Cori Gauff marche sur Venus et dessine une image du futur

TennisLe duel entre Cori Gauff (15 ans) et Venus Williams (39) offrait un laboratoire de l’évolution du tennis féminin. Il en a écrit l’histoire.

Cory Gauff (à droite), après sa victoire (6-4, 6-4), retient la main de Venus Williams pour lui adresser quelques mots: «Je l’ai remerciée de m’avoir inspirée. Je voulais lui dire que je n’aurais pas été là sans elle.»

Cory Gauff (à droite), après sa victoire (6-4, 6-4), retient la main de Venus Williams pour lui adresser quelques mots: «Je l’ai remerciée de m’avoir inspirée. Je voulais lui dire que je n’aurais pas été là sans elle.» Image: KEYSTONE

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Vingt-quatre ans. Une génération dans la vraie vie, trois dans le sport de haut niveau. Voilà l’ampleur du vertige qui s’est emparé des spectateurs du court No 1 de Wimbledon, lundi soir à 17 h 54, lorsque Venus Williams et Cori Gauff sont entrées dans l’arène. L’indémodable doyenne (39 ans) et la gamine pressée (15 ans). Le mythe contre l’apprentie. La normalité d’un 343e match en Grand Chelem face au frisson des grands débuts. Dans la vraie vie, les époques ne s’affrontent pas, ou seulement dans l’esprit torturé des journalistes. Il fallait donc en profiter. Et questionner le chemin parcouru par le tennis féminin en un quart de siècle.

Sur le court, l’évolution la plus frappante est d’abord physique. Malgré des similitudes physiologiques, Cori Gauff semble taillée pour défendre. Elle est tonique, élastique même, et ses glissades en bout de course donnent à sa couverture de terrain latérale une dimension imposante. Alors, bien sûr, Venus Williams lutte avec son âge et la maladie (syndrome de Sjögren). Mais au tournant du siècle la révolution physique qu’elle initia s’articulait autour d’un déferlement de «puissance verticale». La force physique des Williams servait à frapper en avançant. Toujours. «Coco» Gauff, elle, impose sa présence athlétique plus globalement. Elle bouge mieux et partout.

Un saut de qualité

Est-ce le marqueur d’une époque? «Je pense en effet que la principale évolution des vingt dernières années est athlétique, valide Erfan Djahangiri, le coach de Timea Bacsin­szky. Sur le plan du jeu, je ne vois pas d’évolution majeure depuis la génération Williams-Clijsters-Mauresmo. En revanche, aujour­d’hui, les filles sont plus rapides, plus toniques, mieux préparées. Un saut de qualité qui a un impact sur le service. En 2019, claquer une première à 180 km/h est devenu banal.» Lundi, Cori Gauff a souvent dépassé cette barrière. À seulement 15 ans. Et même si son «petit jeu» est encore embryonnaire, elle a démontré de vrais penchants pour la variation, notamment grâce à son magnifique revers.

«Il y a vingt ou vingt-cinq ans, les filles utilisaient plus de coups et étaient meilleures tactiquement. Mais c’est parce qu’elles avaient le temps, analyse «Viki» Golubic. Aujour­d’hui, tout va trop vite. Mais comme on ne peut pas taper plus fort, je pense que le tennis féminin est en train de revenir à davantage de variété. L’avènement d’Ashleigh Barty en est la preuve.» Cori Gauff n’est pas Barty. Mais elle a encore le temps de donner du relief à son tennis et l’entourage pour y parvenir. Coachée par Jean-Christophe Faurel sous le contrôle de Patrick Mouratoglou, la prodige a placé son destin économique entre les mains du Team 8 du duo Federer-Godsick. On a connu pire comme parrains.

L’âme d’une championne

Reste la question décisive, celle qui transcende les générations: la demoiselle a-t-elle l’âme d’une championne? Il a suffi de la voir, après sa victoire (6-4, 6-4), retenir la main de Venus pour avoir envie de répondre par l’affirmative. «Je l’ai remerciée de m’avoir inspiré. Je voulais lui dire que je n’aurais pas été là sans elle, expliqua-t-elle ensuite. Je crois que j’en avais le droit.» En effet. Et par ce geste, «Coco» Gauff a peut-être bâti un pont entre les époques. «La génération des années 2000 n’était peut-être pas plus forte que l’actuelle mais elle se sentait plus forte. Elle avait une aura, insiste Erfan Djahangiri. Aujour­d’hui, le circuit féminin est devenu si dense que les filles sont en danger dès le premier tour. Sur la longueur, cela use les meilleures et les empêche d’atteindre l’état de confiance qui portait les patronnes d’avant.»

Cori Gauff peut-elle incarner le retour de cette aura? Mercredi dernier, l’Américaine n’était qu’une lycéenne qui passait un examen de science, via Face Time, entre deux matches de qualifications. La question n’avait pas lieu d’être. Six jours plus tard, l’évidence de sa réponse l’a déjà rendue obsolète.

Créé: 02.07.2019, 07h54

Wawrinka en balade avant le déluge d’aces

«C’est un plaisir de lancer Wimbledon, le lundi à 11 heures. Le court est parfait, tu es le premier à le fouler. En plus, j’adore jouer le matin.» Stan Wawrinka a vécu une entrée en matière paisible face au qualifié belge Ruben Bemelmans (6-3, 6-2, 6-2 en moins d’une heure et demie). Sa seule toute petite frayeur? Une cheville qui tourne légèrement au bout d’une glissade. Rien de plus, rien de grave. «On peut toujours mieux faire, mais je n’en avais pas vraiment besoin.» Voilà qui résume tout avec diplomatie: les limites du Belge et le niveau de ce premier test. Place donc, dès mercredi, à un tournoi qui emmènera le Vaudois à très haute altitude. Avec l’Américain Reilly Opelka (63e mondial) – ses 211 cm et son service effrayant –, c’est en effet une sorte de John Isner du pauvre qui se dresse sur son passage. Et comme la suite théorique de son tournoi passe par Raonic et Anderson, «Stanimal» a bien compris qu’il entrait dans une semaine monothématique. «Je vais déjà prendre Opelka. Face à un tel serveur, le but est de rester calme, de gérer la frustration. Mais d’un autre côté les choses sont claires.
Il faut être agressif sur mes jeux de service et le faire jouer un maximum sur les siens. Pas besoin de se poser trop de questions.» La balade et ses rêveries, c’était hier. Place au déluge. M.A.

Fenêtre sur courts

Tranquille
Novak Djokovic est meilleur gestionnaire sur le court qu’en coulisses. Trois jours après une séance houleuse du conseil des joueurs, dont il est le président, qui a conduit aux démissions de quatre membres, le No 1 mondial a écarté Philipp Kohl­schreiber en trois sets et en souplesse.
Contraste
Viktorija Golubic a cru un instant qu’elle avait (encore) laissé passer sa chance en gâchant cinq balles de match avant de se ressaisir et d’écarter Swiatek. Jil Teichmann, elle, a cru qu’elle avait gagné lorsqu’elle oublia de jouer une balle de break «penalty» qui est venue frôler la bande du filet à 6-2, 4-3, 40-0. Anéantie par cette bévue, la Biennoise n’a plus marqué qu’un jeu. Étrange et cruel.
Anéantie
Naomi Osaka avait confessé à Roland-Garros être «fatiguée» de son statut. Sortie par la Kazakhe Yulia Putintseva, lundi, la Japonaise (No 2 mondiale) a franchi encore une étape dans sa détresse post-starification. «Je crois que je vais pleurer», a-t-elle annoncé avant de quitter la salle de presse en zombie.
Épouvantail
L’un avait la «gueule de l’emploi», l’autre moins. Jiri Vesely et Thomas Fabbiano sont les deux premiers coupeurs de têtes de la quinzaine. Sascha Zverev, décidément en souffrance, et Stefanos Tsitsipas en ont fait les frais. Les têtes de série No 6 et No 7 sont déjà en vacances. Elles en ont besoin. M.A.

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