Quand la nouvelle saison rime avec privatisation

Football à la TVL’amateur de foot devra plus que jamais ouvrir son porte-monnaie pour voir les grands championnats et la Ligue des champions.

Mohamed Salah a marqué dès la première journée, samedi dernier, lors de la victoire 4-0 de Liverpool sur West Ham.

Mohamed Salah a marqué dès la première journée, samedi dernier, lors de la victoire 4-0 de Liverpool sur West Ham. Image: Keystone

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La Coupe du monde digérée, les regards des amateurs de football se tournent vers les différentes pelouses européennes. Le week-end dernier, la Premier League (Ang) et la Ligue 1 (Fra) ont mis fin à des semaines d’attente fébrile. Mais ces premiers matches ont aussi rappelé que regarder le football en direct tient parfois du parcours du combattant. Ou dépend de plus en plus du porte-monnaie. En Suisse, au coup d’envoi des plus prestigieuses compétitions de clubs du Vieux-Continent, le constat est sans appel: c’est Swisscom et Teleclub qui commandent.

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Il y a bien la Bundesliga (All), pour laquelle UPC et MySports possèdent un meilleur deal, et La Liga (Esp), accessible uniquement sur la plateforme Internet DAZN (qui retransmet également la Premier League). Mais pour le reste, force est de constater la domination de l’opérateur télécoms et de sa filiale de PayTV sur le marché, satellite et streaming illégal mis à part (voir infographie ci-dessus). Avec une grande nouveauté à laquelle le téléspectateur romand va devoir s’habituer: l’obtention des droits de retransmission de la Ligue des champions (pour trois saisons et contre 20 millions de francs par an).

Quand on sait que la programmation de la phase de groupes est sur le point de s’élargir (2 matches à 18 h 55 et 6 matches à 21 h, le mardi comme le mercredi), le coup est d’autant plus fort. Incapable de régater face à la puissance financière des opérateurs privés, non désireux d’entrer dans la surenchère, le service public (SRG SSR) devra se contenter d’une seule rencontre par semaine: l’une des parties du mercredi, à choix, mais selon un choix effectué en commun par la RTS, la SRF et la RSI, dont les intérêts ont tendance à diverger quand un club suisse n’est pas engagé.

La finale? Prévue le samedi 1er juin 2019, elle est réservée à Teleclub. Inutile de tenter de zapper parmi votre liste de chaînes publiques étrangères. RMC Sport, Sky Sports, BT Sport, Telefonica… Personne en Europe ne semble en mesure de résister à la privatisation du sport, plus particulièrement du foot et de la Ligue des champions.

Opération séduction

Concrètement, Swisscom TV proposera à ses clients – via son bouquet sport (19 fr. 90/mois) ou son système de pay-per-view (dès 5 fr. l’événement) – l’ensemble des matches de la compétition dès les barrages de fin août. Avec des émissions spéciales, des consultants «de luxe» ainsi que des commentaires en français pour six des huit rencontres potentiellement à l’affiche lors de certaines soirées.

Passé maître dans l’art d’utiliser le sport comme produit d’appel, le géant diffusera par ailleurs 9 matches de la Ligue des champions – 8 fois le mardi à 18 h 55 plus la finale – sur sa nouvelle chaîne «gratuite», Teleclub Zoom. Une opération séduction. Un moyen de vendre des boxes (la chaîne étant réservée aux abonnés de base de Swisscom TV) et donc des raccordements Internet, voire de la téléphonie. Mais aussi une façon d’attirer le téléspectateur vers son offre sportive plus globale, disponible dans un bouquet ou en pay-per-view.

Un casse-tête

Ajoutez l’Europa League, les championnats de Suisse, de Belgique, d’Écosse ou des Pays-Bas et vous obtenez un sacré éventail pour fan de football. Un panel néanmoins incomplet pour les nombreux amateurs de ballon rond et de rondelle à la fois. Car depuis une saison et pour quatre ans encore, les droits exclusifs du championnat de Suisse de hockey sur glace sont la propriété d’UPC.

Le casse-tête prendra toute son ampleur fin septembre, lorsque la phase de groupes de la Ligue des champions et la National League auront commencé. Teleclub et MySports n’ayant a priori pas l’intention de négocier un quelconque accord de partage, pour tout voir, il faudra deux boxes et autant d’abonnements. Reste à voir si le consommateur est prêt à payer. (TDG)

Créé: 13.08.2018, 22h34

Commentaire

Patrick Oberli
Responsable Sports




Prisonniers



On avait l’habitude d’être privilégiés. Du coup, personne n’a réagi quand la bête a grandi. Désormais, il est trop tard. La machine est lancée et toutes les jérémiades n’y changeront rien. Pour voir le sport que l’on aime,
il faudra payer. Un retour en arrière est impensable.

Pour les amateurs suisses de football, la saison 2018-2019 marquera un tournant. Ce sera celle de l’entrée frontale dans le monde de la facture qui gonfle à chaque pulsion. Les quelques miettes accessibles à tous ne feront qu’accentuer le manque. Prisonniers d’un système, les fans vont mesurer la valeur d’une liberté perdue.

Pour la retrouver, la seule option sera de débroussailler des chemins de traverse, quitte à flirter avec l’illégalité. L’explosion du «streaming» et des «bidouillages» pour contourner les blocages montrent que le mouvement est déjà bien réel. Mais la «combine» ne profitera qu’à une minorité, ceux qui savent. Les autres seront contraints d’assumer leur statut de vaches à lait. À moins de consommer autrement, en partageant les frais par des diffusions collectives, en s’enflammant pour d’autres sports ou, simplement, en envisageant un sevrage total. Mais là, on demande l’impossible et les opérateurs le savent mieux que personne.

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