Philippe Bozon ne fera aucun cadeau à son fils

Hockey sur glaceDésormais sélectionneur de l’équipe de France, l’ex-No 12 des Vernets va coacher son rejeton. Comme ses autres joueurs…

Chez les Bozon, il y a une grosse complicité. Père exigeant, Philippe sait aussi lâcher la pression comme quand il avait été honoré aux Vernets alors que son fils, Tim, jouait à Kloten.

Chez les Bozon, il y a une grosse complicité. Père exigeant, Philippe sait aussi lâcher la pression comme quand il avait été honoré aux Vernets alors que son fils, Tim, jouait à Kloten. Image: ERIC LAFARGUE

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Quand il était môme, il avait déjà été coaché par son père, qui se comportait d’ailleurs plus comme un entraîneur qu’un papa gâteau. Philippe Bozon, désormais sélectionneur de l’équipe de France, n’a jamais fait de cadeau à son fils, même s’il l’adore: il l’a «construit» à son image, comme un montagnard. «J’ai été élevé dans cet esprit de compétition où tu n’as plus d’ami sur la glace. Il est même arrivé qu’on se crie dessus et qu’on se batte», avouait la saison dernière Tim, quelques jours avant que Ge/Servette ne hisse le maillot No 12 de son père au mur des Vernets. «Mais aujourd’hui on a tous les deux évolué, explique l’attaquant des Grenat. On s’appelle, ou on s’envoie régulièrement des messages, ou il me félicite pour un match…»

Là, les deux Bozon, père et fils, vont donc se retrouver avec cet esprit de gagneur cette semaine – avec les deux autres Servettiens Floran Douay et Eliot Berthon – dans la sélection française en Biélorussie, où les Tricolores affronteront également la Lettonie et la Slovénie.

Qu’est-ce que cela fait d’être coaché par son père? Ou de diriger son fils?
Tim: C’est un peu différent, après on reste tous les deux des professionnels. On a déjà connu cette expérience quand j’étais jeune. Cela nous avait permis de nous ajuster. Là, dans un contexte pro, on essaie de l’être l’un envers l’autre et de faire comme si j’étais un joueur comme les autres. Lui pareil.
Philippe: Cela nous était déjà arrivé en junior, Tim est un joueur comme les autres!

Existe-t-il un risque de tirer profit de la situation?
Tim: Non, on n’est pas comme ça. Je ne suis pas un profiteur. Pour moi, c’est comme s’il était coach à Genève ou ailleurs. Je dois gagner ma place, par respect pour les autres dans l’équipe. Ce qui m’importe, c’est de tenter de retrouver le chemin des filets et la confiance avant deux gros déplacements avec Ge/Servette la semaine prochaine.
Philippe: Non, il sait qu’il n’aura pas de cadeau de ma part, il me connaît. Ce sera peut-être même plus dur pour lui. Maintenant, il y aura moins de mesquinerie dans le groupe qu’à l’époque des juniors. Cela n’a rien à voir avec les adultes. Au-delà de l’anecdote, je suis content de le voir car on n’a pas trop l’occasion de se croiser durant la saison. Que ce soit lui ou moi, on a chacun un boulot à effectuer sur la glace ou en dehors pour préparer l’équipe. Après, je parle à tout le monde individuellement. Avec Tim, on échangera aussi sur son début de saison et ce que j’attends de lui avec nous.

N’aurez-vous pas tendance à vouloir en faire plus pour lui? Et lui vous en demander plus?
Tim: Même s’il y aura toujours des commentaires pour dire que je dois être meilleur ou en faire plus, il me connaît assez, il voit mes matches. Pourquoi en ferais-je plus?
Philippe: Aujourd’hui, il a une grosse frustration parce qu’il ne marque pas, mais j’ai vu un vrai changement de comportement chez lui. S’il continue ainsi il sera sur la bonne voie. J’ai d’ailleurs plutôt aimé ce que j’ai vu de lui depuis septembre, d’autant plus qu’un coach n’est pas tout le temps focalisé uniquement sur les performances offensives.

Et demander des faveurs, de jouer dans une ligne plutôt qu’une autre?
Tim: Non, je ne le ferai jamais. J’ai horreur que des joueurs le fassent dans des clubs. C’est au coach de décider avec qui on va jouer. Si tu es pro, tu dois être capable d’évoluer avec tout le monde.
Philippe: Non, on se connaît tellement que ce n’est pas le genre de la maison. Mais c’est finalement les autres qui vont plutôt épier notre relation pour déceler ou pas des passe-droits.

Avez-vous peur des remarques des autres?
Tim: Il y en aura sûrement, mais je m’en moque un peu. Depuis cinq à six ans, j’ai entendu beaucoup de choses. Mais ce n’est pas un truc qui m’affecte, sinon j’aurais déjà arrêté le hockey. Chaque personne a le droit d’avoir des opinions, si cela est fait dans le respect. Sinon ce que pensent les autres, je m’en fiche.
Philippe: À un moment donné, je vais effectuer des choix et il y aura forcément des joueurs déçus.

On connaît le caractère fort de Chris McSorley. Et celui de Philippe?
Tim: Il est vrai que les deux aiment s’exprimer pour bien se faire comprendre. Ce qui est certain, c’est que mon père est un gagneur, il nous motivera en élevant la voix. Mais il n’y aura ni cri ni insulte, que du respect.
Philippe: Je n’ai pas forcément un caractère facile, je reste un montagnard qui aime gagner. Avec moi, il faut souvent essayer de gratter sous la carapace. Je ne suis ni quelqu’un qui se met en avant, ni hypercommunicatif au premier abord, mais quand je connais les gens, je suis très ouvert. Comme je connais mes lacunes, j’ai un staff technique qui compense.

Le fils ne porte pas le No 12 comme son père, mais le No 94.
Tim: Quelqu’un avait pris le No 12 avant moi, mais c’est surtout le numéro de papa et de la famille. Le No 94 ne me dérange pas, c’est mon année de naissance.
Philippe: Il paraît que le 12 était trop lourd à porter! Plus jeune, Tim a essayé de prendre ce numéro mais, pour lui, finalement c’était bien de changer…

(nxp)

Créé: 07.11.2018, 09h00

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