Alain Gautier impose sa science de la navigation en solitaire

Voile Le Français gagne la Syz Translémanique pour la 2e fois. Le lauréat du Vendée Globe 1992-1993 est toujours au top à 54 ans!

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Il faut de tout pour faire une course. Et si possible, un vainqueur qui a de la «gueule». Ça aide toujours quand le meilleur marin d’un jour n’est pas né du dernier coup de Joran. Alain Gautier est de cette trempe-là. Il est d’un temps que les moins de 20 ans feraient bien de connaître. Le temps des pionniers. Le temps des aventuriers qui ont dépucelé le globe en solitaire. Pas étonnant, donc, que le marin de 54 ans soit à son aise sur la Syz Translémanique en solitaire, l’une des grandes classiques lémanique de la saison.

Le Français a un CV long comme le bras. Sur une ou plusieurs coques, il a démontré depuis près de quarante ans une capacité d’adaptation et une propension à grimper sur les podiums largement au-dessus de la moyenne. En 1992-1993, il était entré dans la légende du Vendée Globe en gagnant la 2e édition, trois ans après une première tentative infructueuse (6e). La navigation en solitaire, ça le connaît. Il fallait bien qu’un jour, il démontre son savoir faire sur le lac Léman.

En 2013, il était venu, il avait vu et il avait vaincu. Rebelote cette année. C’est une nouvelle fois à la barre de Fujin, un magnifique Psaros 33, que le Breton a fait valoir son sens de la régate et sa capacité d’adaptation. Pour cette 43e édition, les 115 concurrents présents sur la ligne de départ en ont eu pour leur argent. On a longtemps cru que lunettes noires et crème solaire seraient les seuls atouts des solitaires sur ce lac davantage propice à la pratique du wakeboard qu’à la course en solo.

Et d’un coup, le vent…

De la pétole, du cagnard… Seuls les monocoques ultralégers (Psaros 33 et 40, Luthi F10) pouvaient profiter des rares risées pour s’extraire du peloton. Pour les autres, c’était vogue la galère. A 12 heures, le gros de la flotte était à la hauteur de Corsier! A Hermance, sur une terrasse, les premiers filets de perche frais du lac étaient servis. Le joli fumet venant chatouiller les narines des premiers régatiers et des suiveurs, prêts pour une longue, une très longue journée…

Mais le lac reste le lac. La vérité d’un instant n’est pas forcément la même que celle de l’instant d’après. Le vent est rentré, sud-ouest. Comme par magie. Des thermiques ont aussi proposé leurs services pour mettre fin aux sévices du soleil. Du coup, la course s’est accélérée à tous les étages. Au point d’en devenir passionnante jusque dans les ultimes secondes.

Un beau deuxième

«C’était une très belle régate, analysait Alain Gautier peu après le passage de la ligne d’arrivée, samedi soir. Outsider, et aussi Raijin de Patrick Girod, possédaient une belle avance mais je suis parvenu à revenir à la hauteur de la marque de Lutry. J’ai ensuite envoyé mon spi, mais je l’ai chaluté…! J’ai aussi eu un problème de bastaque, qui s’est détachée et aurait bien pu conduire à un démâtage. Lors des derniers kilomètres avant l’arrivée, le vent s’est levé jusqu’à vingt nœuds; c’était chaud!»

Régler des problèmes, continuer à avancer: c’est le lot des solitaires. Et ça, Alain Gautier sait faire. Son dauphin aussi, visiblement. Sur son Psaros 40, François Bopp a lui aussi connu son lot de mésaventures avec notamment un vit-de-mulet cassé qui lui a coûté la tête de la course au large d’Yvoire. «Je ne pouvais plus régler ma grand-voile, qui se gonflait à contre, a-t-il précisé. J’ai ensuite effectué un bricolage qui m’a permis de finir. Je termine deuxième derrière Alain Gautier (ndlr: et juste devant Lucien Cujean de retour sur le lac après les Jeux). Il y a pire, hein! ce n’est pas la honte.»

Il faut de tout pour faire une course. Un beau vainqueur et un deuxième qui ne l’est pas moins.


Alan Roura signe un retour aussi heureux que fou

La honte! Il le dit lui-même: «Avant la bouée de Lutry, je devais être 50 ou 60e au général, j’étais avec les Surprise, j’avais un peu honte! Et j’étais aussi bien démoralisé de croiser le groupe de tête en sortant de Thonon, qui redescendait déjà vers Genève. Ils avaient 25 kilomètres d’avance!»

Aventurier des mers, Alan Roura se souviendra longtemps de sa première Syz Translémanique. Le Genevois qui sera au départ du prochain Vendée Globe nourrissait quelques inquiétudes à la veille de la course. Invité par les organisateurs, le marin de 23 ans s’est retrouvé à la barre d’un Psaros 33, un bateau aussi performant que léger et complexe. Pas facile de prendre en main cette bombe de carbone surtoilée. Après un départ correct, sans plus, Alan Roura a très vite compris que dans des airs très légers, il risquait «de prendre cher et que tout ça ne serait pas terrible pour mon image!»

Sans se prendre au sérieux, Roura a aussi une certaine fierté. L’homme au parcours de vie atypique est davantage reconnu pour être un marin qu’un pur régatier. Largué, le vent est venu lui donner un petit coup de pouce alors qu’il n’y croyait plus vraiment… Il raconte: «Du sud-ouest est arrivé et j’ai attaqué. J’ai remonté bateau après bateau, j’ai tout donné jusqu’au bout. Et quand les premiers se sont plantés à la côte, je suis parti au milieu du lac, j’ai bénéficié d’un vent plus fort et plus constant et j’avançais environ 3 nœuds plus vite que tout le monde. A la tombée de la nuit, j’ai vu un feu de mât devant moi: c’était «Patoche» (ndlr: Patrick Girod sur «Raijin»). On avait les mêmes conditions, la même voilure. Quand le vent est monté un peu fort, avec des orages et des éclairs, j’ai senti le truc venir et j’ai changé de voile dans la foulée. J’ai remonté encore deux bateaux en passant en plein milieu, pleine balle. Ils n’ont pas réussi à me remonter. Je suis plutôt fier de moi. Autant au début, les gens se demandait ce qu’il faisait, le «petit jeune», mais après Lutry, une fois que j’ai vraiment bien apprivoisé le bateau, j’ai impressionné pas mal de monde, apparemment.»

Quatrième au général, 2e de sa classe: c’est un très beau bilan. De quoi faire parler de lui, de son projet, «Un Vendée pour la Suisse», et de ce budget qu’il peine à boucler. G.SZ (TDG)

Créé: 28.08.2016, 18h02

Une course mais des vainqueurs

Coup double de Pochelon Cédric Pochelon est l’autre grand gagnant de la Syz Translémanique en solitaire. A bord de «CER2 Genève Aéroport», il devance Alain Fallot (‹Escape›) et Valérie Savoy, la meilleure femme. Cédric Pochelon s’impose chez les Surprise, les plus représentés (35 concurrents). Mais il s’adjuge surtout le classement général au temps compensé (temps réel multiplié par un coefficient attribué à chaque bateau en fonction de ses caractéristiques). «J’étais 3e en 2014 et 2e l’an passé; c’était mon tour», raconte le régatier, qui compte aussi le Bol d’Or Mirabaud (2014) et les 5 Jours du Léman (2011) à son palmarès.

Junior Hier matin, c’est Arnaud Grange, membre du Sailing Team de la SNG, qui a remporté la 2e édition de la Junior Translem, course réservée aux régatiers de moins de 15 ans. Il conserve son titre acquis l’an passé. Bravo!

Les autres vainqueurs
Grand Surprise:
Bernard Vananty (‹Tixway›)

Toucan:
Pascal (‹Wetzet›)

TCF1:
Philippe Seguret (‹Pro Yachting›)

TCF2:
Nicolas Baudu (‹Eole 7›)

TCF3:
Didier Christe (Pacha)

TCF4:
Alain Hostettler (‹Nicolas›)

TCFX:
Alain Gautier (‹Fujin›)

G.SZ

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