Les marins prennent le large sur leur ordinateur

VoileDe Franck Cammas au Vaudois Nils Palmieri, plus de 100 000 navigateurs se sont lancés sur une transat virtuelle à la fois ludique et instructive.

Dans son appartement genevois, Nils Palmieri, skipper de TeamWork, prend le large sur son ordinateur.

Dans son appartement genevois, Nils Palmieri, skipper de TeamWork, prend le large sur son ordinateur. Image: Sophia Urban

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Que fait un marin confiné? Du bateau pardi! C’est le coup de génie réussi par le jeu de référence Virtual Regatta qui a lancé le 23 mars une grande course virtuelle baptisée The Great Escape, la Grande Evasion en français dans le texte. Alors que la saison de voile devait s’ébrouer avec les premières courses océaniques printanières, toutes les équipes ont été contraintes de ranger leurs bateaux au hangar. Les préparations sont en stand-by, les chantiers à l’arrêt. Et les skippers, comme des lions en cage. «Du coup, c’est une très bonne alternative qui nous est proposée, souligne Nils Palmieri qui s’est lancé, lundi, sur le coup de 13h02. Je participe à la course avec mon bateau dans ma catégorie des Figaro. Et c’est assez sympa de se frotter aux autres car nous sommes assez nombreux à s’être inscrits.»

Des pros chouchoutés

En réalité, les organisateurs ont eu la très bonne idée d’offrir le pack VIP au skippers professionnels. «On a droit à tout, comme des VIP, se marre le Montreusien qui mène son «TeamWork» de main de maître depuis le départ. Jeu de voiles complet, préparations optimales, polish, manoeuvres automatiques programmées, waypoint: cela facilite grandement les choses. Mais ce n’est pas pour autant qu’on reste les bras croisés. Tous les matins, je passe une bonne heure à faire de l’analyse météo sur les deux ou trois prochains jours. Je compare le fichier GFS américain du jeu avec d’autres logiciels que j'utilise. Cela nous permet de faire des choix de routes. Ce travail sur la météo est une routine que je m’impose et que l’on retrouve lorsqu’on est sur l’eau. C’est un passage obligé essentiel. Disons que là, ça brasse un peu moins!»

Dans son appartement Genevois, Nils Palmieri croise parfois les plus plus grandes stars mondiales de la course au large. Franck Cammas, Armel Le Cléac’h, Alan Roura, Sam Davis, Jérémie Beyou et tant d’autres qui ont quitté la Rochelle pour mettre le cap sur Curaçao. Pour certains, comme Beyou, c’est une première.

«Mon fils aîné Achille fait ça de temps en temps avec des copains, raconte-t-il au magazine «Voiles et Voiliers». C’est plutôt intéressant. Je trouve que c’est une belle initiative, c’est aussi pour ça que j’ai décidé de m’inscrire (ndlr: une partie des bénéfices sera reversée à une association). On a un seul bateau, un Imoca noir baptisé «Charal» (rires) qui est bien identifié. C’est assez amusant, mais il y a plein de gens qui m’envoient des messages me demandant si je suis bien le vrai Jérémie Beyou. Je confirme que oui! Certains me questionnent aussi pour savoir si mon option est la bonne, sollicitent des petits conseils en météo. J’essaye de répondre à tout le monde.»

Un vrai lien social

Cette course crée un vrai lien social entre amateurs et pros. Elle permet aussi de s’évader quelques heures par jour, de retrouver un peu d’air frais. «Pour moi qui suis un passionné des sports outdoor, la situation est compliquée, témoigne Nils Palmieri. Je préférerais souffrir du mal de mer plutôt que du mal du confinement! Mais c’est ainsi et il faut faire avec. J’essaie donc de m’occuper l’esprit avec cette course. Et il m’est même arrivé de me lever la nuit pour choisir une option lorsque la situation était tendue. Ma compagne apprécie moyennement, mais ça fait partie du jeu! Le reste du temps, je bosse physiquement et je potasse pas mal sur l’histoire de la course du Figaro que je brûle de découvrir, en vrai.»

Jérémie Beyou confirme que la partie est rude et la concurrence féroce. «Nous, on évite de se lever la nuit, confie le triple vainqueur de la Solitaire du Figaro. On n’y passe pas notre journée, mais on échange bien avec Achille. Je lui montre comment on fait un routage, les grands principes météo… Il fait du Nacra 15 et commence à être calé en micro météo, mais il découvre la stratégie sur une Transat. Ce partage est vraiment sympa! Je vois des mecs qui règlent sans cesse et qui sont beaucoup plus assidus que nous.»

Nils Palmieri confirme. «Lors des trois ou 4 premiers jours, j’étais vraiment à fond et je pointais vers la 18e place, sur 20 000 Figaro. J’ai à peine réduit mon attention et j’ai perdu du terrain. Mais bon, la route est encore longue pour nos bateaux. Deux bonnes semaines a priori et les occasions de se refaire seront encore nombreuses.»

Dans la catégorie des Ultimes, celle des grands multicoques, on assiste même à des combats de chefs comme en témoigne Franck Cammas, toujours sur le site de «V & V». «C’est la première fois que je fais ça. Je découvre. Ça permet de faire de la «nav», de bosser sur Adrena (ndlr: le logiciel de routage utilisé par tous les régatiers du monde) comme si j’étais en course. C’est pas mal! Ça navigue bien! Il y a du monde autour de moi (rires). Il y a notamment Armel Le Cléac’h qui ne me lâche pas depuis le départ.»

Roura pour le plaisir

Tous les marins interrogés témoignent d’un bel enthousiasme et avoue se prendre assez vite au jeu. «Je ne participe pas pour enfiler des perles sur un collier, se marre Alan Roura. Je ne vais pas faire tourner trois machines dans le salon pour faire des routages pour autant. Par rapport aux joueurs, normaux, ce ne serait pas trop sympa. Mon ambition? Terminer dans les mille premiers en Imoca et bien m’amuser en tentant deux ou trois jolis coups.» Même confinés, les marins ne peuvent pas s’empêcher de faire des vagues… Et si la régate est virtuelle, le plaisir, lui, «est bien réel», conclut le skipper de «La Fabrique». hr />

Régater en deux clics, c'est fou

Une interface de feu. Un design à la fois épuré mais qui colle parfaitement au suivi cartographique des grandes courses. Et une réactivité de tous les instants. C’est le secret du site de référence www.virtualregatta.com. «Il y a deux versions de courses, explique Nils Palmieri, Inshore et Offhore. Pour la première, il s agit de régate de type olympique autour de bouées. La deuxième version, c’est celle des courses océaniques». Lors de chaque grande compétition océanique la plateforme offre la version numérique au public. La Route du Rhum, le Vendée Globe connaissent un succès sans précédent. Pour ce Great Escape, le concept diffère comme l’explique Philippe Guigné, créateur de Virtual Regatta. »Nous ne pouvions pas rester sans rien faire. Des marins professionnels, des marins du dimanche mais aussi les organisateurs, les sponsors ou tout simplement mon entourage m’ont encouragé à créer une course pour mettre un peu de soleil dans les cœurs. L’engouement a été immédiat.»

Si l’inscription est gratuite, des options payantes pour optimiser sa course et son bateau (achat de voile, de foils etc.) sont ensuite proposées aux participants. Le suivi de la course est bluffant. Des analyses météo de professionnels sont fournies (avec les conditions réelles en temps réel), des communiqués de presse tombent régulièrement, et des journaux comme Ouest- France et même le Figaro suivent l’avancée des troupes qui compte plus de 100 000 participants. En deux clics, on se retrouve au coeur de la course. Assez fou!

G.SZ

Créé: 26.03.2020, 16h02

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