Les cinq plaisirs de Wimbledon

TennisSi Wimbledon est considéré comme le Temple du tennis, c’est pour son prestige, son histoire et quelques particularismes délicieux.

Image: Reuters

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Vous rêvez de voir un jour Wimbledon? Pour avoir une chance d’entrer dans le Temple, il faut participer au «ballot», le grand concours de l’automne – séparé en deux pots: «citoyens britanniques» et «reste du monde». Avec un peu de chance, des billets vous seront alors proposés, à l’achat bien sûr et à une date imposée. C’est à prendre ou à laisser. Le paradis ne se marchande pas.

C’est ainsi que Wimbledon entretient son mythe. Quand on est le tournoi le plus prestigieux de la planète tennis et l’une des cinq destinations sportives les plus prisées des spectateurs, pas besoin de promouvoir ses charmes. Surtout quand chaque recoin du stade magnifie une altérité revendiquée. En son honneur, voici cinq particularismes qui font tout le charme du pèlerinage à Church Road.


Le vert et le blanc

Pour l’œil néophyte, c’est un choc. À Wimbledon, le vert est partout: gazon, bâche, mur des stades, végétation, point de vente. Ce n’est plus un «code couleur» mais une emprise visuelle qui pénètre votre psyché comme une lunette déformante. Car ce vert a des vertus apaisantes. Il calme, ralentit presque les échanges (entre individus) et – plus important – met en valeur les autres coloris: le marron du bois (banc, porte, etc.), le violet (par touches) et surtout le blanc des joueurs. Au fil des années, la tradition est devenue un intégrisme que Roger Federer «himself» juge «ridicule». Jusqu’en 1995, la règle réclamait en effet une tenue «à prédominance blanche» (souvenez-vous les rayures du maillot Fila de Borg). Puis ce fut l’époque du «presque entièrement blanc» (1996-2014). Mais l’adverbe créait la confusion et les semelles orange du «Maître» ou les shortys fluo de ces dames ont semé le doute… Du coup, l’AELTC s’est braqué: la couleur est tolérée à hauteur d’un liseré de 1 centimètre! La rigueur peut faire sourire. Mais elle possède un avantage inestimable: l’unité avec laquelle les participants se présentent donne du relief à leur jeu. Que demandez de plus?


La queue

Si l’art du «queuing» est inscrit au patrimoine britannique, faire la queue à Wimbledon est un sommet du genre. Et là encore, le mythe s’est structuré, modernisé, sans rien perdre de son essence. Jugez plutôt: le site du tournoi propose un «guide de la queue» sur 19 pages! Tout est précisé: le lieu du départ, le système de numérotation (chacun reçoit un numéro dans la file), le «code de conduite» durant la nuit et le temps toléré d’absence (toilette). Chaque jour, le tournoi conserve quelques précieux sésames (peu pour le central, No 1, No 2; beaucoup pour les courts annexes) à l’intention de ces courageux qui offre un peu de leur sommeil contre le droit de visiter le Temple. Reste la grande question à laquelle ne répond pas le guide: à quelle heure dois-je entrer dans la queue pour être certain d’obtenir un billet? Tout dépend de la cible: pour le central il faut compter la nuit, le petit matin devrait suffire pour un court annexe. Mais le choix du jour influence aussi. Federer ou Murray jouent-ils? Est-ce pour la première semaine ou le «Manic Monday», date la plus prisée? À vous de choisir et d’attendre.


Henman Hill

Roland-Garros a certes sa Place des Mousquetaires et Melbourne Park son Garden Square. Mais rien ne ressemble à Henman Hill. Pourquoi? D’abord parce que c’est le public qui a fait le renom de cette bute. S’il est possible de créer des lieux de communion, ceux qui marquent vraiment les esprits sont des créations spontanées. En 2018, on y avait croisé Helen et Sylvia, pimpantes septuagénaires des Orcades, installées devant le panier pique-nique (à 98 livres) étalé sur une nappe blanche. Henman Hill a beau être le poumon festif et populaire de l’AELTC, on ne s’y laisse pas aller. Surtout quand il s’agit de se rafraîchir au Pimm’s. St Mary’s Church à l’horizon, le mythique court 18 en contrebas, Henman Hill serait presque la troisième arène du site; toujours chaude bouillante lorsqu’un Britannique entre en lice. Mais d’ailleurs, faut-il toujours dire Henman Hill ou Murray Mount? «Ici, c’est le champ de nos rêves (field of dreams), donc Henman Hill, avait tranché Kerry après des heures de queue. Murray a fini par gagner, il n’y a plus aucun sens à utiliser son nom.» En plus d’être sympa, le «peuple de la colline» est philosophe.


Le Middle Sunday

C’est une tradition que l’on ne doit pas à la paroisse voisine – St Mary’s Church, toujours elle – mais à la nécessité historique de faire reposer le gazon. Le premier dimanche, Wimbledon fait relâche. Et jusqu’en 1991, même une semaine de pluie ne pouvait faire infléchir la règle au grand dam des juges arbitres (en 2004, on comptait 114 matches de retard au 7e jour). Ce rigorisme a deux avantages. Premièrement, le stade plonge soudain dans une langueur reposante. Lors du «Middle Sunday», les joueurs flânent dans les allées. Et sur les courts d’entraînement d’Aorangi Park, il règne une atmosphère de calme avant la tempête. Le deuxième avantage se cache justement dans cette tempête. Son nom: le «Manic Monday», lundi fou et plus belle journée de tennis de la saison puisque tous les huitièmes de finale – hommes et femmes – s’enchaînent dans un tourbillon de matches intenses. Cette orgie de tennis est une césure, un rite de passage. C’est la dernière fenêtre ouverte pour une surprise – Gilles Müller qui sort le match de sa vie contre Nadal en 2017. Le jour d’après, les quarts de finale marqueront l’entrée dans un autre tournoi. Une course vers le titre, sans écart de programmation. Comme à Melbourne, à Paris ou à New York.


Le goût du double

Où et quand ressent-on au mieux l’âme de Wimbledon? La question est trop intime pour déboucher sur une réponse évidente. Mais il flotte dans l’air quelque chose de spécial au soir du dernier samedi, parfois longtemps après la finale dames, lorsque le Centre Court vibre avec les quatre finalistes du double messieurs. Nulle part ailleurs sur la planète tennis, un match de double est suivi par autant de monde et avec autant d’attention. Le public de Wimbledon connaît trop le jeu, il sait exactement le chemin parcouru par ces deux paires pour se retrouver à une victoire de la reconnaissance suprême: devenir un champion de Wimbledon. Pour en arriver là, ils ont dû gagner cinq matches au meilleur des cinq sets. Un format unique sur le circuit! Alors pour la paire qui arrive à aligner une sixième victoire, l’émotion est trop forte. On a vu par exemple Marcelo Melo et Lukas Kubot, pris de spasmes à plat ventre dans le gazon, au bout d’une cinquième manche folle contre la paire Marach-Pavic (2017). Il était 21h30, la foule était encore là, émue et admirative. Alors imaginez un instant si, dans douze jours, ce sont Andy Murray et Pierre-Hugues Herbert qui célèbrent à leur place…

Créé: 02.07.2019, 11h04

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