Michelle Heimberg et Jonathan Suckow, la paire qui fait florès

PlongeonLeur médaille européenne ravit l’Argovienne et laisse le Genevois de bronze. Pour lui, l’essentiel est ailleurs.

Michelle Heimberg et Jonathan Suckow ont su faire fi d’une préparation écourtée. Après leur 8e place aux Mondiaux 2017 et leur 5e rang aux Européens 2018, ils ont encore fait un saut de qualité. «Ah! si le plongeon synchronisé pouvait être olympique en 2024 à Paris», s’exclame leur coach, Christiane Favia.

Michelle Heimberg et Jonathan Suckow ont su faire fi d’une préparation écourtée. Après leur 8e place aux Mondiaux 2017 et leur 5e rang aux Européens 2018, ils ont encore fait un saut de qualité. «Ah! si le plongeon synchronisé pouvait être olympique en 2024 à Paris», s’exclame leur coach, Christiane Favia. Image: DR

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Son talent éclaboussant n’a jamais été pour lui une source logorrhéique. Il y a six ans, alors qu’il venait de remporter le premier de ses deux titres de champion d’Europe junior, Jonathan Suckow (20 ans) exprimait au compte-gouttes ses états d’âme. Le prodige de Genève Natation avait alors la grâce mutique et des silences éloquents. Aujourd’hui, de retour des Européens de Kiev où il s’est paré de bronze en compagnie de sa partenaire de club Michelle Heimberg, les mots ne sont certes plus une torture mais parler de lui reste un supplice. «Je déteste ça, affirme-t-il. Il y a là un projet de vanité que je ne conçois pas.»

C’est l’étudiant de la prestigieuse Columbia University qui s’exprime. Voilà deux ans qu’il y bûche l’économie et la philosophie. Un choix de vie, rendu possible grâce à la Fondation Wilsdorf, au Team Genève et à d’autres soutiens précieux; une priorité absolue malgré les sacrifices et le stress qu’elle impose au bachelier. «À Manhattan, le campus est une île de laquelle on ne s’échappe guère. C’est autant une métaphore usuelle qu’une réalité. En sortir, c’est perdre son temps», confie le plongeur genevois. Là-bas, quand il ne potasse pas, il part en vrille et en immersion. Son entraîneur new-yorkais, Scott Donie, est un ancien médaillé olympique à Barcelone. Mais c’est bien Christiane Favia, sa coach de toujours, figure de l’ombre et femme orchestre, qui continue de le guider à distance.

Le goût de l’esthétisme

Jon et Chris, c’est une belle l’histoire, la rencontre d’un surdoué et d’une passionnée. Ces deux-là entretiennent une relation fusionnelle. Ce n’est pas un océan et une génération qui vont les séparer! Il y a entre eux de la complicité et du respect, de l’admiration mutuelle et des rires, parfois des mots qui grincent et qui claquent. Car aujourd’hui, l’élève sage cause et parfois explose! «Tant mieux, pour bien plonger, il faut savoir se délester», dit-elle. Au printemps, à la fin de l’année universitaire, leurs retrouvailles à Varembé signifient pour eux le début du travail. «Tant mieux, je ne supporte pas les vacances. Plonger, ça me relaxe, même si Chris en veut toujours plus», sourit Jonathan Suckow. Entre deux séances d’entraînement, le studieux dévore un bouquin pour rester à la page.

Depuis ses exploits de jeunesse, frappés du sceau de l’élégance et du culot, le Genevois a progressé sans faute de style. «De façon stable et régulière», dit-il. Le corps qui change, sans excès de fonte, et l’esprit qui se renforce au fil des expériences. «Il a fait preuve de ténacité, mentalement il est solide. Car depuis son départ à New York, il privilégie les études. La première année, elles l’ont même épuisé. Il a dû s’accrocher. Voilà pourquoi il n’a pas pu hausser la difficulté technique de ses programmes. Mais il a toujours eu la même exigence de qualité, le goût de l’esthétisme», note l’ancienne plongeuse, novatrice dans son envie d’«amener la danse classique sur la planche».

Son retour sur le podium européen (le premier en élite) et ses deux septièmes places en solo (1 m et 3 m) démontrent, s’il le fallait, la formidable capacité d’adaptation du voltigeur genevois. Avec Michelle Heimberg, ils forment une paire performante qui compense son manque d’entraînement commun par une belle harmonie. «Une vraie synergie, intuitive, qui nous fait accepter les erreurs et les critiques de l’autre», se félicite Jonathan Suckow. Quant à sa médaille, elle le laisse plutôt de bronze. «Ça a bien marché, voilà tout», se borne-t-il à dire. Le jeune sportif tranche dans un univers gouverné par l’appât de la victoire. «L’être humain n’est pas fait pour gagner. L’essentiel est ailleurs, dans le partage, l’amitié. Ceux qui ne pensent qu’à gagner sont misérables», philosophe-t-il.

Année sabbatique à l'Uni!

Même si le plongeon synchro ne sera pas olympique à Tokyo et même si les JO n’éveillent pas en lui un «ardent désir» - «ce n’est qu’un jeu…» - le Genevois a tout de même décidé de prendre une année sabbatique pour se consacrer pleinement à son sport et «finir ce que j’ai commencé». Cela ne l’a toutefois pas empêché de s’inscrire en lettres à l’Université de Genève…

Créé: 13.08.2019, 18h11

Michelle Heimberg et le bonheur du partage

Elle est rentrée avec la banane et cela s’entend au bout du fil. Plus que Jonathan, son partenaire de club, Michelle Heimberg (19 ans) a la culture de la gagne. Depuis sa reconversion et sa collaboration avec Christiane Favia, l’ancienne gymnaste a fait du tremplin un podium! Mais depuis 2017 et sa fantastique médaille d’argent élite aux 3 mètres, elle ne l’avait plus escaladé sur le plan international. Opiniâtre, elle a pris de la bouteille et ne s’est pas découragée. Jusqu’à ce qu’une otite tenace lui plombe le moral cet été. À l’eau le concours de synchro aux Mondiaux de Gwangju, coulés ses espoirs de finale en solo malgré toute sa bonne volonté. «Mentalement, ça a été dur. C’était la première fois que ma santé me jouait un tour pareil. Heureusement, avec Jonathan, on ne s’est pas désuni. À Kiev, en dépit d’une très courte préparation, on a pu faire valoir notre esprit de corps. Cette médaille, c’est un gage pour le futur, on a encore une belle marge de progression. Et puis, quel bonheur de la partager à deux.» Créditée de bons résultats individuels (5e aux 3 mètres, 7e à 1 mètre), l’Argovienne est certaine que la qualification olympique est à sa portée. Verdict en avril à Tokyo où un Top 18 prolongerait son visa pour le Japon. P. B.

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