L’Escalade continue de se renouveler à pas de géant

Course à piedAvec plus de 16 000 nouveaux participants, la course genevoise ne craint pas la crise des vocations. Ecoles et entreprises sont ses meilleurs recruteurs.

Une myriade de nouveaux coureurs anonymes pour une course mosaïque qui fait du bien.

Une myriade de nouveaux coureurs anonymes pour une course mosaïque qui fait du bien. Image: Keystone

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La bourse (pardon, la Course!) de l’Escalade ne connaît pas la crise. Son budget de 2,4 millions de francs est stable et sa courbe de participation grimpe en flèche. Avec 42 456 inscrits, l’épreuve pédestre la plus populaire de Suisse a pulvérisé tous ses records. Et les indicateurs de cotation ne perdent pas la boule. «A ce rythme-là, avec le retour de la Course du Duc, la 40e édition risque bien de franchir en 2017 le cap des 50 000 concurrents», prophétise Claude Duvernay, l’un des pionniers de la manifestation. En 1978, alors que 800 coureurs se pressaient au Bourg-de-Four, une telle prédiction aurait conduit son auteur à l’asile!

En trente-huit ans, poussée par le souffle de la nouveauté, puis par celui de l’innovation, la Course de l’Escalade a suivi son petit bonhomme de chemin à pas de géant. Droit dans ses baskets, loin des modes passagères. En ralliant chaque année des centaines puis très vite des milliers de convertis. Oui, elle ne craint pas la crise, surtout pas celle des vocations. Cette année, ce sont en effet… 16 575 nouveaux participants, inconnus au bataillon, qui ont pris le train en marche, soit 39% des inscrits! «Ils ne figurent pas dans notre base de données établie depuis 1987. C’est énorme et je ne me l’explique pas», s’exclame Jean-Louis Bottani, le patron de la course, soufflé par un tel chiffre.

La fête et les jambes

Statistiquement, l’Escalade a toujours enregistré un fort taux de renouvellement, un roulement naturel. La découverte de la course à pied, longtemps réservée à une élite, puis sa popularisation et son ouverture aux femmes (désormais majoritaires à Genève) ont favorisé son essor. A l’époque, on s’y lançait souvent sur un coup de tête, un pari. La création de la Marmite, émanation de l’esprit libertaire et carnavalesque de la course, a élargi sa «clientèle». Sur le pavé, la fête et les jambes font désormais bon ménage!

Puis, inspiré par un engagement de salubrité publique, le programme Sant«e»scalade, destiné aux écoliers et aux aînés, et l’introduction du walking (2500 marcheurs de plus cette année!) ont encore grossi les rangs. Aujourd’hui, plus que jamais, courir fait du bien. Et maigrir! Selon un récent sondage, 40% des nouveaux adeptes enfilent leurs baskets pour perdre du poids! Pour ceux qui s’y adonnent régulièrement, une étude danoise promet même de cinq à six ans d’espérance de vie en plus! «Grâce à sa coordination de base, l’être humain est conçu pour marcher et courir. Bien plus que pour nager sur le dos…» glisse le docteur en chiropratique Michel Golay.

Croisée dimanche aux Bastions, Monique, une quinqua joviale, est tombée dans la marmite cet été. «J’ai reçu un bracelet podomètre pour mon anniversaire. En atteignant les 10 000 pas par jour, je me suis dit que j’étais, moi aussi, bonne pour faire l’Escalade», confiait-elle. Au diable les inhibitions! Patrick, lui, a décidé d’arrêter de fumer et de retrouver un second souffle en se mettant au jogging. Las, il s’est blessé, mais il s’est juré de revenir l’an prochain! Courir n’est pas toujours bon pour la santé…

L’union fait la forme

En fait, la vague de néophytes qui déferle sur l’Escalade trouve en bonne partie sa source au sein des entreprises, terrain de recrutement privilégié. Il n’y a, paraît-il, pas mieux que des employés bien dans leurs corps pour lutter contre l’absentéisme et les méfaits du stress professionnel. Aux petits oignons pour leurs collaborateurs, 227 enseignes commerciales (contre 102 en 2014) ont inscrit 6500 coureurs. D’UBS à Louboutin, en tombant la cravate et les talons aiguilles! Mais les écoles, qui se tirent la bourre, font encore mieux avec 7400 dossards à leur actif. Au total, ce sont plus de 15 000 concurrents qui sont issus de groupes. L’union fait la forme!

Par un mouvement d’entraînement, tous les chemins mènent à l’Escalade. L’introduction des épreuves mixtes, moins stressantes sportivement, l’a encore rendue plus accessible. Rassembleuse et démocratique, elle invite au communautarisme, à la communion. Et tant mieux si nombreux sont ceux qui s’en détournent un jour, cherchant ailleurs (dans le marathon ou les trails) des sensations nouvelles. Sinon elle se marcherait franchement sur les pieds.


Une néophyte parmi tant d’autres

Son sourire est comme celui de ces milliers de coureurs anonymes qui se préparent à découvrir l’Escalade ce week-end. Ancienne cavalière, Maëlle Kane piaffe littéralement d’impatience à l’idée d’entrer à son tour dans cette course qu’elle a longtemps contemplée de loin. Là, elle touche enfin au but. «Je suis trop fière, trop excitée», s’enthousiasme-t-elle.

Deux fois, la nutritionniste du Team Noshaq, spécialisée dans l’encadrement de jeunes sportifs, n’a pas épinglé son dossard. «L’envie était là, toujours plus forte. On ne peut pas passer à côté de l’Escalade, confie-t-elle. Elle appartient à Genève, elle fait partie de la vie de la cité, de notre culture. C’est la fête, le plaisir, la soupe… Mais le temps me manquait. Il y a eu les études. Puis le boulot et surtout mes trois filles à élever. Cette année, ce sont elles qui m’ont encouragée. «Maman, tiens bon, ne lâche pas», m’ont-elles dit. Cette fois, c’est la bonne. Je veux leur montrer l’exemple, leur donner envie. L’an prochain, on courra en famille.»

Voilà comment la Genevoise s’est retrouvée, le plus souvent aux aurores, à trotter dans la campagne, sans véritable plan d’entraînement, du rap ou du classique dans les oreilles. «Courir, c’est une formidable alchimie, une échappatoire qui donne la pêche, un antidote au stress. Rien de tel pour être performant au travail, pour garder la ligne», affirme-t-elle.

Mardi, c’est aux Bastions que Maëlle Kane a démarré son dernier footing. Un repérage pour s’imprégner d’un décor, d’une ambiance. C’est encore le chantier. L’heure des questions. Comment s’équiper? Où se placer sur la ligne de départ? «Je cours encore un peu comme une patate. Mais je prends du plaisir, de plus en plus. Et ça m’inquiète! Si j’atteins mon objectif (ndlr: courir en 31 minutes), je compte bien ne pas m’arrêter là…»

Samedi, vers 12 h 30, elle sirotera quelques gorgées d’eau citronnée avant de s’élancer dans l’inconnu, qui sait avec le tube Ave Maria Salam Shalom en fond musical. Un hymne œcuménique comme l’est, à sa façon, la Course de l’Escalade. P.B. (TDG)

Créé: 01.12.2015, 20h08

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