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Julien Lyon sort de l’ombre pour retrouver l’envie

Champion d’Europe de semi-marathon par équipes en 2016, le Genevois raconte ses tribulations et confie ses espoirs.

En été 2016, Julien Lyon terminait 15e des Européens de semi-marathon à Amsterdam. «J’ai envie de revivre ça», dit-il.
En été 2016, Julien Lyon terminait 15e des Européens de semi-marathon à Amsterdam. «J’ai envie de revivre ça», dit-il.
Daniel Mitchell

L’actualité entrechoque les destins. Tandis que Julien Wanders, inspiré par l’esprit d’Iten, n’en finit pas de passer la surmultipliée, Tadesse Abraham, rentré blessé de son camp d’entraînement à Addis-Abeba, ronge son frein. Heur et malheur des coureurs genevois. Dans ce paysage contrasté, où se trouve Julien Lyon, disparu des radars depuis l’été dernier et son titre de champion d’Europe par équipes de semi-marathon à Amsterdam? «La forme revient tranquillement», répond le Stadiste, au bout de sa traversée du désert.

Non, la vie d’un athlète de pointe n’est pas un long fleuve tranquille. Elle bouillonne quand le champagne coule à flots, elle se brouille lorsque l’acide lactique noie les muscles. C’est ce qui est arrivé à Julien Lyon, un peu à l’improviste. Un revers de fortune subi l’automne dernier par excès de zèle, alors que tout semblait lui sourire.

Pas la terre promise

«Oui, j’ai commis une erreur», confesse-t-il. Oui, le stakhanoviste a surestimé ses forces en disputant le marathon de Berlin une semaine après avoir battu son record personnel (1 h?03’?56’’) lors du semi de Copenhague! «Au 32e km, mon corps s’est brusquement bloqué», raconte-t-il. De ce coup d’arrêt, il a eu du mal à s’en remettre. L’occasion était si belle de faire mieux qu’à Zurich (2 h 16’?17’’), où, six mois plus tôt, seul le blizzard avait gâché son baptême de marathonien. «Au moins, cette course inachevée m’a procuré certaines certitudes. J’ai longtemps été dans l’allure pour courir en 2 h 12’», dit-il.

Sentinelle posée sur un visage hâve, son regard brille. Julien Lyon s’accroche. Il a passé l’hiver en grappillant de modestes primes dans les corridas urbaines de fin d’année, puis en traçant sa route sur les terres ocre de Suluta, à une trentaine de kilomètres d’Addis-Abeba. Une vie d’ascèse, à l’ombre des lodges d’Haile Gebreselassie et de Kenenissa Bekele, les seigneurs des lieux. Le Genevois misait sur son stage de préparation en Ethiopie, à 2800 mètres d’altitude, pour remonter à la surface. Patatras! Il en est ressorti affaibli et le moral dans les chaussettes. Pour un coureur occidental, l’Afrique n’est pas toujours la terre promise.

«J’ai eu de la peine à m’adapter, puis des ennuis de santé m’ont privé d’énergie, confie le protégé de Tesfaye Eticha, présent à ses côtés à Suluta. J’ai persisté à m’entraîner, j’ai bien essayé de me soigner, mais le mal était tenace.» Après deux mois de tribulations, le malheureux a atterri, enrhumé et flapi, à Barcelone, où le plan établi voulait qu’il se qualifie pour les Mondiaux de Londres. Le marathon est parti sans lui. Il ne verra pas Big Ben cet été…

Un mois plus tard, Julien Lyon libère des mots longtemps tenus bâillonnés. Il lui a fallu encore du temps pour recouvrer la santé, restaurer sa confiance et se remettre à courir les jambes et l’âme plus légères. «J’ai dû me reconstruire, retrouver l’énergie et l’envie», dit-il. Cette envie de «revivre le bonheur d’Amsterdam, ce titre européen dont la dimension, sur le moment, m’avait échappé». Aujourd’hui, il ose à nouveau se projeter. Il n’a que 27 ans et son maigre ordinaire n’est pas un frein à ses ambitions retrouvées. «Les soucis financiers, j’essaie de ne pas y penser. Il ne faut pas que cela soit un poids trop lourd à porter.»

Avec Wanders à Saint-Moritz

Pour se motiver, il applaudit les prouesses de Julien Wanders, son camarade de club. Elles ne lui portent pas ombrage. Au contraire, elles le stimulent. Il espère s’en inspirer. «Beaucoup ne voient en lui que du talent, certains même de la triche. C’est réducteur et méprisable. Ils oublient tout le travail et les sacrifices que Julien consent depuis des années pour atteindre ses objectifs. Il ne lâche rien, les échecs le poussent à se surpasser. Pour moi, c’est un exemple à suivre.»

L’amitié qui lie les deux coureurs les emmènera à Saint-Moritz, où ils s’entraîneront ensemble cet été. Cette perspective réjouit Julien Lyon, comme l’idée de se relancer d’abord sur piste, «pour varier les efforts et éviter la routine». Mais l’automne prochain, sûr, il se remettra en route à l’appel du marathon. «Cette épreuve est une grande aventure et je n’en suis qu’au début…» dit-il, des fourmis dans les jambes.

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