«Nous avons déjà vendu tous les billets pour l’E-Prix de Zurich»

Formule EPatron de la Formule E depuis sa création en 2014, Alejandro Agag a présenté à Genève la version 2.0 de ses voitures. Il parle aussi de l’avenir du circuit électrique.

«Il ne faut surtout pas que la Formule E devienne trop élitiste, trop clinique», souligne Alejandro Agag, le directeur du championnat électrique.

«Il ne faut surtout pas que la Formule E devienne trop élitiste, trop clinique», souligne Alejandro Agag, le directeur du championnat électrique. Image: KEYSTONE/SIGGI BUCHER

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Au dernier Salon de l’auto de Genève, Alejandro Agag n’a pas perdu de temps. Aux côtés de Jean-Claude Biver, CEO de la marque TAG Heuer, le directeur de la Formule E a d’abord annoncé la prolongation «pour plusieurs années» du contrat de partenariat entre l’horloger de La Chaux-de-Fonds et le championnat de Formule électrique, créé en 2014 par la FIA. Il a également dévoilé la version 2.0 de ses Formule E. Un bolide qu’il a présenté personnellement au prince Albert II de Monaco. Le message: «L’autonomie ayant doublé, le pilote n’aura plus besoin de changer de bolide à la mi-course. De plus, la puissance augmente de 20%.»

Il y a quatre ans, quand la première course a eu lieu à Pékin, peu de gens croyaient au succès de la Formule E. Où en êtes-vous aujourd’hui?
Le bilan est 100% positif. Je dirais même que nous sommes au-delà des prévisions les plus optimistes. D’abord, nous avons survécu, ce qui n’était pas donné d’avance. Nous avons même été à deux doigts de disparaître. La première année a été très difficile du point de vue financier. Tout a changé au milieu de la première saison, quand Liberty Global et Discovery sont arrivés comme actionnaires. Leur investissement a donné un message très fort au monde de l’automobile. La Formule E devenait d’un seul coup un projet à long terme et, depuis, l’effet boule de neige s’est poursuivi.

Renault (E.Dams) et Audi (avec Abt) ont été les premiers à s’investir dans cette compétition. Mercedes, Porsche et BMW ont annoncé leur arrivée à l’horizon 2019. Cela vous a-t-il apporté de la légitimité?
Énormément. Sans oublier Jaguar, Mahindra et Nissan qui remplacera bientôt Renault. C’est important, car ce sont ces marques qui ont les plus gros budgets de développement dans ces technologies. Ce sont elles qui vont investir dans l’amélioration de la voiture électrique. C’est ce qu’on recherche avant tout dans la Formule E.

Pour quand une Ferrari électrique sur la ligne de départ?
J’adorerais ça. Sergio Marchionne (ndlr: président de Ferrari) a déclaré, à Genève, que l’écurie réfléchissait à la question et qu’elle n’était pas encore prête. Mais ça arrivera, j’en suis certain.

Au cours de ces quatre ans, vous avez également eu des difficultés à trouver des villes capables d’accueillir ces courses. Pourquoi?
Le plus gros défi pour nous, c’est justement de courir dans les villes. On fait totalement partie de la vie de certaines d’entre elles et ça fonctionne à merveille. Il y en a d’autres, par contre, qui nous ont mis à la porte. Montréal est un bon exemple. Le maire a changé et il a défait tout ce que son prédécesseur avait construit. À Paris, en revanche, nos rapports avec les responsables locaux sont excellents. Nous cherchons à y laisser un héritage. Ainsi, en 2017, nous avons offert un générateur non polluant et avons apporté des idées pour améliorer l’éclairage urbain. On veut devenir de vrais partenaires.

N’est-il pas paradoxal que les villes, censées chercher des solutions pour réduire leurs émissions de CO2, soient aussi réticentes à organiser des E-Prix dans leurs rues?
La raison est souvent politique. Il peut aussi y avoir des craintes, en amont, concernant la lourdeur de nos infrastructures. Mais une fois en place, les gens voient que le trafic n’est pas aussi compliqué que prévu et que les accès aux parkings sont possibles entre les manches. Rien ne s’arrête vraiment pendant un E-Prix.

La Formule E sera présente pour la première fois en Suisse, le 10 juin à Zurich…
C’est énorme! Le pays a modifié ses lois dans le but de pouvoir accueillir cet E-Prix. On ne peut toujours pas organiser d’autres courses en Suisse (ndlr: les épreuves automobiles en circuit fermé sont interdites en Suisse depuis 1955 et la tragédie des 24 Heures du Mans). Cela sera une journée historique. Nous avons du reste déjà vendu tous les billets. Il n’y a plus une seule place de libre.

L’organisation sera délicate, puisqu’il s’agira de recouvrir les rails du tram pour garantir la sécurité des pilotes.
(Il coupe) On ne le fait plus. Nous avons discuté de cette problématique avec Michelin, et on nous a répondu que c’était possible de courir sans recouvrir les rails. Cela sera bien sûr compliqué pour les pilotes, mais c’est ça la course automobile (sourire).

Il y a eu quand même quelques oppositions à Zurich, non?
Une seule personne. Les villes souffrent parfois de la dictature de la minorité. Ce n’est jamais la majorité qui les gouverne. Il suffit d’une plainte d’un résident et c’est la fin du monde. À Londres, un petit groupe de personnes s’est inquiété, devant un juge, de l’impact que pourrait avoir notre événement sur un parc au cœur de la ville. Résultat: la course s’est déroulée en 2015, puis nous avons trouvé un accord avec la Ville. Nous ne sommes pourtant plus jamais revenus, alors que, selon un sondage, plus de 90% des gens étaient favorables à la Formule E.

Il y a eu plusieurs projets en Suisse: Lausanne, Lugano, etc. Cet E-Prix sera-t-il un rendez-vous régulier pour le public helvétique?
Je l’espère. Mais, franchement, je n’en sais rien. Ce sera certainement comme à Paris: on regarde comment cela se passe et après, on continue… ou pas.

Dès le début, vous avez voulu un concept populaire, avec des pilotes plus accessibles qu’en F1, un village des sponsors interactif et familial. C’est important pour vous?
Absolument. Tous les grands constructeurs tiennent à conserver ce concept. Il ne faut surtout pas que la Formule E devienne trop élitiste, trop clinique.

Qu’est-ce qui vous permettrait de passer un cap supplémentaire?
Nous devons augmenter les audiences. Nous sommes très forts sur les réseaux sociaux, mais, pour l’instant, notre audience totale se limite à 20 millions de personnes par course. Il faudrait doubler ce chiffre. Il n’y a pas de miracle: la Formule E a besoin de temps pour être plus connue. N’oublions pas que la F1 existe depuis près de 70 ans. Nous, nous n’avons que quatre ans d’existence. (TDG)

Créé: 10.04.2018, 19h55

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