«N’importe quel joueur est meilleur s’il ne réfléchit pas»

TennisLeader de l’équipe suisse de Fed Cup qui va défier l’Italie, Belinda Bencic raconte son rapport à la compétition et au temps qui passe. Interview.

Belinda Bencic porte un regard passionné sur sa vie de joueuse.

Belinda Bencic porte un regard passionné sur sa vie de joueuse. Image: Keystone

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Belinda Bencic, vous êtes une joueuse qui se nourrit de l’énergie extérieure. D’où vient ce goût de l’échange?

En effet, j’ai besoin de ce feu, qu’il provienne du public ou de mon équipe. Cela doit venir de mon caractère: je suis émotive et compétitive. En tout. Gamine, je voulais toujours gagner. Et quand je regarde les JO ou un match de foot à la télévision avec une foule qui chante, j’en ai la chair de poule. J’aime profondément ces moments d’émotions sportives.

Est-ce un héritage familial?

J’ai sans doute hérité cela de mon père (ndlr: Ivan, ancien hockeyeur). Ma mère, elle, est beaucoup plus calme. Mais je crois surtout que cela vient de mon éducation sportive. J’ai été bercée par la culture du dépassement; cette idée qu’il faut toujours en faire plus pour gagner. Elle a nourri ce sens de la compétition qui me poursuit partout. Je ne comprends par exemple pas que l’on joue à un jeu juste pour le plaisir ou passer le temps. Pour moi, jouer c’est forcément chercher à gagner.

Voilà pourquoi vous préférez les tournois à l’entraînement?

Oui. Vous savez, quand j’étais enfant, à l’entraînement et à l’école, j’étais très perfectionniste. Je culpabilisais si tout n’était pas parfait. En fait, j’appliquais les consignes mais sans y prendre du plaisir. Je remplissais une tâche. À l’inverse, le match constitue mon élément. La compétitivité qu’il implique me donne du plaisir. Votre père est à nouveau votre coach. Que vous apporte-t-il de plus que les autres? Il maîtrise mon tennis. L’automne dernier, je jouais mal. Nous sommes donc revenus aux bases, on a repris des exercices que je faisais enfant. Et très vite, j’ai compris que mon père était le plus capable d’entretenir l’essence de mon jeu. II n’est certainement pas le meilleur «coach» au sens tactique du terme. Il n’a jamais joué et ne pourrait sans doute pas aider d’autres joueuses. Mais il connaît mon style par cœur et il sait quel levier activer pour que je me sente bien.

Quand vous parlez de «style», vous évoquez la base technique construite avec Melanie Molitor. En quoi est-elle si spéciale et si dure à retravailler pour les autres coaches?

Tout se joue au niveau du jeu de jambes. Quand la plupart des joueurs frappe en appuis fermés (de profil), nous jouons tous les coups en appuis ouverts (de face). Je ne serai donc jamais une joueuse qui recule, défend et lifte. De plus, je n’ai pas la puissance pour déborder mon adversaire en une frappe comme Kvitova. Par contre, je sais prendre la balle très tôt et voler du temps à l’adversaire: imposer de la vitesse sans faire avancer la balle trop vite. Or ces qualités originelles, je les avais un peu perdues ces derniers mois.

Pour quelles raisons?

Avec ma blessure (ndlr: opération au poignet en 2017), j’ai un peu perdu confiance en mon corps, en mes déplacements. Et puis mes coaches (ndlr: Iain Hughes, Vladimir Platenik) ont travaillé le service ou d’autres domaines mais en négligeant le noyau de mon jeu. C’est bien de vouloir gommer ses points faibles mais il me semble encore plus important de maximiser ses points forts.

Quel est votre premier souvenir de tennis?

(Sourire) J’ai deux images en tête. Je me vois essayer de servir avec mon père et précipiter tellement mon lancer que la balle monte jusqu’au toit. Et puis je revois le titre de «Rodge» à Wimbledon en 2003. Le lendemain, j’avais découpé tous les journaux et collé les articles contre le mur de ma chambre.

Puisque vous parlez de Roger Federer. Si vous pouviez lui emprunter une seule qualité…

Ce serait sa faculté à basculer en cinq minutes d’un relâchement total à une concentration absolue. J’adorerais en être capable. Moi, je suis trop tendue les jours de match; cela me coûte de l’énergie.

À même pas 22 ans, vous entamez votre septième saison sur le circuit. Vous êtes déjà une vieille habituée?

C’est vrai (rire). Et je me sens totalement comme cela. À Melbourne, j’ai réalisé que je disputais mon sixième Open d’Australie et qu’il y en aurait encore beaucoup.

C’est une chance. Est-ce vraiment une chance de mesurer le temps qui passe par rapport à l’insouciance des débuts?

Je le vois comme une chance. À 16 ans, tout est nouveau: tu te retrouves à 5-5 au troisième et tu ne réfléchis même pas. Tu vis le moment. Puis avec le temps, tu prends conscience des acquis, donc de ce que tu dois défendre. Cette façon de «trop penser» est la pire chose possible en tennis. N’importe quel joueur est meilleur sans réfléchir. L’automatisme est notre meilleur allié. Mais d’un autre côté, je profite mieux aujourd’hui. Si je rate un tournoi, je sais qu’il y en a vingt-cinq autres dans la saison et que je reviendrai ici l’année prochaine. Je ne joue plus si gros, tout le temps.

Vous affrontez l’Italie dès samedi à Bienne dans l’espoir d’une promotion. Que reste-t-il du rêve de soulever un jour la Fed Cup?

Il est intact. On n’était vraiment pas loin en 2017 et j’ai beaucoup souffert de ne pas avoir pu aider les filles en demi-finale à Minsk (ndlr: elle se faisait opérer la semaine suivante). En fait, tout va vite en Fed Cup où le tirage joue un grand rôle. Il faudra saisir la bonne occasion. Mais on en rêve toujours.

Créé: 07.02.2019, 22h31

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