Il faudra confirmer, mais ce Servette a de l’avenir

FootballLes Grenat accrochent Young Boys, champion en titre, et c’est mérité. De bon augure pour la suite.

Sur le terrain du champion, les Servettiens ont été à la hauteur de l’événement

Sur le terrain du champion, les Servettiens ont été à la hauteur de l’événement Image: Eric Lafargue

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C’est une forme de stupéfaction qui s’est petit à petit figée sur les visages bernois et dans ces grimaces douloureuses, qui racontaient la surprise autant que la frustration; Servette voyait son bonheur en reflet. Le miroir déformant avait commencé par tordre les traits du néo-promu, qui avait le redoutable honneur, pour son retour en Super League, de défier le champion en titre. À la fin, il a renvoyé l’image d’un Servette solidaire, téméraire, audacieux, ambitieux. Il faut bien sûr garder les pieds sur terre, et on peut compter sur Alain Geiger pour cela, mais ce Servette surprenant, qui aurait même pu repartir avec les trois points de la victoire, peut être fier de ce 1-1 au Stade de Suisse, face à Young Boys.

Dans les circonstances qui ont présidé à cette performance de groupe, il y a d’abord eu l’enfer promis. Peut-être d’ailleurs ne fallait-il pas s’attendre à autre chose que ce bizutage en règle. Pour ce Servette qui retrouvait l’élite, tout a tournoyé dès les premières secondes, sous la pression d’un Young Boys sans scrupule. Cinq minutes et le pire déjà pour des Grenat crispés, asphyxiés par le pressing, qui laissaient Ngamaleu seul ouvrir le score. Sept minutes et Nsame, l’ex-Servettien, qui manquait le 2-0. Quinze minutes et ce sentiment d’impuissance qui s’installait. Servette avait la tête sous l’eau. Sans savoir encore qu’il saurait remonter à la surface, ni comment.

Réaction collective

C’est au moment même où un Servette crispé perdait pied qu’il s’est soudain libéré. Après l’intense pressing des premières minutes, YB avait un peu desserré l’étau, mais c’est aussi grâce à la réaction collective des Grenat que la métamorphose a eu lieu. On veut croire qu’elle indique le chemin à suivre. Le 4-2-3-1 voulu par Geiger a d’abord volé en éclats devant les assauts bernois, mais en réalité, le système n’est pas en cause. Et c’est sûrement ce qui a réjoui le Valaisan au moment de faire les comptes. Parce que c’est en jouant que les Grenat ont pu retrouver de l’oxygène.

En posant le pied sur le ballon, en prenant des initiatives, en refusant de reculer, en plaçant le bloc défensif plus haut dans le terrain. Et, après avoir retrouvé la discipline collective nécessaire, en osant presser le champion en titre. Et puis en comptant sur ses individualités. Avec Timothé Cognat en chef de file. Le Français, s’il continue comme cela, va faire regretter à Lyon son transfert définitif de cet été. À la 31e minute, c’est lui qui s’est projeté en avant, laissant sur place Sulejmani, avant de décaler Wüthrich. Le bijou brossé des 16 mètres par le No 10 grenat avait le goût de la récompense, cela faisait déjà un quart d’heure que YB souffrait. Servette a donc osé.

Personnalité et maîtrise

Oser. C’était durant toute la semaine le maître mot d’Alain Geiger. Oser, mais pas n’importe comment. Oser, mais pas n’importe quand. Mais oser, oui. Gerry Seoane aura d’ailleurs rendu hommage à son adversaire grenat. «Je ne suis pas surpris par la qualité du jeu présenté par Servette, expliquait-il. Nous avons observé cette équipe la saison dernière déjà. Il y a de la personnalité, de la maîtrise. Je félicite Servette. Nous voulions poser des problèmes avec les centres, mais Servette s’est montré très fort sur les balles aériennes.»

On résume: Servette débarque au Stade de Suisse pour son retour en Super League, il frôle le coma durant le premier quart d’heure et se réveille ensuite pour égaliser et tenir la dragée haute aux champions. Et en passant tout prêt de la victoire (cette balle caressée par Wüthrich qui lèche la lucarne à la 65e…). Les Grenat sont rentrés à Genève avec des assurances, des enseignements et la certitude que si la discipline est indispensable au sein de l’élite, elle peut se conjuguer et même se marier avec l’idée de jeu qui est l’identité de Servette. Si on avait proposé ça à Geiger avant le match, il aurait sans doute signé avec le sourire. Le même qu’il avait en montant dans le car grenat. Il peut désormais penser au Servette-Sion de samedi.

Créé: 21.07.2019, 20h48

Young Boys - Servette 1-1 (1-1

Stade Stade de Suisse, 25 110 spectateurs.

Arbitre M. Jacottet.

Buts 5e Ngamaleu 1-0; 31e Wüthrich 1-1.

YB von Ballmoos; Lotomba, Lustenberger (34e Bürgy), Zesiger, Garcia; Ngamaleu, Aebischer (82e Gaudino), Sierro, Sulejmani (60e Speilmann); Hoarau, Nsame.

Servette Frick; Sauthier, Rouiller, Sasso, Gonçalves; Ondoua, Cognat (85e Routis); Stevanovic, Wüthrich (77e Schalk), Tasar (71e Cespedes); Kone

Avertissements 29e Kone (jeu dur), 40e Gonçalves (jeu dur), 75e Hoarau (jeu dur).

L'indispensable Cognat à la baguette

On sait tout son talent depuis une saison déjà. Les plus sceptiques attendaient de le voir en Super League. Ils ont la réponse: Thimothé Cognat, c’est l’indispensable No 8 qui peut se projeter et qui est souvent à l’origine des transitions défense-attaque.
Le Français, transféré cet été de Lyon à Servette après une première saison en prêt, a affolé Young Boys. Il faut dire que les Bernois cherchent encore une forme d’équilibre, après les départs de Mbabu, Benito, Sow ou Von Bergen. La blessure de Lustenberger à la 29e n’a pas aidé. La performance de Cognat et des siens non plus. «C’est un bon résultat, relevait Cognat. Au début, nous avons un peu d’appréhension. Mais ensuite, nous avons su réagir et nous aurions même pu repartir avec deux points de plus en nous montrant plus efficace devant.»
Bel appétit. Dans son système, Servette peut compter sur le duo Rouiller-Sasso derrière dans l’axe. Sur de belles sorties aériennes de Frick. On lui demandera juste d’améliorer rapidement son jeu au pied, parce que cela a bien failli se retourner contre lui à Berne. Gonçalves a très bien remplacé Séverin, blessé. Et Sauthier, après avoir réglé avec Stevanovic les errements des premiers instants, s’est montré exemplaire. C’est encourageant pour la suite.

Ce qui l’est plus encore, c’est cette qualité technique qui a fait merveille. On savait qu’avec Tasar, Wüthrich, Stevanovic et Cognat en prime, le milieu de terrain serait technique. Il l’a été au-delà des espoirs de Geiger. Si Cognat a lancé les assauts, Wüthrich a toujours su trouver les espaces, offrir des possibilités de passes, ou créer des décalages en déviant des ballons. Servette a fait mieux que jeu égal avec YB: il a mieux joué, en réalité. Et Kone s’est montré très précieux devant. Autant qu’Ondoua en No 6. Le Camerounais a connu des débuts compliqués, comme Servette. Il était perdu. Avant de relever le défi. Physiquement et tant pis pour les imprécisions sur les passes offensives, cela viendra.

«Je suis très heureux de la manière, lançait Alain Geiger. Nous avons toujours voulu garder en tête la volonté de jouer. Parce que c’est possible. Parce que nous n’allons pas attendre, en nous regroupant en défense. Ce n’est pas le style de Servette.» Sion est averti. Le choc, ce premier derby du Rhône depuis longtemps, est prévu samedi prochain au Stade de Genève. D.V.

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