Alan Roura: «La solitude, c’est parfois lourd à supporter»

Voile - Vendée GlobeLe marin genevois va attaquer le Pacifique après 47 jours de course. A Noël, il aura une pensée pour les siens et boira une tasse de rhum.

Alan Roura, à la veille de Noël, livre ses joies, ses peines, ses moments de solitude et ses objectifs à court terme.

Alan Roura, à la veille de Noël, livre ses joies, ses peines, ses moments de solitude et ses objectifs à court terme. Image: ALAN ROURA/LA FABRIQUE

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Il a fallu essayer plusieurs fois, vendredi matin, avant de pouvoir l’atteindre sur son bateau au sud-est de l’Australie, tout près de quitter l’océan Indien et d’attaquer le Pacifique. Les conditions musclées du moment, après quarante-sept jours de course, obligent Alan Roura à la plus grande vigilance sur La Fabrique, l’un des plus anciens bateaux de la flotte du Vendée Globe.

Douzième du classement provisoire, le Genevois de 23 ans, plus jeune concurrent de l’histoire de la course en solitaire autour du monde, étonne par son sang-froid, sa stratégie engagée mais prudente, ses capacités à anticiper les dépressions sur un bateau vieux de seize ans mais encore terriblement efficace, même dans la tourmente. Avec le budget le plus bas du Vendée Globe (400 000 euros!), Alan réalise un petit miracle. A la veille de Noël, le Versoisien livre ses joies, ses peines, ses moments de solitude et ses objectifs à court terme.

Alan, est-ce que tout se passe comme vous l’espériez depuis le départ des Sables-d’Olonne?

Oui, je suis pas trop mal placé. On se tire la bourre avec plusieurs concurrents. C’est stimulant, et je fais tout mon possible pour ne pas être décroché et gagner encore une ou deux places. C’est important de se fixer des objectifs pour combattre la solitude.

Justement, cette solitude, elle vous pèse?

Des coups de mou, j’en ai parfois. Plus moral que physique d’ailleurs. Il faut l’accepter, mais ça commence à être lourd à supporter. Aujourd’hui, dans la grisaille ambiante, je suis un peu triste. Depuis quelques jours, ça secoue beaucoup. J’ai fait trois changements de voile depuis ce matin. Avec la fatigue qui s’accumule, il faut tenir le coup.

Vous arrivez à dormir, à vous reposer?

Je dors pas trop mal ces jours. Je viens de faire une nuit de 4-5 heures de sommeil. Je dois accumuler des réserves car je vais avoir de belles dépressions à affronter dans le Pacifique. Pour le moment, je tiens mes quinze nœuds de moyenne, c’est parfait.

Et le bateau de Stamm, il tient le coup aussi, lui!

Et comment. Il m’étonne tous les jours, mon «Superbigou». C’est un bateau de légende. Il a un potentiel fantastique. Il tient bien la mer. Il est simple, mais aussi très exigeant physiquement. Toutes les drisses se trouvent au pied du mât. Il faut constamment aller devant. Je dois me battre, tenir, prendre des forces. Etre là aujourd’hui, dans le Sud, à l’entrée du Pacifique, avec un gamin comme skipper et aussi bien placé, c’est génial!

Comment allez-vous passer Noël et entrer dans la nouvelle Année?

Tout seul! (il rit). Je vais avoir de petits messages de mes proches, mes parents, ma famille et ma compagne, Aurelia, si présente même loin de moi. J’ai emporté des petits cadeaux dans mon sac. Je vais écouter de la musique, boire une tasse de rhum et passer une petite soirée en solitaire. Pour tout dire, pour moi, Noël, c’est plutôt le chalet, le ski, la montagne. Là, dans le Sud, c’est l’époque de la régate Sydney-Hobart. Nouvel-An? Cela nous rapproche de l’arrivée. Le plus beau cadeau, tout de suite, c’est prendre la onzième place au classement.

Avez-vous des contacts avec les marins les plus proches?

Oui, on échange beaucoup avec Eric Bellion (sur Comme un seul homme). On se tire la bourre, mais on se donne des conseils. On reste adultes devant nos décisions, surtout qu’une grosse dépression arrive. Comme moi, Eric est un aventurier. Il aime se battre dans l’adversité. La dernière tempête a été très violente et dure à franchir avec des creux de 8-10 mètres!

En tête, on a quatre bateaux de la nouvelle génération avec des hydrofoils. Un commentaire?

On a surtout quatre marins extraordinaires à bord. Pour les foils, je reste encore sceptique. Allez, ciao, et bon Noël! (TDG)

Créé: 23.12.2016, 17h56

Cinq jours d’avance au Horn pour Le Cléac’h

Derrière l’enfer blanc du Pacifique, ce n’est pas forcément le paradis. Le cap Horn est un point de soulagement mais pas encore une libération. Après 47 jours et 38 minutes depuis le départ des Sables-d’Olonne, Armel Le Cléac’h a mis le clignotant à gauche pour une dernière ligne droite piégeuse dans l’Atlantique. Le Breton a franchi le cap mythique ce vendredi en milieu de journée avec 5 jours, 5 heures et 38 minutes d’avance sur le temps de référence établi en 2012 par François Gabart, le vainqueur de la 7e édition du Vendée Globe. «J’ai sorti le champagne car c’est la première fois dans le Vendée que je passe le cap en tête, après une 3e place en 2008 et une 2e en 2012. Je vais profiter du paysage avec la terre pas loin. Ça fait du bien de voir un peu l’ambiance terrestre et quelques espaces verts. Il y a des éclaircies et de gros nuages. Le vent passe de 17 à 30 nœuds», a dit Le Cléac’h lors de sa première vacation d’hier.

Derrière Banque Populaire VIII, Alex Thomson (Hugo Boss) était encore englué dans une zone sans vent et perdait beaucoup de terrain. Le Britannique se trouve déjà à près de 800 milles de Le Cléac’h, si bien qu’il devrait passer le cap Horn au plus tôt dimanche soir.

Pour les autres concurrents, l’Atlantique n’est pas une perspective à court terme. Jérémie Beyou, Jean-Pierre Dick, Yann Elies et Jean Le Cam accusent un retard entre 1600 et 2300 milles.

Plus loin, un groupe avec Alan Roura se bat pour entrer dans le top 10, et les quatre derniers de la flotte n’ont pas encore franchi le cap Leeuwin, au sud-ouest de l’Australie. P.N.

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