Bacsinszky: «Je me suis sentie trahie»

TennisTimea Bacsinszky lutte contre les blessures depuis des mois. Elle raconte cette relation particulière à son corps.

La Vaudoise s’est longuement confiée avant l’US Open. Photographiée à Lausanne en mai dernier, elle est persuadée de retrouver son plus haut niveau d’ici la saison prochaine.

La Vaudoise s’est longuement confiée avant l’US Open. Photographiée à Lausanne en mai dernier, elle est persuadée de retrouver son plus haut niveau d’ici la saison prochaine. Image: Keystone

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Rendez-vous était pris au jardin des joueurs, dernier arbre à gauche. L’entretien a duré une bonne demi-heure, sujet lourd mais discours-fleuve, à peine interrompu par le fiancé de Patty Schnyder qui, les deux poings serrés, est venu exulter: «It’s done, it’s done!» (c’est fait, qualification de «l’ancienne» pour l’US Open). Parler blessures, avec un joueur de tennis, n’est jamais sans risque. Mais un esprit exigeant et optimiste comme celui de Timea Bacsinszky ne craint pas de thématiser, encore moins de brusquer.

– Depuis deux ans, votre corps vous lâche à tout bout de champ: genou, abdominaux, poignet, mollet. Le prenez-vous parfois comme une trahison?
– J’ai pu avoir ce sentiment, oui. Notamment à la fin 2016, quand tout le monde répétait que je n’avais rien et que les douleurs étaient toujours pires. Sur le moment, on devient un peu parano. C’est vrai, on broie du noir. J’ai eu la rage. Je me suis sentie largement trahie. Expliquez-moi comment on peut se déchirer un tendon de cette façon (ndlr: elle montre une longue cicatrice à la main gauche)? Mais je finis toujours par intellectualiser et, si j’y réfléchis un peu, je réalise immédiatement que j’ai de la chance. Je ne souffre d’aucun mal incurable. Et puis peut-être que je n’ai pas le corps le plus fiable du circuit, mais j’ai «reçu» la science du jeu; je le mets entre guillemets car je ne suis pas croyante. On peut passer une vie entière sur les courts sans jamais acquérir la connaissance. Tandis que pour le physique, on peut soulever des poids. Je ne suis pas à plaindre.

– Avez-vous la même relation à votre corps qu’à 20 ans?
– À cet âge, j’étais insouciante. Je n’écoutais pas beaucoup mon corps. Aujourd’hui, je suis très réceptive; peut-être trop. Un tiraillement au mollet: j’ai peur que ça relâche. Quelques haltères: j’ai peur de me refaire une tendinite au poignet. Mais avec un tel vécu, j’ai aussi appris à mieux connaître mon corps. En appuyant sur une douleur, je peux presque deviner si c’est une élongation, une microdéchirure ou une tendinite. J’arrive à établir pas mal de petits diagnostics toute seule. Je le comprends mieux, mon corps. Et je lui pardonne plus facilement. Je voudrais qu’il soit parfait car, voilà, je suis une compétitrice, j’ai besoin de lui au top. Mais je reconnais volontiers ses efforts. J’arrive même à le féliciter, parfois. Pas beaucoup, mais ça vient.

– Peut-il vous désobéir?
– Il dit non. Mercredi dernier, j’ai enchaîné trois heures trente de condition physique avec une heure trente de tennis. J’ai eu des courbatures partout. Je sais quand mon corps n’est pas d’accord. Mais en même temps, je ne dois pas toujours l’écouter. Il faut trouver la juste limite entre pousser et freiner.

– Où vous situez-vous aujourd’hui?
– Je suis en forme. Mais toute la question est: en forme par rapport à quoi? Je ne vais pas mentir, je suis encore loin de mon meilleur niveau. Et il y a toutes ces défaites au premier tour… En même temps, je ressens parfois un profond décalage entre l’image que je donne, celle d’une joueuse à la ramasse, et la progression que je vis au quotidien, dans mon physique comme dans mon jeu. Certes, sans résultats encore. Mais j’avance.

– Vous souffrez de ce décalage?
– Non. Seulement, j’entends beaucoup de critiques, beaucoup de jugements, beaucoup de gens qui ne connaissent rien au tennis. Et puis toutes ces phrases: «Courage, tu vas revenir», «t’inquiète pas, ça va aller.» Parfois, il n’y a pas besoin d’aller chercher très loin, ces mots viennent directement de ma mère ou de mon frère. Je ne peux évidemment pas leur en vouloir de m’aider. Mais j’entends tous ces commentaires depuis une année et, à la longue, ça devient pesant. J’ai envie de répondre: «Je sais que je vais revenir, ça va, je gère!»

– Vous n’en doutez jamais?
– Chaque blessé a son histoire, mais si nous avons un point commun, je crois, c’est cette question obsédante: est-ce que je redeviendrai comme avant? On a ce potentiel en nous, on le sait. Quand on n’arrive pas à l’exprimer, le sentiment d’échec est d’autant plus fort. Est-ce que je reviendrai dans le top 20? Dans le top 50? Si non, est-ce que j’aurais raté un truc? Beaucoup de gens le pensent. J’entends trop de choses négatives sur ma situation, je sais qu’il ne faudrait pas écouter, mais c’est parfois difficile de l’éviter.

– Et quelle est votre situation?
– J’assume. J’avance. À mon rythme, et il n’est forcément pas le même que celui de Rog’ (Federer), Stan (Wawrinka) ou Serena (Williams). Dans l’absolu, j’aimerais attaquer 2019 en grande forme. Je ne me sens pas obligée de tout casser. Je vois plus loin: je veux jouer pendant encore six ans. Au minimum. Si mon corps le permet…

Créé: 26.08.2018, 21h38

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