Arnaud Tonus, le phénix du motocross mondial

MotocrossEnfin épargné par les blessures, le pilote genevois joue, cette fin d’été, le podium final du MXGP, la catégorie reine du cross.

Après plusieurs saisons gâchées par les blessures ou la maladie, Arnaud Tonus est de retour. Et quel retour!

Après plusieurs saisons gâchées par les blessures ou la maladie, Arnaud Tonus est de retour. Et quel retour! Image: DR

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On avait fini par en rire, mais le rire était jaune. Chaque fois qu’on prenait le temps d’une visite, c’était pour une mauvaise raison: blessure, béquilles, haut du corps prisonnier d’un bandage serré. À première vue, il y avait quelque chose de pathétique chez ce grand gaillard au regard triste, à la voix douce, ces yeux qui semblaient se perdre dans l’au-delà, mais qui, soudainement, s’illuminaient, parce que la volonté était la plus forte. La passion encore totale. Dans cette enveloppe qui paraissait fragile se cachait un roc, un dur au mal: Arnaud Tonus, 28 ans, pilote professionnel de motocross. Espoir éternel sevré à jamais de succès? Doux rêveur trop éloigné de la réalité? Oh non, tout le contraire: un homme, un athlète, qui allait bluffer tout le monde, dont son propre père Charly, qui dira: «Je ne pensais pas qu’il avait autant de forces en lui pour revenir.»

Revenir, le mot est lâché. Revenir de nulle part. Revenir après ces saisons hachées parce que gâchées par les blessures et la maladie (lire l’encadré). Revenir au sommet et, surtout, s’y maintenir: «Très peu de gens savent par où il est passé, ce qu’il a enduré. Ses résultats d’aujourd’hui ne me surprennent pas, car il roule enfin à son vrai niveau», explique son pote Marc Ristori, un peu son grand frère «ès» motocross.

Le psychisme gagnant

Son niveau actuel? Quatrième du classement intermédiaire du championnat du monde MXGP, à 32 points du deuxième, le Zurichois Jeremy Seewer, à six longueurs du podium, dont la troisième marche est désormais occupée par l’équipier français de Tonus, Gautier Paulin. Et, surtout, six podiums lors des huit derniers GP. Le prochain se déroule dimanche dans le sable belge de Lommel.

Arnaud Tonus est rayonnant quand il débouche le magnum de champagne, il reste très calme, analyste comme il l’a toujours été – peut-être trop, à une certaine période de sa carrière – quand il parle du moment présent: «Beaucoup de gens me parlent de ce podium final, c’est le jeu, j’en connais les règles. Mais pour moi, ça ne change rien, mon objectif reste le même: donner le maximum chaque fois que je suis derrière la grille de départ», confie le Genevois. Il le disait déjà en début d’année, au moment où on lui demandait son but: «Plutôt que de parler en chiffres, de quantifier une performance, je veux privilégier la qualité. Et on verra où ça me mène.» Il savait, au fond de lui, où cela pouvait le mener. Quelques autres aussi. Mais savoir, c’est bien, faire, c’est mieux. Et c’est beaucoup plus difficile.

Dans ce retour au premier plan, impossible de ressortir l’élément qui a prévalu. Physique? Psychisme? «Physiquement, quand j’ai su l’an dernier que je devais faire l’impasse sur le championnat, nous avons dès que possible travaillé sur l’endurance. Le physique à proprement parler n’a jamais été un problème pour moi mais, notamment pour ménager mes épaules, nous avons adopté un programme spécifique. Parallèlement, j’ai aussi compris pas mal de choses par rapport à moi-même, ce qui m’a permis de passer un nouveau cap», ajoute Arnaud.

Apprendre, toujours

Comprendre, apprendre, rester humble. Et serrer les dents: «Je n’oublierai jamais nos premières sorties à vélo, l’an dernier, après les opérations: je jouais les poissons-pilotes et à chaque bosse, à chaque irrégularité du terrain, je levais le bras pour prévenir «Nono», car le moindre choc pouvait avoir des conséquences définitives sur le haut de son corps», se rappelle Charly, son père, son pote, son coach, son complice, son premier supporter. «Quand on enchaîne les podiums, c’est le top, on s’habitue à ces moments, mais la saveur est différente par rapport au premier – c’était au Portugal –, où c’était de la folie. Je ne suis pas blasé, loin de là, mais désormais, je reprends l’entraînement normalement le lundi. Nous sommes encore loin de la fin du championnat (restent cinq GP à deux manches, donc un paquet de points à engranger)», souligne Arnaud.

Quatrième du Mondial, assuré de son avenir – ce sera officiel dans trois semaines –, Arnaud Tonus a retrouvé au retour de la tournée indonésienne sa base néerlandaise, où est installée son équipe: «J’ai ramené une bonne grippe et un petit souci à un pied, mais rien de grave. Je récupère et je continue d’apprendre. Quand on parle de mes podiums à répétition, on ne se rend pas compte que rien, aucune minute sur la piste, n’est facile. Je découvrais l’Indonésie, sa chaleur et son humidité; lors du premier des deux GP, je n’étais pas à l’aise, je n’avais pas de bonnes sensations, la moto semblait se comporter différemment. Alors oui, tu te mets à douter et pour tordre le cou au doute, il n’y a que le travail.»

Arnaud a dit, guéri de ses blessures. Plus fort, plus équilibré que jamais, mais toujours très humble. Car il sait que dans ce métier, tout peut, très rapidement, se retrouver à terre.

Créé: 30.07.2019, 07h52

Bio express

Arnaud Tonus

le 17 juin 1991, à Genève.
État civil
En couple.
Carrière
Il fait ses débuts en «mini-verts» (50 cm3), notamment en France, où il brille de mille feux.
Il grimpe ensuite les échelons (80, 125 cm3), et termine 7e du championnat d’Europe MX2 en 2008, année où il participe à son premier GP. Cinquième du Mondial MX2 en 2011, il est sixième trois ans plus tard (victoire au GP du Brésil). Il quitte alors le Mondial pour vivre un rêve de gosse: le motocross aux États-Unis; le rêve tourne au cauchemar, puisqu’il souffre de troubles intestinaux qui l’affaiblissent en permanence. La vélocité est toujours là, mais plus la résistance. Revenu en Europe, il repart de zéro, gagne la première manche du GP de Suisse MXGP à Frauenfeld, avant d’être victime d’une lourde chute dans la seconde. Début 2018, le revoilà plus rapide que jamais, mais à deux semaines du début du Mondial, il se blesse lors de l’ultime cross de préparation: son épaule gauche n’est pas seulement disloquée, il y a des dégâts ligamentaires très importants, une fracture de l’omoplate. Des opérations sont nécessaires, il ne participera à aucune course en 2018. Après s’être posé la question existentielle, «Dois-je continuer ou pas?» il se remet à travailler comme un fou pour revenir. Au premier plan? On connaît désormais la réponse! J.-C.S.

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