«J’ai changé de statut mais je reste le même. Je suis toujours Alan»

VoileAlan Roura navigue dans la cour des grands sur la Route du Rhum. Rencontre avec le marin romand avant le départ, dimanche.

Dans le cockpit de «La Fabrique», Alan Roura est prêt pour le départ, dimanche, de la mythique Route du Rhum.

Dans le cockpit de «La Fabrique», Alan Roura est prêt pour le départ, dimanche, de la mythique Route du Rhum. Image: JEAN-GUY PYTHON

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Ça pourrait être un plan de «com» bien ficelé. L’histoire du gars sorti de nulle part après une enfance vécue au fil de l’eau. Douce et salée. Une belle gueule dorée au soleil du Venezuela ou de Grenade qui débarque dans les frimas du monde de la voile sur un départ de Mini Transat à Douarnenez. On est en 2013 et Alan Roura jaillit dans la lumière.

Premiers shootings photo sur Navman, son proto en bois – le plus vieux bateau de la flotte associé au plus jeune skipper (20 ans à l’époque) pour ce qui là aussi pouvait passer pour être un joli coup médiatique – et premiers éclats de rire. Le gamin croque la vie à pleines dents, se prête aux jeux parfois farfelus du photographe avec une fraîcheur totale et un naturel désarmant. Il n’a pas un rond en poche. Il n’a même pas de portable pour tout dire. Du coup, c’est Aurélia, une des attachées de presse de la Mini Transat, qui se dévoue pour qu’on parle de ce jeune skipper genevois. Elle fait tellement bien son boulot que cinq ans plus tard, elle est toujours à ses côtés joignant, toujours avec le sourire, l’utile à l’agréable. Uni à la ville comme à la mer, le couple a traversé bien des océans pour en arriver à ce départ de la 11e édition de la Route du Rhum. Une vie de fou, de fous rires. Une vie de passion et de Rhum. Un joli cocktail.

La révélation du Vendée

Tout a changé depuis Douarnenez. Alan Roura a avalé une première rasade de Rhum en 2014. Amère galère, avec en prime un abandon. Il a ensuite réalisé son rêve de gosse en s’alignant au départ du Vendée Globe à l’automne 2016. Douzième (sur 30 partants faut-il le rappeler), il a marqué l’épreuve de son empreinte, devenant le plus jeune marin de l’histoire à avoir terminé cette épreuve ultime. Une véritable explosion médiatique a secoué La Fabrique, ce bateau hors d’âge mené par un barbu pas barbant pour un sou. «Ce Vendée a tout déclenché, explique celui qui avait fait sensation avec son costume de Corto Maltese, le jour du départ aux Sables-d’Olonne. Depuis, j’ai clairement changé de statut, c’est vrai. J’ai un nouveau bateau, plus moderne, sur lequel nous avons installé des foils. Et j’ai désormais autour de moi un véritable team professionnel qui me permet de naviguer au plus haut niveau. Alors, oui, j’ai plus de sollicitations mais je reste moi-même. Je suis toujours Alan, le gars naturel et sympa qui ne fait pas semblant.»

Dans le milieu de plus en plus aseptisé de la voile professionnelle, Alan Roura est perçu comme l’un des derniers francs parleurs. «On n’a même pas besoin de faire semblant, sourit Aurélia, qui gère justement toute la communication du projet. Il ne sait pas faire autre chose que d’être franc, nature. Cette façon de communiquer nous vaut énormément de félicitations des autres teams qui trouvent géniale la façon dont on travaille.» Presque sans filtre. Tout juste Alan Roura a-t-il appris à se canaliser avant le départ des courses. «Je suis sans doute un peu moins disponible pour aller vers les gens car je ressens désormais le besoin de me mettre progressivement dans une bulle. Ça c’est nouveau, car j’avais tendance à me disperser jusque-là.»

Un besoin de partage

Une fois en mer, rien ne changera promet-il. Il livrera toujours le fond de sa pensée sans faux-semblants. Roura, c’est du brut. S’il a mal, il le dit. S’il en bave, pareil. Pas question de ravaler sa salive pour faire croire que le ciel est bleu et que les albatros batifolent entre la trinquette et le foc. «J’aime partager ce que je fais et ce que je ressens. Sinon, à quoi bon partir si c’est pour tout garder pour soi. Je dois même dire que j’ai un vrai plaisir à prendre le temps de me poser dans le cockpit pour écrire un billet. Sur le Vendée, ça m’a permis d’évacuer certaines frustrations, colères, tensions. C’était des petits sas de décompression. Sur une Route du Rhum, qui est une course beaucoup plus nerveuse, je ne sais pas si j’aurai l’occasion de me poser souvent.»

Un très gros coup de tabac est attendu juste après le départ. Certains modèles annoncent des vents à 50 nœuds avec une mer démontée et des vagues de 12 mètres (des immeubles de trois étages). Il va donc falloir cravacher et naviguer en bonne intelligence. Survivre avant de poursuivre sa route vers les îles de la Guadeloupe et tenter de se placer au mieux dans cette catégorie des Imoca où tous les meilleurs sont présents. «Ce Rhum va être corsé, annonce-t-il. Je ne me fixe pas vraiment d’objectif autre que celui de bien mener le bateau jusqu’à l’arrivée. J’ai presque envie de ne pas regarder les classements.» Alan Roura n’est pas encore prêt pour les coups de bluff.

Et ça n’a rien à voir avec une opération de «com» savamment orchestrée depuis la terre.

Créé: 31.10.2018, 18h45

Rhum express

À bord avec Alan Roura
Avant, pendant et après la course, Alan Roura partagera sur ce site son quotidien dans un carnet de bord. Pour mieux encore découvrir de l’intérieur la plus mythique des transats.
Jean Galfione vise plus haut
On oublierait presque que, dans une autre vie, Jean Galfione a été champion olympique de saut à la perche. Le premier Français à avoir passé une barre à 6 mètres est en effet devenu un marin aussi respectable que respecté. Depuis dix ans, il fait ses gammes avec humilité. Pour sa deuxième Route du Rhum, il vise haut dans une Class 40 qui comptera 53 marins au départ. «Une place dans le top 10, ce serait vraiment parfait», dit l’ancien perchiste.
Prévision
Le départ dimanche à 14 heures est maintenu malgré une météo très musclée.

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