Alan Roura: «C’est beau d’avoir touché le cœur des gens»

Voile Après son fabuleux Vendée Globe, le Genevois a été nommé parrain du Bol d’Or Mirabaud 2017. Rencontre.

Alan Roura s’est révélé aux yeux du grand public. Il n’a qu’une envie: repartir pour un tour et jouer les premiers rôles.

Alan Roura s’est révélé aux yeux du grand public. Il n’a qu’une envie: repartir pour un tour et jouer les premiers rôles. Image: CHRISTOPHE BRESCHI

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Ce n’est pas qu’il aime ça. Mais il ne dit pas non! «Depuis mon retour à terre, j’observe un changement dans le regard des gens, clairement. Ce n’est pas encore la folie mais c’est vrai qu’on me reconnaît et qu’on me salue volontiers. Ça fait bizarre d’aller faire le plein d’essence à la station-service et de ne plus passer inaperçu. C’est la rançon de la gloire!»

Alan Roura part dans un éclat de rire. Depuis qu’il est allé au bout de l’exploit, le benjamin du Vendée Globe n’arrête pas. Il passe de plateau en rédaction. Il enchaîne les visites chez ses sponsors. Mardi, un rendez-vous était pris avec lui. C’est dans les locaux de la Société nautique de Genève qu’il déboule en milieu de matinée. L’endroit est symbolique: «C’est là, juste à côté, que tout a commencé», sourit-il.

C’est au Port-Noir, sur le Pedro, un bateau à moteur avec cabine, qu’un gamin ordinaire s’est inventé des rêves d’océans extraordinaires. Alan a cinq ans. Il est capitaine, mousse ou pirate. Pendant près de quatre ans, la famille Roura vit sur l’eau douce. Une vie pas banale, un peu bancale. Il fallait parfois faire preuve de malice pour passer l’hiver au chaud. «On pompait parfois l’eau et l’électricité de la Nautique, avoue-t-il aujourd’hui puisqu’il y a prescription. J’ai d’ailleurs le souvenir que je n’étais pas le bienvenu ici.» Les gardes-ports avaient toujours un œil sur le garnement…

Le parrain du Bol

Tranquillement installé sur les fauteuils en cuir brun du bar-lounge de l’institution, Alan Roura savoure. Pour un peu, on lui déroulerait le tapis rouge. Les gardes-ports sont toujours là. Ils ne chassent plus l’intrus. Ils s’arrêtent pour lui serrer la main et le féliciter. «C’est drôle, non? sourit Alan avec le regard rieur. Les temps ont bien changé. Me voilà désormais parrain du Bol d’Or Mirabaud 2017 et les portes s’ouvrent. C’est carrément un honneur pour moi. C’est une course mythique pour la voile en Suisse et même au-delà. Je garde le souvenir de ces week-ends du Bol avec un monde fou. C’était l’événement de l’année et nous étions aux premières loges. Jamais je n’aurais imaginé qu’un jour j’en serai le parrain.»

Il y a de la fierté dans la voix du marin. «C’est une vraie reconnaissance, dit-il. J’ai déjà eu droit à des retours assez incroyables après mon arrivée. Aux Sables, plusieurs grands navigateurs ont eu des mots très sympas à mon égard. Bernard Stamm, Jean Le Cam, Eric Bellion ou Arnaud Boissière m’ont tous dit qu’ils avaient été bluffés par mon parcours. Ça fait du bien. Car on ne m’a rien donné sur ce Vendée. Tout s’est fait dans l’urgence avec ma petite mais incroyable équipe.» Depuis plus d’un an, Alan Roura et sa compagne Aurélia vivent dans un tourbillon. «La préparation s’est faite du mieux que l’on a pu, dit-il. Jusqu’au jour du départ nous avons bricolé sur La Fabrique. Et je pense que le boulot a été bien fait car les choses qui ont cassé pendant la course n’étaient pas liées à un manque de moyens ou de temps.» Et pourtant…

Il faut avoir l’honnêteté de souligner qu’en novembre peu de monde imaginait que le Genevois boucle la boucle. «On a fermé pas mal de bouches, dit-il sans une once d’agressivité, juste avec une pointe de satisfaction légitime. C’est quand même la première fois que ce bateau fait le tour du monde sans escale et sans assistance. Et puis, je l’ai fait en réalisant une vraie course.»

Une vie sauvage

Un constat validé par une extraordinaire 12e place. «Un résultat qui me semble encore aujourd’hui presque irréel!» Jusqu’à ce Vendée, la carrière d’Alan Roura n’en était qu’à ses balbutiements.

Après ses quatre années passées au Port-noir, la famille Roura a largué les amarres pour parcourir le monde sur la Ludmila, un beau voilier de croisière. Une vie sauvage, salée. Une adolescence où il tisse un lien indéfectible avec la mer. Il serait marin. C’était certain. Qu’il deviendrait un vrai coureur au large, c’était moins évident. Après un apprentissage express en Mini, il est passé par la case Classe 40 pour une participation à la Route du Rhum et à la Transat Jacque Vabre en 2015. C’est au retour de cette Transat en double qu’il annonce sa participation au Vendée Globe, avec Superbigou, le premier monocoque Imoca de Bernard Stamm.

Un peu plus de douze mois plus tard, il a dépassé toutes les espérances. Les siennes, tout d’abord. Et celles de ses proches également. «J’ai eu un véritable déclic pendant la course, dit-il. C’était juste après le Brésil et mon escapade près de la côte pour réparer mon système informatique. J’ai fait ensuite une super descente vers le Cap de Bonne-Espérance en contournant l’anticyclone de Sainte-Hélène en plongeant vers le Sud. C’était une option risquée mais payante. Cela m’a remis dans le match et je me suis retrouvé à régater avec des marins plus chevronnés qui naviguaient sur des bateaux plus modernes que ma «Bigoudène» (ndlr: surnom qu’il a donné à «La Fabrique»)

Des mots simples…

C’est là, dans les mers du Sud, qu’Alan Roura a terminé sa mue. On ne traverse pas l’Indien et le Pacifique, en solitaire, sans filet, en somme, sans une capacité au surpassement de soi hors norme. «J’ai eu des moments de doute, analyse-t-il. J’ai même parfois pu laisser paraître, dans mes messages du bord, que ce Vendée était compliqué. Mais en fait, c’est juste que je voulais transmettre vraiment ce qui se passe dans la tête d’un skipper. Faire des selfies pour dire que tout va bien, tout le temps, ça n’a aucun intérêt.»

Avec ses mots, simples, sincères, bruts, il a fait mouche, touchant le cœur des gens. «Ça, c’est beau», dit-il. Avec sa sincérité, sa belle gueule, sa barbe mythique, il est sans conteste l’une des révélations de ce Vendée Globe. «Mais c’est aussi grâce à une performance sportive, quand même, sourit-il. Je n’ai même pas encore eu le temps de voir ma trace sur un écran. Mais on m’a dit que c’était assez propre. Je n’ai qu’une envie: repartir en mer.»

Ça tombe bien. Il paraît que les sponsors adorent les régatiers qui naviguent en bons marins.


Et s’il repartait avec «La Fabrique»?

Finir et convaincre. Alan Roura a fait d’un Vendée deux coups. Il va maintenant tout faire pour que cet exploit peu ordinaire ne soit pas un coup d’épée dans l’eau. «Avant le départ, je ne savais pas si j’étais vraiment fait pour ce métier, dit-il. Jusqu’à Noël, je doutais encore. Au début, c’est même les autres concurrents qui m’envoyaient des e-mails pour me dire d’aller au bout et surtout que je devais continuer. Mon équipe à terre aussi était à bloc.» Du côté de son sponsor principal, La Fabrique (marque qui regroupe les activités de la famille Cornu), le coup de cœur a été intégral. «Rien n’est encore décidé, poursuit le jeune navigateur, mais La Fabrique nous a demandé de préparer un projet pour le prochain Vendée. Avec trois options possibles: l’achat d’un bateau existant que l’on pourrait optimiser, la location, et même la construction d’un 60 pieds.» Les mois qui viennent seront donc studieux. «L’idée est clairement de repartir pour jouer le haut du tableau, dit-il. Il faudra monter une vraie équipe afin que je puisse me concentrer sur le seul métier de skipper.» Pour cela, il doit juste finir de convaincre les sponsors… G.SZ

Créé: 03.03.2017, 07h23

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