Dennis Rodman, l’ami très spécial de Kim Jong-un et de Trump

BasketballEx-star de la NBA, meilleur rebondeur de l’ère moderne, le «Demolition Man» aux cheveux arc-en-ciel est toujours au cœur de l’actualité.

Dennis Rodman, rebelle tourmenté, voit son désir de «réconcilier Pyongyang et Washington» se matérialiser.

Dennis Rodman, rebelle tourmenté, voit son désir de «réconcilier Pyongyang et Washington» se matérialiser. Image: REUTERS

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À 56 ans, Dennis Rodman n’en finit pas de faire parler de lui, et pas seulement dans la rubrique des faits divers. En ce début de printemps, c’est bien sa familiarité revendiquée avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un qui le repositionne sur l’échiquier médiatique. Provocateur par définition, l’ancienne star de la NBA réinvente constamment sa vie. De quoi se faire des films.

Detroit, avril 1993. Au petit matin, une patrouille de policiers avise un pick-up esseulé sur le parking du Palace d’Auburn Hills, le stade des Pistons. À l’intérieur, un homme immobile est assis, un fusil à portée de main. L’arme n’a pas servi, Dennis Rodman est juste endormi. On le disait désemparé par le départ de son coach Chuck Daly. Comme si la «fuite» de ce père de substitution se calquait sur celle de son propre paternel qui s’effaça de son existence alors qu’il n’avait que 3 ans. Dans sa biographie, «Bad as I wanna be» (Plus méchant tu meurs, en français), il propose une explication longuement méditée: «J’ai tué le Dennis Rodman qui avait essayé de se conformer à ce que tout le monde, en NBA, voulait qu’il soit.»

Tête brûlée et colorée

En d’autres termes, il a symboliquement tiré sur l’imposteur qui le représentait. Finies les idées noires, il va désormais vivre sa vie comme il le désire. À 32 ans, le «Bad Boy» porte deux bagues de champion à ses doigts, s’enorgueillit de stats extraterrestres (à l’exemple de ses 34 rebonds dont 18 offensifs en un match). Pourtant, c’est bien ce jour-là que sa légende prend corps.

Chicago, 4 novembre 1995. Après deux saisons compliquées avec les San Antonio Spurs, Dennis Rodman enfile le maillot des Bulls, précédé d’une réputation de «hothead» (tête brûlée). Question look, il en jette. Ses multiples tatouages lancent un nouveau langage corporel. Son anneau au nombril, ses piercings, ses coupes de cheveux colorés, brossés post-punk en bouclettes ou touffe soyeuse, achèvent sa singularité. En NBA, Rodman devient un cas unique. Même s’il est loin d’être maladroit, il délaisse le shoot pour le travail de l’ombre. L’ailier fort de 200,6 cm s’impose comme le meilleur rebondeur du monde grâce à sa science du placement, et excelle en défenseur sangsue. Les fautes techniques sont en prime. La veille, les Bulls ont laminé les Charlotte Hornets et ils s’apprêtent à recevoir les Boston Celtics en ce début de saison événementiel. Revenu d’une expérience mitigée dans le baseball, Michael Jordan est le premier à faire son entrée dans les entrailles de l’United Center, ultraclasse dans son costard haute couture, poli mais pressé. Dennis Rodman suit quelques minutes plus tard, avec sa nouvelle chevelure or et sang. Il suffit d’un sourire pour sympathiser. Pour le coach philosophe Phil Jackson, Rodman est, à 34 ans, le chaînon manquant qui doit permettre à Chicago de renouer avec le titre. Un pari violemment critiqué. His Airness Jordan clôt péremptoirement le débat: «Nous ne pouvons pas lui dicter un mode de vie. Je ne me soucie que de sa conduite sur le terrain.»

Le numéro 10 que portait le «Bad Boy» à Detroit (sept saisons) puis à San Antonio (deux saisons) a été retiré à Chicago (il appartient pour l’éternité à Bob Love). Rodman opte pour le 91 (arithmétique facile: 9 + 1 = 10). Ce maillot va devenir l’un des plus célèbres de la NBA. On connaît la suite. Jordan, Pippen et Rodman vont vendre la franchise américaine dans les coins les plus reculés de la planète. Les Chicago Bulls de 1996 (vainqueur des Seattle Supersonics en finale des play-off) s’affichent en meilleure équipe de tous les temps. Deux titres suivront en 1997 et 1998. Treize ans plus tard, Rodman fera son entrée au Hall of Fame.

La descente aux enfers

Ce rebelle tourmenté, ce noceur invétéré est au moins constant dans ses combats. Tout en faisant l’éloge de la différence, il pourfend l’homophobie dans le monde du sport. Rodman tonne et détonne sur les terrains de basket, il déconne aussi en dehors. Passons sur ses éphémères passions (Madonna reste peut-être sa plus belle histoire d’amour), ses trois divorces, ses frasques à Vegas, ses débuts explosifs au cinéma, ses prestations sur les rings de catch avec Karl Malone (Utah Jazz), ses nombreuses mises en demeure pour tapages nocturnes. Alcoolique, il ne peut freiner sa descente aux enfers. Millionnaire, il finit ruiné puis endetté. La dèche, air connu pour un homme qui est né dans la misère.

Mais l’histoire le rattrape déjà. En 2018, tout s’accélère. En janvier, il est arrêté pour conduite en état d’ivresse. À force, il doit connaître tous les flics de Newport Beach par leurs prénoms. Le récidiviste risque la prison. Mais le destin lui réserve une sacrée surprise. Seul au monde à poser en pote de Kim Jong-un et de Donald Trump, Dennis Rodman voit son désir de «réconcilier Pyongyang et Washington» se matérialiser. Hier, vilipendé pour ses apparitions à la tribune du leader nord-coréen avec lequel il pratique volontiers le karaoké, accusé de servir la soupe, il peut spéculer aujourd’hui sur les avancées d’une potentielle rencontre entre les deux chefs d’État.

Le 12 mars, la Cour supérieure d’Orange County l’a condamné à 3 ans de mise à l’épreuve, l’obligeant par ailleurs à suivre un programme de «sensibilisation à l’alcool». Un jugement équilibré qui peut lui permettre de… rebondir. Nul ne peut cependant prédire l’avenir de cet homme qui assume vivre dans l’illusion. En revanche, on n’a pas fini d’entendre parler du basketteur. Le 1er août sortira sur les écrans le très attendu documentaire de Penny Marshall, sobrement intitulé «Rodman».

(TDG)

Créé: 16.04.2018, 21h42

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