Marc Rosset: «Federer était cramé mentalement»

TennisAprès avoir suivi l'entier du Masters à Londres, le Genevois analyse la compétition et le semi-échec du Bâlois. Instructif!

Roger Federer. Il a, selon Marc Rosset, vécu un Masters en étant épuisé.

Roger Federer. Il a, selon Marc Rosset, vécu un Masters en étant épuisé. Image: Keystone

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Avant de prendre le chemin de Genève ce lundi après-midi après dix jours passés à Londres en qualité de consultant de la RTS, Marc Rosset a bien voulu revenir sur cette fin de saison et sur un Masters qui aura manqué de piquant. Champion olympique en 1992, le Genevois n’y va pas de main-morte. Il dit ses vérités. Et comme très souvent avec lui, c’est instructif !

– Marc Rosset, ce Masters 2017 a laissé le public sur sa faim. Les déceptions sont nombreuses, surtout au niveau de l’état d’esprit affiché…

– Ah oui, très clairement. Je commencerai par citer Alexander Zverev, lequel a par exemple fait montre de lacunes criantes en coup droit. Le fait qu’il ait un peu «mouillé» lors de son troisième match de poule contre Jack Sock était également accablant. A 20 ans, quand tu as une demi-finale de Masters qui te tend les bras comme c’était le cas, normalement tu as cette insouciance qui doit te pousser à aller chercher le truc. Mais non, il ne l’a pas fait!

– Ce n’est pas le seul…

– Non, effectivement. Dominic Thiem a été une plus grande déception encore. Franchement, sur l’année écoulée, je n’ai pas constaté le moindre demi-progrès dans son tennis. Autant il existe des joueurs qui n’étaient pas très spectaculaires, mais qui progressaient, autant lui je ne vois rien. Prenez Milos Raonic. Tout à côté, il y avait un mieux en retours, puis une nouvelle stabilité en revers. On sentait une amélioration, on sentait que le mec avait travaillé sur certains secteurs de jeu. Mais cela ne semble a priori pas être le cas pour l’Autrichien! Thiem, sur son dernier match, je l’ai même trouvé honteux!

– On a le sentiment que Londres a accouché cette année de l’un des Masters les plus faibles de la décennie…

– Alors là, je ne suis pas tout à fait d’accord. Il y a tout de même eu quelques matches intéressants cette semaine, non? Si je me souviens bien, il y a trois ans, il y avait sept ou huit matches avec des 6-1, 6-2, des scores du genre; des rencontres bâchées en 55 minutes et qui n’avaient ressemblé à rien. A dire vrai, le Masters, ces dernières années, n’a jamais atteint des sommets. Depuis 2012, on compte sur les doigts d’une main les grands matches; Raonic-Murray l’an dernier, Wawrinka-Federer en 2014… Alors non, on ne peut pas dire que le tournoi a été plus mauvais cet automne que le précédent. Mais il est clair qu’en l’absence d’Andy Murray, de Novak Djokovic ou encore de Stan Wawrinka, cette édition a été en manque de stars. Et les joueurs qui les ont remplacés faisant face à un véritable déficit de popularité aux yeux du grand public, les impressions peuvent être trompeuses.

– C’est-à-dire…

– C’est-à-dire que lorsque tu as un mauvais match entre Thiem et Carreno Busta, qui sont des mecs avec un gros déficit de notoriété, le grand public aura davantage tendance à trouver le spectacle pourri que si tu as exactement la même rencontre entre Nishikori et Murray. On se dira alors «OK, c’était pas un grand match, mais c’était quand même Nishikori et Murray…». Donc ça passe un mieux car ce sont deux mecs beaucoup plus connus.

– On en vient presque à regretter les absences de Kei Nishikori et Milos Raonic, qui n’ont pourtant pas toujours brillé au Masters…

– C’est vrai. Mais si on les a parfois critiqués, ils restent loin de ce qu’ont présenté Marin Cilic et autre Dominic Thiem! Ces deux-là, quand leur façon de jouer ne fonctionne pas, ils n’ont pas de plan B, pas de plan C et ça me fatigue. Par exemple, un Murray qui joue mal, il essayera autre chose. Thiem, lui, se prend 4 et 1 (ndlr: 6-4, 6-1 contre Goffin) et il continue de faire n’importe quoi. Il doit par exemple sauver une balle de break et il va faire une demi-volée à 100 000 km/h en revers en croyant qu’il peut la mettre dans le terrain. Dans son tennis, rien n’a changé au cours de ce match. C’est lassant! Alors que tous les grands joueurs ont su faire évoluer leur jeu. Prenez Novak Djokovic, prenez Andy Murray, prenez Stan Wawrinka…! Ce n’est pas pour rien s’ils ont fini par remporter plusieurs titres du Grand Chelem. Même Rafael Nadal qui entre sa première finale à Roland et celle de cette année a gagné 3 mètres 50 dans le terrain.. Eux ont eu l’envie, une réelle motivation de faire progresser leur tennis. En cherchant toujours autre chose au cas où leur tactique ne marchait pas. Oui, tu as le droit de mal jouer, oui tu as le droit d’avoir un jour sans, oui tu as le droit de perdre, mais il faut au moins montrer que tu tentes quelque chose d’autre!

– Reste que l’on ne va pas que broyer du noir. Il y a aussi eu du positif dans ce Masters…

– Bien sûr! Au rayon des bonnes surprises, je mettrai évidemment Jack Sock, parce que personne ne l’aurait imaginé faire ce qu’il a fait. Au contraire, tout le monde pensait qu’il allait être le maillon faible de ce tournoi, mais il se retrouve en demi-finales aux portes même de la finale.

– Avec son gros coup droit mais ses limites en revers, il donne presque l’impression que Marc Rosset aurait pu faire une demie de Masters…

(il se marre) Mais Jack Sock est mon fils caché! Plus sérieusement, l’Américain m’a fait marrer cette semaine, car il a clairement amené quelque chose de positif à ce rendez-vous. Il faisait deux services-volées, puis une amortie avant de balancer des immenses coups droits, etc. Il a réussi, avec ses armes, à faire déjouer les autres. Sock a joué son tournoi à fond et c’était génial à suivre.

– Finalistes, Grigor Dimitrov et David Goffin ont aussi réussi leur semaine…

– Ça c’est clair! De tout ce Masters, le Bulgare est le mec que j’ai trouvé le plus frais physiquement, et de loin. En le regardant, tu avais l’impression qu’il était en début d’année. Quant au Belge, il a signé un match magnifique contre Rodg. Et il m’a surpris. Je le connaissais bien sûr, je savais ce qu’il valait, mais avant sa demie, je disais qu’il allait lui falloir travailler encore un peu le haut du corps pour gagner en musculation et franchir un palier. Eh bien samedi, Goffin m’a cloué le bec en tapant du fond de court de manière phénoménale. C’est une très bonne surprise. Hélas, dans ce tournoi, il y avait aussi un Marin Cilic, qui nous a fait… du Cilic, c’est-à-dire presque du Berdych…

– Ça ne vous plaît pas…

– Disons qu’avec lui, tu sais que sur une balle de break il va mettre son revers dans le couloir. Tu sais qu’à 4-4, il va ajuster par deux fois la bande du filet, etc. Il a pris un coach comme Jonas Bjoerkman afin de faire évoluer son jeu vers l’avant, mais j’ai l’impression qu’il est moins offensif, moins agressif, depuis qu’il est avec! Voilà… Je suis peut-être dur dans ma manière d’analyser les choses, parce que ça reste globalement d’excellentes joueurs, mais j’exprime ici mes déceptions. Car il ne faut pas s’étonner que des mecs arrivent à gagner des titres du Grand Chelem et d’autres non. Certains font «l’effort de…» et d’autres, tu te demandes s’ils ne se trouvent pas assez bien là où ils sont, dans leur petite zone de confort.

– Des quatre néophytes, lequel a selon vous la plus grosse marge de progression?

– Alexander Zverev, en tout cas, en a une énorme, c’est certain. Avec lui, il y a notamment un très gros travail à faire côté coup droit. Il prend la balle beaucoup trop tard. Il a en outre beaucoup de choses à améliorer, physiquement déjà parce qu’on voit qu’en Grand Chelem il n’y arrive pas. Quant à Goffin, s’il se met à jouer d’une manière plus agressive comme il l’a fait samedi avec de vraies prises de risque, je le vois encore progresser. Après, Dominic Thiem aussi pourrait progresser, mais ce n’est pas en jouant 26 tournois dans l’année, en allant encore à Istanbul avant Wimbledon, qu’il y arrivera. Sa progression passera par une autre programmation, axée notamment sur les 13 plus gros tournois. Avec des périodes d’entraînement et un désir de prendre la balle plus tôt côté revers. Il doit cesser de reculer à chaque fois.

– Enfin, un mot sur le semi-échec de Roger Federer…

– Je crois que Roger est arrivé à ce Masters très fatigué mentalement. Avec lui, il ne faut pas seulement parler des douze mois écoulés, pas seulement parler de cette saison. Pour revenir au début de la trajectoire qui l’a mené ici, il faut davantage remonter à Wimbledon 2016, au moment où il se blesse. Tout s’est enchaîné depuis: l’opération, la rééducation, le doute, le retour au jeu, puis la quête de deux titres du Grand Chelem, de trois Masters 1000, etc. Ce sont des émotions anormales. Et cela faisait combien de temps qu’il n’avait pas remporté deux majeurs dans une saison (ndlr: depuis la saison 2009)? A 36 ans, tout cela puise beaucoup d’énergie sur le plan émotionnel. Cette année a, pour lui, été lourde, chargée. On a d’ailleurs vu Roger pester comme jamais sur son tennis cette semaine. On sentait qu’il n’était pas content. Et pour finir, il a joué samedi contre un Goffin qui a sorti le match de sa vie. Federer est déçu bien sûr, car il se dit que cela aurait été sympa de gagner le Masters, mais je ne pense pas qu’il a quitté Londres plus abattu que cela. Mentalement, il était tout simplement cramé. (TDG)

Créé: 19.11.2017, 20h14

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