C’est à Genève que Tadesse Abraham bâtit sa nouvelle vie

Course à piedSuisse depuis une année, le marathonien des Cropettes court vers Pékin et Rio.

Pour la photo, Tadesse Abraham était même prêt à sauter du plongeoir des Bains des Pâquis!

Pour la photo, Tadesse Abraham était même prêt à sauter du plongeoir des Bains des Pâquis! Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Il arrive en courant sur les quais. Chez lui, c’est une habitude. Presqu’une raison d’être. Tadesse Abraham n’a que deux minutes de retard. Il s’en excuse! Depuis qu’il est arrivé en Suisse, en 2004, l’ancien requérant d’asile érythréen a appris les subtilités du schwyzerdütsch et le sens de la ponctualité. «J’aime être à l’heure», dit-il en s’appliquant à parler français. Son goût pour les langues a favorisé son intégration. Et ses longues jambes ont accéléré le cours de sa nouvelle vie.

Sur les braises de son passé, l’homme pressé ne s’éternise pas. A 19 ans, il a tourné la page en prenant un avion sans retour. Cap sur les Mondiaux de cross-country à Bruxelles. «Même mes parents n’ont pas su que j’allais faire défection là-bas. C’était mon plan, mon choix à moi.»

La course par accident

Tadesse Abraham a laissé sa jeunesse en Erythrée. Elle ressemble à celle de tant d’autres coureurs africains. Sauf que lui rêvait de devenir coureur… cycliste. «Jusqu’à 14 ans, j’ai fait du vélo. Seulement, au retour d’un entraînement, une collision avec une voiture a détruit mon vélo», raconte-t-il. Il suffit parfois d’un accident de parcours pour corriger un destin. Impossible pour ses parents fermiers de lui racheter une petite reine. C’est donc en courant qu’il a fini par aller à l’école – comme tant d’autres. Et c’est sur les bancs de sa high school qu’il a découvert la Suisse et sa neutralité.

«Voilà pourquoi je suis venu ici», dit-il en poursuivant son histoire. C’est aussi celle de tant d’autres… Genève, Vallorbe, Uster: c’est un peu comme le Monopoly du requérant. Tadesse Abraham reconnaît qu’il est tombé sur la bonne case. C’est sur la piste zurichoise, sous les auspices d’un petit club familial (dont il est resté fidèle) qu’il s’est reconstruit. Qu’il s’est imprégné d’un nouveau mode vie. Avec toujours, pour le guider, la culture de l’effort et le bonheur de courir. «En Suisse, je ne remercierai jamais assez tous ceux qui m’ont tendu la main», dit-il.

Horizon olympique

En 2008, année cruciale, il décide de faire de la course à pied sa petite entreprise et Cupidon le jette dans les bras de Senait, une comptable, elle aussi d’origine érythréenne. La rencontre a lieu à Meinier, où l’a emmené Tesfaye Eticha, le multiple vainqueur du marathon de Lausanne et de Genève. «Il apprenait à conduire», sourit Tadesse Abraham. Il n’y a pas que les accidents qui changent le destin! Depuis, le marathonien court de succès en records, d’heureux événements en crochets par la crèche! Il y a eu ses 2 h 07’45 au marathon de Zurich, son mariage et la naissance du petit Elod en 2011, son passeport rouge à croix blanche délivré en 2014, juste avant l’apothéose un peu chagrine des Européens de Zurich, où il espérait faire mieux que 9e. «Heureusement, il y a eu notre médaille par équipes, la communion avec le public, la fête à Viktor Röthlin…»

Cela faisait dix ans que Tadesse Abraham, athlète sans bannière, n’avait pas disputé de grands championnats internationaux. «Oui, aujourd’hui, je me mets à rattraper le temps perdu», confie-t-il. Il aura bientôt 33 ans. A l’horizon, lorsqu’il cavale sur la piste des Evaux ou le long du Rhône, il y a les Mondiaux de Pékin et les JO 2016 à Rio. Genève est devenu sa maison. Une ville chère à son coeur et à son porte-monnaie. Il ne court pas sur l’or, mais il est libre. Aux Bains des Pâquis, il a déjà succombé aux charmes de la fondue au champagne et de la baignade glacée. Il habite tout près. «En août, Elod fera sa première rentrée scolaire», dit-il. Lui sera à Pékin. C’est la vie. (TDG)

Créé: 26.05.2015, 23h11

Une obsession de vitesse

Ses derniers marathons l’ont laissé sur sa faim, comme celui de Séoul, en mars, où un rhume l’avait obligé à lever le pied (2 h 11’37). Il en garde néanmoins un bon souvenir. «Avant, je disais que j’habitais en Suisse. Là-bas, j’ai pu dire avec fierté que je suis Suisse!» Par méprise, on avait même cru qu’il allait se rabattre sur le 10 000 m, une épreuve moins coriace à croquer. Mais chez Abraham Tadesse, l’appétit vient en courant! Non, c’est bien sûr la distance mythique qu’il s’alignera cet été aux Mondiaux de Pékin. Et dès lors, c’est une frénétique obsession de vitesse qui le pousse à chacune de ses sorties. Déjà impressionnant au semi-marathon de Barcelone en février (1er en 1 h 0’42), l’athlète du Team Genève 2015 a passé la surmultipliée au GP de Berne, puis samedi lors du 10 km d’Ottawa, couvert en 28’34. Après quelques courses sur piste, il ira parfaire sa forme et son endurance cinq semaines en juillet sur les hauteurs de Saint-Moritz. P.B.

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