puis Kei Nishikori. Jamais, depuis deux ans, le circuit ne l’avait vu taper aussi bien dans la balle. «Oui, je me rapproche de mon tout meilleur niveau, assume et assure-t-il. Je ne crains plus personne et je peux dés­ormais me permettre de refaire d’un titre un Grand Chelem ma priorité.»

Ce vendredi, il n’en gagnera pas un, mais il aura l’occasion de s’en rapprocher à pas de géant. La petite réunion entre amis pourrait virer pour lui en une jolie surprise-partie.


Isner s’offre une plongée tardive dans le grand monde

John Isner, 33 ans, ne vit pas à proprement parler une résurrection à Wimbledon, mais bien une première naissance, en s’invitant pour la première fois de sa carrière dans le dernier carré d’un tournoi du Grand Chelem, où il affrontera Kevin Anderson ce vendredi. Au vrai, cette année 2018 est pour lui l’année des premières, puisqu’il avait découvert à Miami ce que cela signifie d’être lauréat d’un titre estampillé Masters 1000, et qu’il s’apprête à devenir papa d’une petite fille. Au-delà du bonheur nouveau que lui offrira la paternité, est-ce inquiétant pour le tennis masculin de voir l’Américain rejoindre la liste des vétérans qui dominent le circuit? Ou faut-il plutôt voir dans son avènement le signe de la progression d’un joueur dont la seule arme a longtemps été le service? La réponse tient entre les deux, mais l’intéressé préfère balayer l’idée et se féliciter de «volleyer mieux que jamais et d’avoir considérablement amélioré mon jeu de jambes».

Tombeur de Milos Raonic en quart de finale, le No 10 mondial répète qu’il se sent porté par un souffle nouveau. «Je crois que si je continue sur ce rythme, je peux encore faire passablement de dégâts dans ce tournoi», jurait-il mercredi soir dans la salle d’interview principale, qu’il retrouvait huit ans après son premier et unique passage. À l’époque, Isner n’y avait pas fait un détour pour s’être offert un cador, mais bien pour avoir remporté le match le plus long de l’histoire du tennis, sur le désormais mythique court No 18, contre Nicolas Mahut. C’est donc peu dire que son nom sera à jamais associé à la légende de Wimbledon. «Bien sûr que ce match de 2010 est l’image la plus marquante de ma carrière, mais j’aimerais bien pouvoir l’écraser par la grâce d’une accession à la finale cette semaine, voire mieux», tempère-t-il toutefois.

Avec 161 aces cumulés dans cette quinzaine (record à battre), «Big John» peut se targuer d’avoir le bras qui claque, mais aussi un mental tout neuf. «Ma tête est l’une de mes autres grandes forces actuellement, apprécie-t-il. Depuis le début du tournoi, je suis très calme et je gère à merveille les points importants. Ça aussi, c’est une première pour moi.»

Reste maintenant à savoir s’il peut envisager de s’en offrir une autre, ce vendredi en accédant à la finale. À l’entendre, sous sa casquette circule un optimisme déroutant. «Depuis mon mariage, je suis plus posé, je joue le tennis de ma vie. Je n’ai aucune idée jusqu’où cela peut me mener, mais je réalise que tout s’imbrique parfaitement pour l’instant. Tout est possible.»

Preuve en est que les astres, tellement cléments, lui ont évité une demie contre Federer. Isner saura-t-il dès lors saisir ce qui ressemble fort à la chance de sa vie? A.CE.

(TDG)

Créé: 12.07.2018, 21h52

Serena, en piste pour la légende

Là aussi, on peut parler de retrouvailles, mais celles-ci cachent autre chose qu’un air de revanche. Bien sûr, battue en finale il y a deux ans par Serena Williams au terme de ce qui fut une sacrée bataille, Angelique Kerber aura envie de renverser la situation samedi dans ce remake de 2016. Mais malgré sa détermination, l’Allemande sait bien que la légende du tennis féminin est en marche et qu’il lui sera difficile de lutter contre.
Son adversaire, à peine revenue de grossesse, n’est en effet plus qu’à une victoire d’égaler le nombre (24) de titres majeurs remportés par Margaret Court. Et rien ni personne (à part Kerber) ne veut qu’elle puisse y parvenir ailleurs qu’ici. Preuve en est que le Tout Londres a coché le rendez-vous. Kate Middleton et Meghan Markle, les belles-filles de la reine Elisabeth, n’ont-elles pas annoncé qu’elles prendraient place dans la loge royale?
Serena Williams feint de ne pas accorder trop d’importance à l’événement. «Honnêtement, je n’y ai pas pensé une seule fois de tout le tournoi», glissait-elle jeudi après avoir balayé Julia Görges. On n’est pas obligé de la croire et, d’ailleurs, on ne la croit pas, car si l’ex-No 1 WTA, 37 ans, est revenue après son accouchement, c’est en grande partie pour que son nom soit à jamais inscrit tout en haut de l’histoire. À côté de Court dans un premier temps, puis au-dessus, par la suite. Et au vu du tennis qu’elle pratique, elle devrait finir par pouvoir se muer en reine incontestée dans les semaines qui viennent.
En attendant, elle s’avance sans pression vers ce potentiel autre rendez-vous de légende. «Je ne sais pas qui de ma fille ou de moi a le mieux amélioré son jeu de jambes ces dernières semaines», a-t-elle ainsi lancé jeudi soir dans un immense éclat de rire. Avant de reprendre, plus sérieuse: «Face à Kerber, je m’attends à devoir batailler encore plus que je n’ai dû le faire dans cette quinzaine. Angie adore jouer sur gazon et je me souviens que la finale de 2016 avait été accrochée. Je pense qu’elle le sera tout autant cette fois-ci.»
Il y aura de la revanche dans l’air, oui. Mais pas que. A.CE.

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