Alan Roura veut perpétuer la tradition suisse autour du globe

VoileLe Genevois veut s’inscrire dans la lignée des Wavre et autres Stamm. Il sera le seul Suisse au départ du Vendée Globe.

Alan Roura apprivoise son nouveau bateau, l’ancien «Superbigou» de Bernard Stamm, du côté de Lorient.

Alan Roura apprivoise son nouveau bateau, l’ancien «Superbigou» de Bernard Stamm, du côté de Lorient. Image: JOBIC MADEC

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C’est un passage de témoin. «Tiens bon la barre et hisse haut, Superbigou.» C’est un fameux 60 pieds, fin comme un oiseau… Il a été construit à la fin des années 1990 dans le petit port breton de Lesconil par un Vaudois alors inconnu. Baroudeur, bourlingueur, gueule d’ange, Bernard Stamm avait séduit tout un village, toute une région. C’est là qu’était né Superbigou, un bateau dessiné et pensé pour la course au large. C’est avec lui que Bernard Stamm fera une entrée tonitruante dans le monde de la voile hauturière.

Vingt-cinq ans après, l’Imoca refait surface. Et c’est un Genevois, encore peu connu, bourlingueur et gueule d’ange, qui reprend la barre de l’antique monocoque: Alan Roura. «C’est sympa de savoir que ce bateau continue sa vie, dit Bernard Stamm. Et c’est clair que ça me fait plaisir que ce soit un marin suisse qui puisse en bénéficier. Alan, je le connais un peu. Il a des rêves, c’est bien. Maintenant, entre s’inscrire à un Vendée et vraiment prendre le départ de l’épreuve, il y a un long chemin parsemé d’embûches. C’est, quoi qu’il en soit, un très gros boulot. Je lui souhaite vraiment d’y arriver.»

Un tour de force

Avec quatre campagnes préparatoires et trois participations, Stamm a vécu pendant vingt ans au rythme de la plus dure et la plus mythique des courses. Il avait depuis longtemps perdu de vue son premier bateau. Il est passé de mains en mains pour s’arrimer récemment en Estonie. «C’est un ami de la classe mini, Jannus Tamme, qui possède le bateau, explique Alan Roura. Grâce à deux partenaires, il est mis à ma disposition cette année avec comme enjeu ma participation au Vendée Globe!»

Au retour de la Mini Transat 2013, que le Genevois avait bouclée en 11e position sur le seul bateau avec une coque en bois, nous l’avions rencontré au Port-Noir. Il revenait là où il avait vécu, sur un bateau amarré en face de la Nautique, jusqu’à l’âge de 8 ans. Il avait des larmes et des étoiles dans les yeux. Il repensait à ces années dures mais heureuses, lorsqu’il prenait son petit-déjeuner sous le regard du Jet d’eau. Il se projetait aussi en 2016. Oui, il serait au départ du Vendée Globe. «Mon objectif est d’être le plus jeune concurrent de l’histoire à s’élancer dans cette course fabuleuse», avait-il dit.

Une posture gonflée lorsque l’on a qu’une Mini Transat à son actif. «C’est la folie des gens de 20 ans, dit-il. Il faut avoir des rêves et il faut avoir la force de les réaliser.» Trois ans plus tard, le bourlingueur est en passe de réussir un tour de force. Il a ajouté une Route du Rhum (avortée en raison d’avaries en cascade) et une Transat Jacques Vabre, bouclée en 10e position en duo avec la Française Juliette Petres. «Une expérience sportive intéressante, mais très compliquée sur le plan humain. Je ne cacherai pas que cela s’est très mal passé avec Juliette. Mais j’ai tout de même pu en tirer de l’expérience et quelque leçons qui me seront utiles.»

Pour le Globe, pas de souci de cohabitation. L’Everest des mers se court en solitaire, sans escale et sans assistance. D’édition en édition, il faut rappeler que le taux d’abandons oscille aux alentours de 50%. Pour beaucoup, le premier exploit consiste à être présent le jour du départ dans le chenal des Sables-d’Olonne.

Un budget à boucler

Alan Roura a franchi un premier obstacle: il a un bateau et s’est acquitté de la finance d’inscription de 20 000 euros. Il va désormais devoir rapidement boucler un budget de 415 000 euros. Il annonce avoir réuni 30% de la somme. «Depuis l’annonce de mon inscription, le mouvement a été lancé. Je viendrai à la fin du mois de février en Suisse. Je mettrai mon costard et j’irai sonner aux portes.» L’une d’entre elles, celle de la Ville de Genève, s’est déjà ouverte. «Nous allons soutenir Alan avec une subvention de 10 000 francs», annonce la cheffe des Sports de la Ville, Sibylle Bonvin.

Il a le bateau, il a un bout de budget, il a le concept marketing: être le seul Suisse de la flotte et surtout être le plus jeune engagé de l’histoire. «C’est pas mal non?» se marre-t-il. Oui. Reste maintenant à préparer minutieusement l’aventure. Cela passera déjà par une qualification en mer lors de la nouvelle course les Canaries-Newport en avril. Histoire de démontrer que Superbigou a été repris en de bonnes mains. Histoire surtout de perpétuer la tradition suisse autour du globe.


Ces Suisses qui ont marqué l’histoire du Vendée Globe 

Bernard Gallay
Deux participations au Vendée Globe

Il est le pionnier des navigateurs suisses sur le Vendée Globe. C’est lors de la 2e édition, en 1992-1993, que cet homme d’affaires franco-suisse s’est élancé pour la première fois. Il bouclera son périple hors course. Huit ans plus tard, il largue une deuxième et dernière fois les amarres sur Voilà.fr et termine 8e sur 15 concurrents classés. Le vainqueur est Michel Desjoyeaux.

Dominique Wavre
Quatre participations au Vendée Globe

Il a commencé son histoire d’amour avec le Vendée Globe lors de l’édition 2000-2001. Préparateur minutieux, il se classe excellent 5e pour sa première sur UBP. Quatre ans plus tard, il fait encore mieux sur Temenos et échoue au pied du podium. En 2008, il partage l’infortune de mer de Bernard Stamm aux Iles Kerguelen avant de poursuivre sa route jusqu’en Australie malgré une quille qui menace de se briser à tout instant. En 2012, Dominique Wavre est encore fidèle au poste sur le pont de Mirabaud. Compétitif mais aussi contemplatif pour ce qu’il sait sans doute être son dernier tour du monde en solitaire, le Genevois reçoit un accueil très chaleureux sur les pontons des Sables-d’Olonne.

Bernard Stamm
Trois participations au Vendée Globe

Jeune et fougueux, Bernard Stamm embrasse la course qui marquera sa vie pendant près de vingt ans lors de l’édition 2000-2001. Il prend le départ sur un bateau qu’il a construit lui-même avec le soutien des habitants de Lesconil, son port d’attache en Bretagne. Après un début de course prometteur, il abandonne. Armor-Lux/Foies Gras Bizac est victime d’une avarie de pilote et de barre. En 2004-2005, Bernard Stamm perd sa quille lors d’une course de préparation. Il doit renoncer. En 2009-2010, il part avec de grandes ambitions. Mais des pépins à répétition l’obligent à jeter l’éponge à l’entrée du Grand-Sud. Il finira par s’échouer aux Iles Kerguelen, sous le regard interloqué d’un éléphant de mer.

L’édition suivante doit être la bonne, pense le Vaudois. Un bateau tout neuf, hyperpuissant, taillé pour lui, en somme. Las, au bout de deux semaines, Cheminées Poujoulat est en proie avec ses générateurs qui ont été modifiés. Il fait pourtant longtemps la course en tête. Il pointe même en première position à l’entrée de l’Indien. Mais ses problèmes d’énergie sont fatals. De réparations de fortune en réparations de fortune, il s’arrête au mouillage en Nouvelle-Zélande et s’accroche à un cargo russe. Des membres s’aventurent sur le pont pour l’aider dans la manœuvre. Honnête, Stamm avertit la direction de course qui prendra la décision dure mais logique de l’exclure, toute assistance étant interdite sur le Vendée. Il terminera son périple hors course. Quant à son bateau, il sombrera peu avant Noël lors de son convoyage vers Brest au retour de la Transat Jacques Vabre 2013.

Alan Roura
Première participation au Vendée Globe prévue en 2016

Il aura 23 ans le 6 novembre, jour du départ de la huitième édition. Il sera alors le plus jeune concurrent de l’histoire à s’élancer. Avec un seul but: être le plus jeune à boucler la boucle dans les règles de l’art, sans escale, sans assistance et en solitaire, bien sûr. G.SZ

(TDG)

Créé: 10.02.2016, 20h48

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