Christophe Varidel a redonné vie au basket à Bissorã

Basket-ballAncien joueur universitaire aux États-Unis, le Genevois a lancé une académie en Guinée-Bissau, loin des millions de la NBA et de Tintin au Congo.

Pour Christophe Varidel et son ami Amos Kalindaga, c’est mission accomplie.

Pour Christophe Varidel et son ami Amos Kalindaga, c’est mission accomplie. Image: DR

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Avec sa barbe joviale, il a le look hipster et on l’imaginerait bien tailler la Route 66 au guidon d’une Harley, du Chuck Berry à plein tube. Ou du Eddy Mitchell! Durant une décennie, Christophe Waridel a fait ses humanités aux États-Unis. Le basketteur genevois a vécu son rêve américain et sans un genou amoché, il aurait peut-être pu percer en NBA. Un crève-cœur? Non, du basket, dont il a dû abandonner la pratique au plus haut niveau à l’âge de 25 ans, il a conservé la passion. Celle que l’on partage et que l’on transmet.

Voilà comment, en novembre dernier, il s’est retrouvé sur un terrain rafistolé de Bissorã, en Guinée-Bissau, loin de son bureau zurichois, entouré d’enfants qui n’avaient pour la plupart jamais vu une sphère orange de leur vie.

L’envers du décor

«Ça a été une semaine de bonheur», résume-il en évoquant cette expérience africaine hors du commun. Sur son ordinateur, Christophe Varidel fait défiler les images et les souvenirs. Depuis son retour en Suisse et la fin de sa carrière, il se consacre à l’organisation de camps pour jeunes basketteurs, à Worcester, le site de sa première high school aux États-Unis, ou à Tenero, au bord du lac Majeur. «À côté de mon boulot, j’avais beaucoup de temps libre, j’avais besoin de créer quelque chose», explique-t-il. Ainsi est née, en 2016, Stride Your Passion (SYP), une organisation qui a pour ambition de booster les talents et de leur ouvrir des portes.

Mais à Bissorã, c’est autre chose. Une autre façon de cultiver sa passion, de s’investir, de vivre le basket. Moins de dunks, plus d’émotions. «Là-bas, il n’y a rien, rien du tout», dit-il en évoquant cette bourgade déshéritée, marquée par un passé sanglant. Il l’a découverte en 2017, un peu par hasard, sur les pas de la marraine de son frère, la nounou qui a bercé leur enfance de musique africaine. Mais là, c’était l’envers du décor. Une ville en état de survie. Des écoles fermées. Et un terrain de sport en ruine avec des panneaux délabrés et des paniers fantômes. «Avant la guerre, le basket était le sport N° 1 en Guinée-Bissau. Puis il a sombré dans l’oubli», rappelle le Genevois. Cette réalité ne pouvait pas le laisser insensible.

Sur cette friche qui ne demandait qu’à refleurir, une idée a germé. Inspirés par Slums Dunk, un projet mené à Nairobi par des basketteurs italiens, Christophe Varidel et son ami d’enfance Amos Kalindaga ont lancé la SYP Basketball Academy. Il leur fallait un soutien local, ils l’ont trouvé auprès d’une ONG danoise et d’un architecte belge, établi sur place depuis trente ans. C’est lui qui a redonné une seconde jeunesse au terrain. Il leur fallait aussi des moyens financiers. Le Genevois a activé son réseau, sensibilisé Swiss Basket, son ancien club de Massagno, le GC Zurich, dont il est le coach des U15, des joueurs, parmi lesquels Gilles Martin, le crack suisse du 3x3… Grâce à eux, il a récolté 10 000 francs. Une fortune là-bas.

Le prêtre garde les ballons

C’est en compagnie de Virginia Gomes, l’ancienne nounou, devenue traductrice pour l’occasion, que les deux potes ont débarqué à Bissorã en novembre dernier. Dans leurs bagages, 34 ballons, des maillots floqués «Suisse» et un manuel éducatif, conçu par leurs soins pour former les profs et instruire les enfants. Du développement communautaire, loin des millions de la NBA et de «Tintin au Congo». «On s’est retrouvé avec plus d’une centaine de jeunes plein d’énergie et des apprentis coaches avides de connaissances, raconte Christophe Varidel. Une belle leçon de vie. Là-bas, on a reçu plus que ce que l’on a donné. On espère renouveler l’expérience, équiper l’installation de panneaux solaires et d’un système d’éclairage. Et on a laissé les ballons aux bons soins du prêtre, qui nous a hébergés durant cette semaine inoubliable.»

Créé: 12.02.2019, 20h03

Dans la folie du championnat NCAA

Formé à Versoix et révélé sur les parquets universitaires américains, Christophe Varidel (28 ans) a connu une singulière trajectoire. Ce n’est qu’en fin de carrière, alors qu’il souffrait d’un mal récurrent au genou gauche, qu’il a découvert la LNA. D’abord avec les Lugano Tigers, en fin de saison 2014-2015, puis à Massagno, où une grave blessure l’a très vite obligé à cesser la compétition. Jeune shooteur invétéré, il avait perfectionné son art du tir en solitaire, dans la salle de Voltaire, dont il avait la clé. Puis, à 18 ans, son destin l’a poussé à traverser l’Atlantique. Cap sur le Massachusetts et la Worcester Academy, première étape d’un «basket movie» qui l’a ensuite emmené sur le campus de la Florida Gulf Coast University, puis à Hawaii et en Alabama. Le guard genevois y a connu la folie du championnat NCAA, obtenu un bachelor en business administration et un master en sport management. C’est là aussi que son genou a commencé à lui faire des misères. Éphémère international, ne ­regrette-t-il pas d’avoir passé dix ans loin de la Suisse et de son championnat? «Non, absolument pas. J’ai vécu aux States une formidable expérience, joué des matches devant 40 000 spectateurs et privilégié mes études.» P.B.

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