Le jour où Thiem et Zverev ont changé de dimension

TennisTombeurs de Nadal et Wawrinka, Dominic Thiem et Sascha Zverev ont brisé un plafond de verre hier à Melbourne. Ils ne seront plus jamais les mêmes.

Dominic Thiem et Alexander Zverev sont en demi-finale.

Dominic Thiem et Alexander Zverev sont en demi-finale. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Un tournoi du Grand Chelem ressemble à la vie. Il peut être injuste et sublime. Il bouscule, comble, essore, angoisse, récompense. Le tout en seulement quinze jours. Prenez Alexander Zverev et Dominic Thiem: sur la route de leur première demi-finale à Melbourne Park, l’un a fait la plus belle promesse de don de l’histoire du sport et l’autre a viré sans préavis le plus grand joueur de l’histoire de son pays (Muster).

«Sascha» avait même débarqué sous les quolibets après ses 29 doubles fautes à l’ATP Cup. Et «Domi» a failli tout perdre dès le deuxième match contre Alex Bolt, invité australien habitué des joutes obscures. À Melbourne, les deux compères ont donc cru toucher le fond avant de faire les gros titres pour autre chose que leur tennis. Or malgré tout ce tintamarre (ou grâce à lui), leur carrière a changé de dimension.

«J’étais si mauvais lors de l’ATP Cup que je n’attendais rien de moi, surtout pas une demi-finale»

Par quel miracle ou mécanisme est-ce arrivé ce jour-là? Ou plutôt cette semaine-là? Sascha Zverev n’avait jamais atteint un dernier carré majeur. Alors quand Stan Wawrinka avala une première manche de rêve en 25 minutes (6-1), tout laissait croire que l’Allemand resterait encore un peu la proie de ses blocages historiques. Il les assomma finalement à grands coups de premières balles.

«Je crois que je faisais une fixation sur les tournois du Grand Chelem. À mes yeux, ils étaient la raison pour laquelle je jouais au tennis et j’en voulais simplement trop, explique le vainqueur du dernier Geneva Open dans un élan de sincérité rafraîchissant. Je crois que j’étais trop professionnel. Je ne parlais à personne, j’étais trop concentré. Et quand tu penses au tennis 24 heures sur 24, tu finis par exploser.»

Un surinvestissement devenu malsain que Sascha Zverev affirme avoir corrigé. «Cette année, je sors manger avec des amis, avec ma copine. Je fais bien plus de choses en dehors du court. Et puis, j’étais si mauvais lors de l’ATP Cup que je n’attendais rien de moi, surtout pas une demi-finale. Il y a eu comme un déclic. Cela devait sans doute se passer ainsi.»

Souvent cassant ou fuyant, Sascha Zverev est même devenu attachant devant les micros, assumant enfin sa sensibilité à fleur de peau. Une honnêteté qui a même mouillé les yeux de son papa-coach, Alexander Senior, comme pour donner une dimension encore plus cathartique à son tournoi.

«Les démons s’étaient installés dans ma tête, ceux dont parlait Roger l’autre jour»

Dominic Thiem aussi a abandonné, hier, une bonne partie de lui-même sur la Rod Laver Arena. Laquelle? Cette part de l’enfant sage qui restait accrochée à ses fins de match, lorsqu’il faut donner un dernier coup d’épaule pour prendre la lumière sans s’excuser. Le double finaliste de Roland-Garros n’avait jamais battu Rafael Nadal en Grand Chelem. Or malgré quatre sets d’un niveau de jeu ahurissant – quelle intensité dans ses frappes et ses courses – l’Autrichien semblait avoir encore tout gâché lorsqu’il balança trois coups droits de juniors au moment de servir pour le match. «Les démons s’étaient installés dans ma tête, ceux dont parlait Roger l’autre jour, avouait «Domi» au micro de Jim Courier. Tu te précipites et, d’un coup, tout est à refaire. C’est dur à gérer mais c’est le tennis. Les démons sont jamais loin, c’est pareil pour tout le monde.»

La nuit était déjà bien avancée lorsque Dominic Thiem posa des mots plus calmes sur ce moment de trouble. «Je suis très fier d’avoir digéré ces erreurs stupides, d’avoir surmonté ce moment de faiblesse.» Il venait de regarder ses démons dans les yeux, ceux qui étaient venus hanter le tie-break décisif de sa finale perdue au Masters. Et pour mieux les maintenir à distance, il avait accepté leur présence, comme Sascha Zverev a fini par accepter ses failles et ses obsessions. Cette acceptation ne leur garantit pas la gloire immédiate? Mais elle envoie ce message fort : le jour où elle se présentera, ces deux-là n’en auront plus peur.


Magnus Norman: «Je suis optimiste»

Pour avoir connu les finales de Grand Chelem des deux côtés de la barrière, Magnus Norman sait le peu de place que la gloire laisse au hasard. Et pourtant, hier à la sortie de la Rod Laver Arena, le coach suédois de Stan Wawrinka confessait quelques doutes. «J’avoue ne pas avoir vraiment compris comment les choses avaient tourné au deuxième set. Stan a raté une volée liftée à 30A sur le jeu du break. Mais il était parti si fort, j’étais très confiant. Il faut que j’en parle avec lui.»

L’écart entre un quart et une demie de Grand Chelem tient à peu de chose, par exemple les centimètres d’une frappe décochée un peu sur l’arrière. «J’ai laissé légèrement retomber les balles au moment de les attaquer, analysait «Stanimal». Des hésitations qui l’ont remis dans le match.» Une fraction de seconde de retard au moment de s’engager mais aussi les forces abandonnées à lutter contre ce satané virus et la vista du duo Seppi-Medvedev. «C’est vrai que cela commençait à faire beaucoup. Mon niveau d’énergie a baissé après deux sets.»

Telle est l’éternelle leçon des tournois du Grand Chelem, la petite histoire se mêle à la grande. Si bien qu’au final, les détails n’en sont plus. Stan Wawrinka vient ainsi de perdre pour la troisième fois en quatre Majeurs au stade des quarts de finale. Et pour la troisième fois, il n’a pas réussi à y battre un second «Top 10» de suite (Tsitsipas-Federer à Paris, Djokovic-Medvedev à New York, Medvedev-Zverev ici). «Est-ce qu’il y a quelque chose que nous pouvons mieux faire ou s’agit-il d’une coïncidence, s’interroge Norman. Il faut qu’on en parle. Mais il y avait beaucoup de substance dans son match contre Medvedev et durant ce premier set. Je suis optimiste pour la suite.» Quelques minutes plus tard, Stan Wawrinka disait à peu près la même chose. «Stanimal» connaît la formule: tenir sa ligne et avancer obstinément. Pour un jour forcer son destin.


Federer récupère en jouant à cache-cache

Roger Federer sera-t-il sur le court ce matin contre Novak Djokovic (9h30)? Et dans quel état? Cette question a évidemment rythmé la journée à Melbourne Park. Or comme il l’avait très bien fait à Lille, «le Maître» a réussi à entretenir le mystère sur son état de santé. S’il n’est pas allé se cacher sur les courts indoor du centre national, le Bâlois ne s’est pas entraîné hier. Mais il a été furtivement filmé avec son staff dans les couloirs du stade par les caméras d’Eurosport.

Que faut-il en conclure? Habitué du tournoi juniors, Severin Lüthi a choisi de ne pas venir observer les deux suisses Leandro Riedi (battu) et Dominic Stricker (qualifié) pour éviter les questions. Il faut donc se fier aux derniers bruits de couloirs. Hier soir, ils étaient plutôt optimistes et le spectre d’un forfait semblait s’éloigner.

Mathieu Aeschmann, Melbourne

Créé: 29.01.2020, 17h21

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le coronavirus est à Genève
Plus...