Elise Chabbey ou l’art joyeux du vélo studieux

CyclismeNéopro cette saison, la Genevoise a roulé à bloc et bûché à fond pour gagner ses galons d’équipière et son diplôme de médecin.

Elise Chabbey a un petit vélo sur le cœur, un caractère de battante, un talent éclectique, un esprit d’équipe et une belle marge de progression.

Elise Chabbey a un petit vélo sur le cœur, un caractère de battante, un talent éclectique, un esprit d’équipe et une belle marge de progression. Image: Laurent Guiraud

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Elle déboule en trombe sur son vélo… électrique. «J’étais en retard», se justifie-elle, consciente de la cocasserie de la scène, elle qui, sans moteur, a déjà parcouru 13 000 km en 2019! Élise Chabbey (26 ans) est une jeune femme dans le vent. Ancienne kayakiste olympique, désormais maîtresse des cols et bientôt toubib! La semaine dernière, la Genevoise, néopro dans l’équipe Bigla, a passé ses deux derniers examens écrits de médecine. Étapes cruciales dont elle ne connaîtra le résultat qu’en octobre après un ultime oral. «J’ai pas mal stressé cet été mais ça va le faire», s’exclame-t-elle.

En cyclisme, le verdict est plus immédiat, comme ce dimanche où elle s’est classée 5e du Tour d’Écosse. Dans le Yorkshire, elle en a profité pour repérer le parcours des prochains championnats du monde, son dernier grand objectif de la saison. Attention les vélos, à l’interview, la demoiselle se confie en roue libre!

Et dire que le cyclisme n’était pas votre tasse de thé…

Oui, je le détestais. Je l’avais assimilé à un sport de dopés. C’est Nicolas, mon copain, qui m’a fait découvrir le VTT il y a quatre ans. Et j’y ai pris goût. Mais à l’époque, j’étais à cent lieues de penser que j’allais participer un jour à la Flèche Wallonne ou au Giro. Cet été, ça m’a fait chaud au cœur de passer au sommet des Torri di Fraele, à 1955 mètres d’altitude, applaudie par mon père et mon ami. Une belle émotion.

Qu’est-ce qui vous fait aujourd’hui aimer le vélo? Le spectre du dopage a-t-il disparu?

Certaines ne marchent peut-être pas seulement à l’eau claire. En fait, je n’en sais trop rien, ce n’est pas mon problème. Le système de localisation est drastique et les contrôles sont nombreux. Cette saison, l’antidopage est déjà venu sonner quatre fois à ma porte. J’ai la conscience tranquille et un réel attachement pour ce sport collectif. En kayak, je menais ma barque toute seule. Là, c’est différent. Il y a une vie, une stratégie d’équipe, beaucoup de solidarité. On se dévoue pour notre leader sans arrière-pensée. On partage tout, les joies, les peines, les primes, les bidons.

N’est-ce pas ingrat de sacrifier ses propres chances de succès?

Non, car je sais que je ne suis pas la plus forte. Je suis encore une novice qui apprend le métier. Contribuer à une victoire ou à un podium, amener sa leader le plus loin possible, quitte à exploser en course, c’est très gratifiant. Et puis, être leader, c’est subir une énorme pression. Je ne crois pas que c’est mon truc.

Pourtant, le stress ne vous est pas étranger. Gérer un final de médecine en plein peloton, ce n’est pas de tout repos…

C’est vrai que ça a été la course! Il y a eu les stages pratiques jusqu’en mai, puis deux mois d’intenses révisions pour préparer les examens. Même durant le Giro, j’ai dû bûcher. Ça m’a pris la tête, même en pédalant! Mon équipe était au courant. Pour être libre de mes choix, j’ai signé un petit contrat. 300 francs par mois jusqu’en juin avant qu’on ne valorise mon salaire en raison de mes bons résultats. De toute façon, je ne roule pas pour l’argent.

Dans le peloton, on doit vous regarder un peu comme une bête curieuse?

Une exception en tout cas. 98% des filles ont arrêté l’école pour passer pro. Alors, forcément, je détonne dans le milieu. Mais je ne les envie pas, qu’est-ce qu’elles vont faire à 40 ans? De plus, contrairement aux hommes, il est très difficile de vivre du vélo.

Cette disparité est-elle dure à supporter?

Il faut se faire une raison. Il y a infiniment moins de moyens dans le cyclisme féminin. Tout est réduit, les salaires, la médiatisation, le Tour de France, qui ne dure qu’un jour! C’est dommage car nos courses sont plus débridées. Cela dit, la saison prochaine, le World Tour imposera des salaires minimaux et cela risque de conduire à la disparition de nombreuses équipes aux faibles budgets.

Quel bilan tirez-vous de votre saison studieuse?

Excellent. Malgré mon manque de préparation, j’ai beaucoup progressé, notamment en puissance. Mes valeurs en watts sont paraît-il impressionnantes. Loïc Hugentobler, mon coach, m’a dit que s’il ne me connaissait pas, il pourrait croire que j’ai pris des produits! En fait, j’ai commencé tout en bas.

Et la suite?

En 2020, je vais m’accorder une année sabbatique pour me consacrer à plein temps au vélo et me donner toutes les chances de me qualifier pour les JO. Bigla a renouvelé mon contrat. Huit ans après Londres, ce serait cool d’aller à Tokyo. Mais comme j’ai besoin de faire autre chose, je vais me lancer dans une thèse. La médecine, c’est mon avenir. En 2021, je serai interniste à l’Hôpital de Sion. Et qui sait alors, je me mettrai au ski nordique...

Créé: 14.08.2019, 18h54

Un été bien rempli, mais sans pois à la clé

Championnats de Suisse à Fischingen. «Sur le moment, il y a eu la frustration de perdre le titre à 200 m de l’arrivée. Comme je l’espérais, j’ai basculé seule en tête au sommet de la dernière bosse. Mais sur les 10 km de plat restants, je n’ai pas pu résister au retour de Marlen Reusser, déjà championne du contre-la-montre. Dans cette épreuve, je m’étais classée 3e. Une belle surprise pour moi.»
Tour d’Italie. «C’était mon premier grand tour, dix jours à bloc en Lombardie et dans les Dolomites au service de notre leader, la Danoise Cecilie Ludwig. Je termine 27e, ravie mais vannée. L’abandon, on y songe mais on en repousse l’envie. S’y soumettre, ce serait tomber dans un cercle vicieux. L’expérience est à revivre. Je pense que mieux préparée, je peux me montrer plus à l’aise.»
Étape du Tour de France. «Je sortais du Giro, mes examens approchaient et je rechignais à aller à Pau. On m’a un peu forcé la main et je ne le regrette pas. J’ai roulé en surcompensation! En échappée, j’ai passé presque toutes les bosses en tête et j’ai pu aider Cecilie à faire 3e. En gagnant le prix de la montagne, j’ai aussi eu droit au podium mais on ne m’a pas donné de maillot à pois. Dommage!» P. B.

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