La Course de l'Escalade change de tête mais garde son âme

Course à piedLe marathonien Jean-Louis Bottani a transmis le relais au sprinter Jerry Maspoli. Pour que l'épreuve poursuive son œuvre sans perdre sa voie.

Jerry Maspoli et Jean-Louis Bottani ont la Course de l’Escalade dans la peau.

Jerry Maspoli et Jean-Louis Bottani ont la Course de l’Escalade dans la peau. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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De prime abord, c’est un passage de témoin plutôt antinomique. Un sprinter qui relaie un marathonien dans l’allée des Bastions! Mais la contradiction s’efface aussi vite que s’affirme l’identité de vue des deux présidents. Jerry Maspoli (38 ans), l’homme qui déboule avec sa rondeur et sa mèche joviales, et Jean-Louis Bottani (70 ans), l’«homme qui vaut un million de coureurs», partagent la même philosophie et aspirent au même objectif: défendre et préserver les valeurs qui ont fait la grandeur et la réputation de la Course de l’Escalade. «Le don de soi, l’humilité, l’excellence», disent-ils en chœur. Et n’imaginez pas que cette unité de pensée ne tienne qu’à leur origine tessinoise commune!

Bien sûr, il y a les chiffres: 50 000 concurrents, émoi, émoi! Mais il y a surtout une formidable réalisation humaine. Le bâtisseur lègue «une organisation qui fonctionne, dans laquelle les Genevois se reconnaissent», le fruit de quarante ans de dévouement. Le conservateur, qui vient du sérail, hérite «d’un bel événement, sportif et festif», qu’il ne veut pas brader. «S’il ne devait devenir qu’une course à pied, on perdrait quelque chose d’essentiel», affirme le nouveau président. À l’enseigne de Mi Piace, une pizzeria bien nommée, leur amour conjoint pour l’Escalade ne fait aucun doute.

L’homme de la situation

Voilà déjà quelques semaines que l’ancien et le moderne s’habituent à cette nouvelle distribution. De l’ombre à la lumière, du pouvoir au retrait, la transition n’a pas forcément été une évidence pour eux. On a dit de Jean-Louis Bottani qu’il s’accrochait à son fauteuil. «Je souhaitais surtout réussir ma succession, explique-t-il. D’abord en consolidant la structure opérationnelle et juridique de notre course. Puis en trouvant le bon homme pour me remplacer. Avec un secrétariat professionnel consolidé et la création d’une fondation, l’Escalade est devenue plus forte, moins vulnérable. Il fallait écarter la menace d’un putsch qui renverse le comité en place pour imposer une organisation commerciale, ce que je ne voulais absolument pas.»

Ses craintes sont aujourd’hui envolées. Il a trouvé en Jerry Maspoli l’homme de la situation. «Rassembleur, compétent, empathique, qui fait l’unanimité autour de lui», détaille-t-il. Et d’ajouter: «Il vient de l’athlétisme, il dirige une boîte d’informatique en plein essor, il est devenu un pilier de notre organisation logistique. Ce n’est pas un gars qui débarque, un politique qui vient pour se mettre en valeur et gagner les prochaines élections. Jerry, c’est un bosseur, comme on les aime en Suisse. Comme moi, il sait porter des haubans!»

Deux jours pour souffler

Le nouveau timonier se reconnaît-il dans ce portrait élogieux, lui qui, il y a encore un an, ne s’imaginait pas dans la peau de ce personnage? A-t-il les épaules assez larges? «C’est vrai, je ne pensais pas que c’était ma place. Quand on sait ce qu’a fait Jean-Louis, ça fait un peu peur», dit-il. «Tu as accepté sous la contrainte», se marre le cacique. «En fait, je me suis lancé comme on relève un challenge. C’est dans ma nature. Je m’étais fait les dents en dirigeant le Stade Genève, en organisant les championnats de Suisse élite. Et j’ai grandi avec l’Escalade. Le fait de me sentir très entouré a levé mes derniers doutes. Je n’ai plus peur d’être croqué tout cru par l’événement.»

Jerry Maspoli s’inspirera-t-il des méthodes de son prédécesseur? Un président qui a toujours voulu tout contrôler – «pour me rassurer, parce qu’un puzzle ne sera jamais un tableau d’ensemble s’il est composé de pièces désorganisées», se justifie-t-il. Qui n’a pas hésité à dire non, notamment à la Migros «quand elle voulait faire des Bastions un supermarché». «J’agirai sans doute en prônant plus le dialogue, en déléguant plus, en renouvelant le comité», répond-il. Mais sa première mesure, prise en concertation avec Jean-Louis Bottani, a été de concevoir la prochaine édition (1er et 2 décembre) sur deux jours, le samedi et le dimanche. «L’objectif est de réhumaniser le bénévolat, la pierre angulaire de notre organisation, arrivé l’an passé à un seuil critique d’épuisement, de redonner de l’air à la course et du plaisir pour tous», explique-t-il.

L’Escalade peut donc encore grandir! «Oui, mais ce n’est pas un but en soi. L’important, c’est qu’elle reste ce qu’elle est. Un gage de santé publique et un espace de liberté.»


Jerry Maspoli «Savoir gérer le temps»

Quels sont vos premiers souvenirs de l’Escalade?

Des grimaces! J’ai participé quatre fois à la course en cadets. Au Stade Genève, il fallait la faire, c’était un passage obligé. Pour un sprinter comme moi, c’était très, très long. Ce n’était pas franchement du plaisir, mais il faut croire que cela ne m’a pas dégoûté!

Depuis longtemps, c’est le plaisir des autres qui importe. Qu’est-ce qui a motivé votre implication dans l’organisation de l’épreuve?

Un jour, le chrono s’est arrêté à 11’’20 sur 100 m et je me suis retrouvé un peu seul dans mon groupe d’entraînement. J’ai compris que la compétition était terminée. En 2001, mon club a organisé les championnats de Suisse élite et j’ai donné un coup de main. C’est ainsi que j’ai mis le pied à l’étrier. J’ai l’âme bénévole et le goût pour l’opérationnel. À l’Escalade, j’ai commencé mon engagement à vélo. Je collectais les films des photographes et je les amenais au labo. Puis j’ai fait moi-même des photos pendant trois ans.

Désormais, vous êtes à la tête de la course et c’est vous qu’on photographie! C’est grisant?

C’est surtout stimulant. Mais attention, il faut faire les bons choix, savoir gérer le temps et éviter d’épuiser ses forces. Ce n’est pas un sprint. Le but, ce n’est pas que je finisse la course en décembre mais qu’elle dure encore de nombreuses années. Je vais devoir apprendre à gérer l’effort comme un marathonien! P.B.


Jean-Louis Bottani «J’ai réussi ma sortie»

J

Se retirer après quarante ans de bons et loyaux services, ce n’est pas rien. Avez-vous fait votre deuil?

Deuil, je n’aime pas ce mot. L’Escalade, ce n’est pas moi. Elle va continuer sans moi, elle est entre de bonnes mains et l’organiser désormais sur deux jours va lui donner un nouveau souffle. Je l’aurais ratée si je n’avais pas été capable d’assurer ma succession de la meilleure des façons. J’ai transmis le témoin à quelqu’un de compétent et d’enthousiaste. J’ai assuré mon rôle jusqu’au bout, je peux être fier de ce que j’ai réalisé.

Vous partez vraiment?

La passation des pouvoirs est faite, Jerry a repris le flambeau. Je quitte l’opérationnel tout en restant président de la fondation. J’aurai toujours à cœur de défendre le patrimoine de l’Escalade et ses valeurs. Je vais aussi intégrer une amicale de la course, une entité sans statut, une réunion de vieux combattants! On fera deux bonnes bouffes par année et on donnera des coups de main à la demande, si on a besoin de nous.

Vous allez enfin pouvoir passer de l’autre côté de la barrière et porter un dossard!

Non, je crois que c’est trop tard. Baskets aux pieds, je deviens lamentable. Courir l’Escalade, ce serait folklorique et même pathétique. En fait, je n’ai jamais voulu vraiment prendre le départ de la course. Beaucoup d’autres l’ont fait à ma place et c’est ça qui m’a fait courir et m’a procuré autant de plaisir. P.B.

(TDG)

Créé: 16.05.2018, 20h01

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