«Jérémy? C’est une tête en l’air mais de classe mondiale»

Pour Patricia et Anaïs Desplanches, la mère et la sœur du champion d’Europe, «la petite crevette a toujours la même bouille».

Anaïs et Patricia Desplanches, soeur et maman de Jérémy, ont vibré, lundi, pour leur champion.

Anaïs et Patricia Desplanches, soeur et maman de Jérémy, ont vibré, lundi, pour leur champion. Image: LAURENT GUIRAUD

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Quand elles vont écouter désormais Le «Lundi au soleil» de Claude François, elles penseront forcément à ce 6 août 2018 où elles ont été submergées par une vague d’émotions, une si belle douche écossaise. «Je n’ai plus de larmes!» Encore toute retournée par ce 200 m quatre nages de feu et ce bonheur si contagieux, Patricia Desplanches ne le cache pas. Quand son fils, Jérémy, qui célébrait ses 24 ans le lendemain, a décroché la lune ce fameux lundi à Glasgow, elle a pleuré. «Je pense qu’à Bernex tout le monde m’a entendu crier!» s’excuse-t-elle. À côté, Anaïs, sa fille, avoue qu’elle aussi était «survoltée», si fière de lui. «Mardi, je suis allée acheter tous les journaux où on parlait de Jérémy, comme une groupie!» L’hymne national qui a retenti avec le frangin si grand, si beau, sur la plus haute marche du podium, passe depuis en boucle dans sa tête. «Même s’il ne connaissait pas les paroles, il n’avait pas envie que cela s’arrête», reprend la mère, convaincue que là-bas, «ils ont certainement dû sortir le drapeau suisse de la cellophane»; il est vrai qu’un Helvète qui devient champion d’Europe de natation ce n’est pas fréquent.

«Il était terrorisé»

Et la grande sœur de confier: «Avant le départ, il m’a envoyé un SMS. Il était terrorisé, il avait le trac, raconte l’aînée. Je lui ai répondu que quoi qu’il devait arriver, on serait toujours fière de lui. Et que les autres étaient certainement dans le même état!» Anaïs, qui a toujours eu de l’influence sur le «petit», a trouvé les mots justes pour le pousser à se sublimer. «Cette médaille, il en avait souvent rêvé, poursuit la maman, mais quand il a annoncé haut et fort ses ambitions aux médias, il nous a surpris.» Il a assuré comme un grand qu’il est assurément. Le sacre sur 200 m libre huit minutes plus tôt de sa tendre moitié, Charlotte Bonnet, lui a également donné des ailes. «Jérémy m’a avoué qu’il était content d’avoir eu une sœur avec autant de caractère car ainsi, avec sa chérie, il n’est pas dépaysé, renchérit la mère. La Française le dirige, elle a le sang chaud.» Et, lui, Jérémy, un cœur énorme sur la main. «La plupart des médailles qu’il a gagnées jusque-là, il les a offertes à des jeunes ou à sa grand-mère», précise encore la sœur.

Après avoir sorti de son sac une photo de Jérémy à 8 ans, tout sourire sur un podium du «Challenge de la Tribune de Genève», Patricia Desplanches se souvient de ses débuts dans l’eau. «La crevette a toujours la même bouille, s’égaye la maman. Quand Anaïs, qui a deux ans de plus que lui, a commencé à nager, pendant l’entraînement, j’allais à la pataugeoire avec lui. Au début c’était compliqué, parce que le petit frère était derrière, pas aussi bon qu’elle en compétition où elle a très rapidement tout gagné au niveau suisse. Si sans faire de vague, il ramenait de temps en temps une médaille à la maison, on a surtout fait en sorte de ne pas mettre trop en avant les résultats de la grande pour ne pas le dévaloriser.»

La sœur qui l’adore tant sourit. «Au niveau de la taille, j’ai été rapidement très grande physiquement. J’avais un avantage par rapport à mes concurrentes. Jérémy, lui, a mis du temps à grandir.» S’il a toujours fait partie des plus petits, aujourd’hui il mesure 194 cm! «Les grandes choses prennent du temps et avec lui c’est exactement ça, précise la maman. C’est pour cela que cette médaille est belle.»

Il y a de la reconnaissance pour son entraîneur à Nice, Fabrice Pellerin. «Parfois, quand Jérémy nous appelle alors qu’il monte les escaliers de son immeuble, on dirait qu’il va mourir: à l’entraînement, le coach les épuise!»

«Sur une autre planète»

Cela lui a d’ailleurs peut-être sauvé la vie ce fameux 14 Juillet 2016, date de l’attentat sur la promenade des Anglais. «Ce jour-là, mon cœur s’est arrêté de battre», se rappelle la maman. La raison: les nombreux appels et messages lancés à Jérémy et Charlotte longtemps restés sans réponse. «Il dormait! s’exclame-t-elle. Leur entraîneur les avait tués la veille. Ils étaient tellement morts de fatigue qu’ils n’ont pas eu la force d’aller voir les feux.»

Depuis quatre ans qu’il nage dans la baie des Anges, le grand blond a pris une nouvelle dimension. «Mais s’il a un caractère de persévérant, Jérémy c’est une tête en l’air de classe mondiale, se marre Anaïs. Il y a des années, quand on nageait encore ensemble, j’avais toujours un caleçon de rechange dans mes affaires parce qu’il l’oubliait régulièrement.» À l’école, il aimait regarder les papillons voler. «Ce n’était pas un mauvais élève, mais il était sur une autre planète», reconnaît Patricia, qui précise toutefois que son garçon a toujours su canaliser son attention sur ce qu’il aimait, la preuve avec son bachelor de management qu’il a passé récemment. «Quand quelque chose l’intéresse, il se donne à fond», lâche-t-elle.

Comme ce fameux lundi au soleil…

(TDG)

Créé: 09.08.2018, 19h11

Le père est allé à Glasgow en voiture

«Ce n’était pas son objectif!» Gilles Desplanches, le papa, savait que son garçon ne connaîtrait pas la même réussite ce jeudi dans le 400 m quatre nages. Trois jours après son titre sur «le 200», le Genevois a dû se contenter d’un chrono de 4’20’’89, à près de 8’’ de son record national. Dix-septième des éliminatoires, seulement, il n’y a pas eu de nouvelle finale. Peu importe pour le père, qui n’a pas regretté son voyage en voiture de Genève à Glasgow, avec arrêt à Edimbourg.

«Entendre l’hymne national et voir le drapeau suisse se hisser en dessus de lui, c’était juste incroyable.» Il en a eu des frissons et des larmes. Comme Michel Hess, le dernier entraîneur de Jérémy aux Vernets, il a beaucoup pleuré dans les gradins. «Je l’ai entraîné entre ses 15 et 20 ans et j’ai tout de suite compris qu’il réussirait, explique son ancien coach, qui a aussi posé sa pierre à l’édifice. Quand il m’en avait parlé, je l’avais également encouragé à partir à Nice où il a appris à voler!» Après le papa, il a été le deuxième à «plonger» dans les bras du champion. «On a tous mangé ensemble le mardi pour son anniversaire, renchérit Gilles Desplanches. C’était sympa.»

Le père ne garde que des beaux souvenirs de son «petit bouchon» devenu champion d’Europe. «Que ce soit avec lui ou Anaïs, on a eu de la chance d’élever des enfants fantastiques qui ont de belles valeurs, se réjouit-il. Sa grande sœur qui nageait extrêmement bien lui a montré le chemin. Ce titre c’est aussi le sien. Jérémy est passé du garçon à l’homme avec la maturité et la mentalité pour gagner. Il s’est construit avec suffisamment de modestie et de bons entraîneurs gérant sa carrière avec beaucoup d’intelligence et toujours de bonne humeur. Même quand les résultats n’étaient pas ce qu’il attendait. À Nice, il a trouvé ce qu’il lui fallait dont notamment Charlotte Bonnet, une fille exceptionnelle qui a aussi les pieds sur terre.» C.MA.

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