Valentin Gautier: «Quand je suis seul en mer, je ne lâche rien»

Voile Vainqueur de la première étape de la Mini Transat, le marin genevois a marqué les esprits. Il revient sur son exploit.

Valentin Gautier est un battant. Il l’a prouvé sur la première étape de la Mini Transat.

Valentin Gautier est un battant. Il l’a prouvé sur la première étape de la Mini Transat. Image: Christophe Breschi

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«Adieuuuuuuu!» Pas de doute, Valentin Gautier est bien Genevois! Au bout du fil, sa signature vocale – qu’il met dans chacune de ses vidéos – résonne, teintée d’une joie encore toute fraîche. Le marin a remporté la première étape de la Mini Transat, la course qui ouvre les portes du large aux solitaires en herbe. Formé sur le lac, notamment au CER, il a ensuite pris le chemin de Lorient. Deux ans dans le pôle de performance Lorient Grand Large, une sorte d’université de la mer. En Bretagne, sur son Pogo3 Shaman-Banque du Léman, Valentin Gautier s’est fait un nom. Pour le prénom en revanche, c’est râpé. «Tout le monde m’appelle Adieuuuu et non plus Valentin!»

Adopté par ses pairs, Gautier perpétue la tradition de ces marins suisses qui ne nourrissent aucun complexe. Le résultat obtenu mercredi dernier n’en est que la plus éclatante des confirmations. Interview d’un homme heureux.

– Valentin Gautier, que fait un vainqueur de première étape de la Mini Transat après son retour sur terre?

– Il savoure… Quel plaisir, quel bonheur. Quelle fierté aussi. Sinon j’ai mis pas mal de monde à l’eau depuis mon arrivée. C’était un peu ma mission en fait, d’accueillir tous les concurrents qui arrivent les uns après les autres. J’ai aussi rangé et nettoyé le bateau. Il faut le bichonner, rincer les voiles. Je passe pas mal de temps sur les pontons à discuter avec les copains, à refaire la course quinze fois.

– Et ça donne quoi?

– Ben, ça donne que quand j’analyse mon parcours, je me dis que c’est vraiment pas trop mal! J’imagine que de l’extérieur, ça devait être intéressant à suivre. Moi, j’ai eu des problèmes électroniques et je n’avais pas le positionnement des autres. Je recevais juste les classements. C’est d’ailleurs en analysant un classement, un matin, que j’ai eu la confirmation que j’avais fait un bon choix tactique. En une nuit, j’ai gagné 5 ou 6 places en suivant une route directe tandis que le reste de la tête de la flotte tirait dans l’ouest.

– Ça a été l’option décisive?

– Ça l’est devenu au final, c’est vrai. Mais jusqu’au dernier matin, je ne savais pas si ça allait payer. Les derniers jours dans des tout petits airs, il a fallu être énormément dessus. Pour tirer le meilleur profit de la moindre risée. C’était assez lémanique cette fin de première étape. Et ça s’est aussi joué sur cette capacité à être performant dans le tout petit temps. Ce n’était pas ma force principale, a priori. Je suis donc assez rassuré sur ce plan-là.

– Ces problèmes électroniques vous ont isolé des autres…

– Et c’était peut-être pas plus mal. Je n’ai subi aucune influence. J’ai pris mes décisions et j’ai fait mes choix tactiques tout seul. Peut-être bien que cela m’a poussé à être encore meilleur.

– Et racontez-nous cette dernière journée de rêve…

– Quand j’apprends le mercredi matin que je suis premier avec plus de 10 milles d’avance, c’est l’explosion de joie à bord. Ça fait du bien. Ensuite, la journée se passe à merveille dans un vent de 10-12 nœuds, au reaching (ndlr: vent de travers) qui convient parfaitement à mon Shaman - Banque du Léman. Les derniers milles en direction de Las Palmas sont assez magiques. Du bonheur brut. L’arrivée se fait ensuite au coucher de soleil. En un mot parfait.

– La gestion de la navigation en solitaire, c’est vraiment votre truc, non?

– Je suis content, c’est vrai. Je n’ai pas eu de problème de nourriture ou de sommeil. J’ai essentiellement dormi par tranches de vingt minutes et je me suis mis dans le rythme assez rapidement. Je n’ai pas trop tiré sur la corde. J’ai eu une ou deux fois des hallucinations auditives. Chez moi, c’est le signe qu’il est temps de faire attention et de dormir. Il n’y a qu’une fois où je n’ai pas entendu le réveil sonner et que je suis resté endormi pendant quatre heures! Heureusement pour moi, c’était dans un vent stable, à une bonne allure, et tout s’est bien passé.

– On a vraiment le sentiment que la solitude vous va à merveille.

– Je suis bien en mer. J’aime décider et trouver des solutions. Sur cette étape, j’ai réussi à réparer une partie de mes problèmes d’électronique après avoir passé plus de sept heures au fond de mon bateau à tripatouiller des fils dans tous les sens. Quand j’ai rallumé le circuit et que j’ai vu que j’avais récupéré une bonne partie des fonctions dont j’avais absolument besoin, j’ai ressenti une joie très intense et une certaine fierté.

– Qu’avez-vous découvert sur vous-même?

– C’est plus une confirmation qu’une découverte, mais je suis un vrai compétiteur une fois en mer. J’ai vraiment la gnaque. Et chaque classement m’apportait son lot de motivation ou d’énervement. Je ne lâche rien.

– Même pas pour contempler l’horizon?

– Si, bien sûr. Je ne me lasse pas des paysages marins. Un soir m’a particulièrement marqué. Un coucher de soleil assez fou. Avec une lumière assez sombre qui faisait qu’on ne distinguait plus la ligne d’horizon. La mer et le ciel ne faisaient plus qu’un. C’était étrange, superbe. Presque vertigineux en fait. J’avais l’impression d’être en apesanteur.

– Vous êtes désormais bien de retour sur terre. Avec l’étiquette de favori?

(Il éclate de rire) Je ne sais pas. Pour les Français, les favoris sont toujours les Français! Plus sérieusement, je ne me pose pas dans cette perspective. J’aborde la traversée vers la Martinique pour me faire plaisir tout en donnant tout. Mais ma Mini Transat est déjà une réussite avec cette victoire sur cette première étape. Tout ce qui viendra en plus ne sera que du bonus.

– Quel est le programme jusqu’au 1er novembre, date du départ de la deuxième étape?

– Des escapades à vélo et puis me faire plaisir en mangeant des bons poissons grillés à la plancha.

(TDG)

Créé: 17.10.2017, 22h15

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