Le chemin est encore très long pour Alan Roura

Voile – Vendée Globe Pour les marins encore en course, les deux dernières semaines sont souvent les plus éprouvantes sur le plan mental.

Alan Roura fait le ménage sur «La Fabrique»: cette fin de Vendée à rallonge est pénible pour les nerfs du marin et pour la structure du bateau, qui souffre aussi.

Alan Roura fait le ménage sur «La Fabrique»: cette fin de Vendée à rallonge est pénible pour les nerfs du marin et pour la structure du bateau, qui souffre aussi. Image: ALAN ROURA/LA FABRIQUE

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Ce sont beaucoup plus que des viennent-ensuite. Ce sont tous des héros de la mer. Des hommes – uniquement, puisque malheureusement aucune femme n’était au départ cette fois – qui auront fait bien davantage que le tour du monde. Un Vendée Globe, c’est une aventure sportive. Surtout pour ceux qui naviguent sur des fusées de la dernière génération. Le nez rivé sur les écrans, pour mieux décrypter les derniers fichiers météos. Les oreilles tendues, pour mieux détecter le moindre craquement suspect. Tel était le quotidien d’Armel Le Cléac’h, Alex Thomson et Jeremy Beyou, tiercé gagnant de ce huitième Vendée Globe.

Avec le vainqueur, c’est une sorte d’apothéose médiatique qui est atteinte. Au loin, très loin, le coup est dur pour ceux qui souffrent du mal de terre. Pour celui qui n’a pas encore franchi le cap Horn, savoir que le vainqueur dévore son premier steak, embrasse sa femme, étreint ses enfants, se délivre de la houle pour mieux étreindre la foule et se prépare à dormir dans un lit douillet qui ne bouge pas est une nouvelle qu’il faut digérer. D’un coup, tout le monde n’est plus logé à la même enseigne, penchée le plus souvent. Cette espèce de solidarité psychologique qui veut que: «C’est moins dur quand on est tous dans la même galère» s’évanouit comme le soleil sur l’horizon.

Quand les autres arrivent

Nuit noire pour les smicards. Ils sont partis sur des bateaux plus anciens. Sans rêve de victoire si ce n’est sur eux-mêmes. Pourtant, c’est dur quand les copains arrivent. «Il ne faut jamais couper la ligne trop tôt dans sa tête», dit-on. «Cette dernière partie du Vendée Globe est dure, racontait le Français Eric Bellion récemment lors d’une vacation. Je ne m’y attendais pas. Je m’étais préparé jusqu’au cap Horn. Je n’avais pas porté beaucoup d’attention à la remontée de l’Atlantique. Mais en fait, moralement on est fatigués, on a l’impression d’avoir atteint notre objectif mais ce n’est pas le cas.»

Le skipper de Comme un seul homme est actuellement à 1600 milles de l’arrivée. On se souvient que dans le Grand-Sud, le jour de Noël, il était bord à bord avec Alan Roura et La Fabrique. «Un cadeau merveilleux» avaient dit les deux hommes. Depuis, le Genevois a connu des soucis techniques et a laissé son ami s’envoler vers les Sables. Depuis vendredi, le plus jeune marin de l’histoire du Vendée Globe est revenu dans l’hémisphère Nord. Une marque symbolique mais trompeuse, qui ne dit pas tout le chemin qu’il reste à accomplir. Ce dernier tronçon jusqu’au Sables rime avec interminable.

«Physiquement et moralement ça doit être le plus dur de ce tour du monde, dit le marin genevois. On se disait que l’Indien c’était le plus dur. Donc tu en sors, t’es content, et finalement tu te rends compte que le Pacifique est plus dur que l’Indien. Et l’Atlantique tu te dis que ça y est, c’est les vacances, chaleur, bonheur, ti-punch. Eh ben non! C’est quand même con… Ça sera compliqué jusqu’au bout.»

«Une mer ignoble»

Actuellement, La Fabrique navigue dans un bon flux de nord-est. la température extérieure est proche des trente degrés. Sur le pont, les poissons volants se ramassent à la pelle. Alan Roura aurait tout pour être heureux. «Mais c’est surtout la mer qui est ignoble. J’ai traversé l’Atlantique plusieurs fois et je n’ai jamais vu une mer aussi montée, si croisée, grosse, courte. C’est une horreur.» Où quand se faire un café, le matin, tient de l’équilibrisme…

Au 91e jour de mer, il ne faut surtout pas lâcher. «L’arrivée c’est ce qui nous fait tenir et qui nous fait nous conduire en bons marins. Il faut mettre la course entre parenthèses. Les classements sont plus ou moins faits. Tout le monde reste assez intelligent. La grande boucle est plus longue que prévue. On va faire au mieux.»

Alan Roura l’avoue sans ambages: «Ça fait 90 jours qu’on est sur l’eau, donc le bateau souffre, et nous aussi. Je suis un peu plus lent à la détente.» Un petit oubli, une sieste un peu prolongée, et ce pourrait être la catastrophe. «Il faut ménager le bateau. C’est un gros stress car s’il y a un truc qui merde on a encore une longue route. On va arriver sans souci, mais il ne faudrait pas péter un mât, là.»

Le Suisse est attendu dans une grosse dizaine de jours aux Sables-d’Olonne. Ce sera sans doute au-delà de cette barre des cent jours qu’il espérait ne pas dépasser. Peu importe dans le fond. Avec ce final mouvementé et à rallonge, il peut dire «qu’au moins, on aura eu un vrai Vendée du début à la fin. On pourra rentrer la tête haute.»

(TDG)

Créé: 06.02.2017, 20h59

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