Gonflé à bloc, Alan Roura repart en campagne sur l’Atlantique

Transat Jacques VabreAprès son Vendée Globe, le Genevois met le cap sur Salvador de Bahía avec un nouveau bateau et des ambitions en hausse.

Alan Roura prendra le départ de la Transat Jacques Vabre avec son coéquipier, le Français Frédéric Denis.

Alan Roura prendra le départ de la Transat Jacques Vabre avec son coéquipier, le Français Frédéric Denis. Image: JEAN-GUY PYTHON

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Tout a changé. Sauf lui. Même barbe. Même sourire enjôleur. Même regard à la fois rêveur et déterminé. Alan Roura est resté Alan Roura. Il ne se prendra jamais pour ce qu’il n’est pas. «J’aimerai toujours avoir les mains dans la colle et la résine. J’aimerai toujours être au fond du bateau à bricoler avec les gars de l’équipe. Je ne serai jamais qu’un skipper qui vient juste pour s’asseoir au poste de barre le jour du départ.» Alors, à trois jours du départ de la Transat Jacques Vabre, qu’il dispute avec le Français Frédéric Denis, Alan Roura passe sa vie à bord de La Fabrique. Entre deux rendez-vous avec une télévision ou un média de presse écrite, il scrute, contrôle, ajuste. Il s’arrête volontiers lorsqu’un chasseur de selfie fait appel à lui le long du bassin Paul Vatine. Le public français l’a adopté.

Une bonne étoile

Il y a un an, presque jour pour jour, le Genevois avait conquis la foule du Vendée Globe. Avec son costume de Corto Maltese, avec son émotion vibrante, il s’était élancé à l’assaut des océans avec l’assurance de ses 23 ans et très peu de moyens. «J’ai sans doute une bonne étoile qui me suit, dit-il. Alain Gautier, vainqueur du Vendée Globe en 1992, racontait récemment dans un très beau film qu’il fallait toujours abattre ses cartes quand on a un bon jeu dans sa main. En gros, il faut savoir tirer profit de la réussite tant qu’elle est là. C’est ce que j’essaie de faire.» En quatre ans, Alan Roura a déjà évolué sur quatre bateaux différents! Un Mini, un Class 40 et deux 60 pieds Imoca. Mine de rien, le voilà à 24 ans avec une Mini Transat (réussie), une Route du Rhum (ratée), une Jacques Vabre (terminée dans la douleur d’une cohabitation compliquée) et un Vendée Globe au compteur.

Après ce tour du monde bouclé à la 12e place, un résultat excellent compte tenu de l’âge canonique de son bateau, Alan Roura s’est définitivement fait un nom. Devenu le plus jeune marin de l’histoire à avoir bouclé un Vendée Globe, il a aussi séduit un large public par sa capacité à transmettre de l’émotion. Dans un milieu qui aime bien coller des étiquettes sur le dos des skippers, Alan Roura est clairement identifié comme un aventurier des mers. «Cela ne me dérange pas du tout. Bien au contraire. Je pense que l’on doit conserver cet aspect de notre métier. La course au large sans l’aventure fait beaucoup moins rêver le grand public. Et puis il n’y a vraiment pas besoin de se forcer. Ce que nous faisons sort de l’ordinaire. C’est une aventure, tout simplement. C’est la façon de raconter qui compte.»

Une écurie de course

Partager, communiquer, filmer: ce qui peut être un calvaire pour certains est une évidence pour Alan Roura. Une évidence qui a aussi pesé dans la balance quand il a fallu convaincre son sponsor principal de poursuivre l’aventure avec le Genevois. La Fabrique, tout comme un large public, a eu un coup de cœur pour ce skipper pas ordinaire. «Tout s’est fait très rapidement après le Vendée Globe, souligne-t-il. En peu de temps, me voilà propulsé dans une nouvelle dimension. C’est que du positif! Le bateau est plus performant, on est une plus grosse équipe. On a désormais une petite écurie de course au large basée à Lorient. C’est du très concret.»

Qui dit nouvelle structure dit aussi nouvelle pression. «Pas vraiment, assure-t-il. Notre sponsor n’a pas d’exigence précise de résultat pour le moment. Nous oui. Avec Frédéric Denis, nous sommes déterminés. Nous voulons être performants tout en sachant que nous avons encore beaucoup à apprendre de ce bateau que nous avons mis à l’eau il n’y a que trois mois. C’est peu. Mais c’est important de montrer aux gens qui nous ont fait confiance qu’il y a une vraie progression et que nous sommes sur la bonne voie pour franchir un palier dans la hiérarchie.»

Le jeune marin un peu insouciant qu’il était est davantage posé. Il doit désormais répondre à davantage de sollicitations. «C’est une situation que je vis très bien, assure-t-il. Ce n’est pas forcément le cas pour tout le monde. Je le vis bien car je ne décroche pas de mon bateau et de l’équipe. J’ai un peu plus de temps pour me concentrer uniquement sur la course. Mais pour moi, c’est très important d’être là, à bord, avec l’équipe technique qui prépare le bateau.»

Cette Transat en double est une nouvelle étape dans sa vie de marin. «C’est une nouvelle carrière qui commence, dit-il. Cela implique une préparation physique plus rigoureuse. Au niveau du bateau, on a eu une préparation durant laquelle l’objectif était la performance pure et non plus seulement la fiabilité. C’est la première fois de ma vie que je vais m’élancer avec un bateau qui est vraiment prêt. C’est bien. Ça change!»

Tout change. Sauf lui.


Un avenir assuré par La Fabrique

Alan Roura navigue dans le bonheur. Sans perdre une minute, il a su faire fructifier sa superbe performance réalisée sur le Vendée Globe. Arrivée sur le tard dans cette aventure un peu folle (pas grand monde n’avait parié sur la réussite de ce tour du monde), La Fabrique n’a pas hésité très longtemps avant de prolonger son partenariat. C’est toute la famille Cornu qui est tombée sous le charme de ce marin hors norme.

L’acquisition d’un bateau de la dernière génération avec des dérives-foils est vite apparue comme étant trop onéreuse. Le choix du skipper et de son partenaire s’est alors porté sur MACSF, le bateau du Français Bertrand De Broc. Avec un programme assuré jusqu’au prochain Vendée Globe, Alan Roura a conscience d’être un privilégié. «Nous n’avons pas le plus gros budget, c’est sûr, mais cette sécurité qui permet de s’établir dans la durée est un vrai luxe que possèdent très peu de marins.» Pour cette première course sur ce 60 pieds joliment redécoré aux couleurs du biscuitier vaudois, l’objectif du duo Roura-Denis est un podium dans la catégorie officieuse des bateaux à dérives droites. «Il faut être réaliste, dit-il. Sur ce parcours du Havre à Bahía, le différentiel de vitesse avec les quatre foilers sera trop grand.»

Ce ne sera qu’une question de temps pour La Fabrique. Cet hiver, il sera mis en chantier pour être optimisé et dotés de foils en vue de la Route du Rhum. De quoi naviguer dans le bonheur.
G.SZ

Créé: 03.11.2017, 16h27

En coup de vent

La Transat La Transat Jacques Vabre a lieu tous les deux ans. Elle se court en double entre Le Havre (départ dimanche à 13h35) et Salvador de Bahía, au Brésil.

Catégories Quatre classes de bateaux sont en lice. Les Ultim (multicoques de 32 m), les Multi 50 (multis de 15 m), les Imoca (monos de 18 m) et les Class 40 (monos de 13 m)

Trois Suisses Bernard Stamm (Ultim), Alan Roura (Imoca) et Justine Mettraux (Class40) sont au départ.
G.SZ

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