Lea Sprunger est aux anges. Son titre ne tombe pas du ciel

AthlétismeLa Nyonnaise a relevé son défi en s’imposant en finale du 400 m haies. Une consécration méritée pour une championne en or.

Victorieuse du 400 m haies, Lea Sprunger est devenue la septième championne d’Europe helvétique de l’histoire.

Victorieuse du 400 m haies, Lea Sprunger est devenue la septième championne d’Europe helvétique de l’histoire. Image: Keystone

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Elle l’a fait, en grand, avec le cœur, les tripes et la manière. Lea Sprunger est championne d’Europe du 400 m haies et justice est rendue à cette athlète opiniâtre et attachante qui a su apprendre de ses insuccès et chasser ses vieux démons. «Si Lea accomplit ce qu’elle sait faire, je ne vois pas qui peut la priver du titre», avait affirmé Laurent Meuwly. Dans la bouche du coach fribourgeois, c’était bien plus une conviction qu’une prémonition.

Il savait. Il avait vu la métamorphose, les efforts consentis, les progrès réalisés. Cela fait si longtemps qu’il côtoie la Nyonnaise, qu’il l’accompagne et la guide. Dix saisons de complicité, de déprime, d’espoirs fous, de semonce, de réconfort et de dialogues passionnées. Et puis, divine récompense, cette consécration qui ne tombe pas du ciel, qui éclate comme une évidence. Lea Sprunger est aux anges, elle hurle sa joie mais son bonheur est intérieur. Il vient de si loin. Elle essuie une larme. Elle se laisse submerger par les vivats du public, par ses drapeaux qui lui ont «donné un supplément d’énergie».

Avant de l’emporter en 54’’33, avant de jubiler, la Vaudoise a réussi la course presque parfaite. Maîtrisée techniquement, aboutie tactiquement, domptée mentalement. Ce n’était peut-être pas la course de sa vie, car, c’est certain, elle est encore à venir. Mais mieux, ce soir-là, ce n’était pas possible!

Pour dominer toutes ses rivales, la 5e des Mondiaux de Londres a su d’emblée se mettre sur la bonne orbite et ne pas quitter sa ligne de conduite. Des passages de haies propres, un rythme soutenu et ce sentiment que rien, cette fois, ne peut lui mettre des bâtons dans les roues. Pas même la menace d’Anna Ryzhykova, qui cavale derrière elle? Non, elle a quand même eu un peu peur. La peur de gagner ou celle de tout perdre! «Je me suis mis toute seule sous pression. J’étais un peu prise par l’adrénaline au départ. Je suis pourtant restée calme. Mais j’ai un peu paniqué sur la dixième haie quand j’ai vu que j’étais en tête», dira-t-elle, à tête reposée.

En fait, ses esprits restent tourneboulés. Elle rit, elle se prend la tête. «C’est fou, je n’arrive pas à réaliser, dit-elle. Ça fait du bien.» Et puis, elle se raconte. Ses crève-cœurs, ses doutes, les obstacles qu’elle a dû surmonter. «Je me suis toujours nourrie des difficultés dans ma carrière. J’ai travaillé dur pour ça, depuis des années. Et là, à l’arrivée, j’ai eu un blanc. Tout à coup, c’était fini. Mon objectif était atteint.» Le bonheur qui vous percute, comme une petite mort. «C’est l’un des plus beaux jours de ma vie», dit-elle encore.

Il n’y a pas de hasard dans la conception et la réalisation d’un tel succès. Et encore moins d’approximation. Il a été pensé, mûri, élaboré avec le plus grand soin. «Le 400 m haies, c’est un peu comme une pièce d’orfèvrerie. Pour le parachever, il faut de la minutie, de la discipline, du savoir-faire et beaucoup d’huile de coude. On peut l’assimiler à une spécialité suisse», disait Peter Haas, le directeur technique national, en célébrant le titre européen de Kariem Hussein, il y a quatre ans à Zurich. La formule est plus que jamais d’actualité. Au musée du patrimoine, faudra-t-il un jour exposer la médaille d’or de Lea Sprunger entre une pendule à coucou et un four à raclette?

Non, le titre de la Nyonnaise n’appartient qu’à elle, à son talent et à sa détermination. Mais aussi à Laurent Meuwly, qui a su lui inspirer les bons choix. Car cette réussite est aussi le triomphe d’une stratégie, d’un plan de carrière. En ce sens, rien n’est fini. Tout continue. Tout reste à conquérir. Les Mondiaux de Doha en 2019, les JO de Tokyo en 2020. Et puis, forcément, ce record national (54’’25) qui appartient toujours à Anita Protti…


Monachon, de l’ombre au podium?

Il n’en tire aucune gloriole personnelle. «Je ne suis plus un athlète, ce sont les filles qui sont dans la lumière. Moi, je suis juste là pour les mettre en valeur», insiste Raphaël Monachon, le successeur de l’Allemand Ralph Mouchbahani à la tête du 4 x 100 m helvétique. Il y a cinq semaines, à Athletissima, Mujinga Kambundji et ses copines ont frappé fort (42’’ 29). Avec ce record national pétant, le Jurassien de Sonceboz a cueilli sous les projecteurs les premiers fruits de son travail de l’ombre.

L’ancien champion de Suisse du 110 m haies est ainsi, humble et discret. Cela fait depuis quatorze ans et sa retraite sportive qu’il œuvre en faveur de Swiss Athletics. À sa manière, il est un passeur, le premier relayeur. «Avec Ralph, c’est tip top. C’est un gars adorable, qui nous guide plus qu’il nous dirige. Il a une approche très pédagogique de son rôle», confie Sarah Atcho.

Cette union sacrée, presque fusionnelle, fait des merveilles. Dimanche, fera-t-elle des miracles? «On vise le podium, le plus haut possible, précise Raphaël Monachon. C’est une ambition collective et assumée, tout sauf une pression supplémentaire. L’idée est de sortir de notre zone de confort en prenant des risques calculés.»

Selon lui, le quatuor possède encore une grande marge de progression. Il parle de détails et d’automatismes à peaufiner. «C’est de la précision chirurgicale ou horlogère! Mais la base, c’est la vitesse. Cette saison, elles ont toutes amélioré leur performance personnelle. Elles sont en forme et en confiance. Mais pour que tout s’additionne il faut aussi beaucoup de stabilité mentale et une solide base technique. Car on ne fait pas que se passer un bout de bois!» Attention, l’ancien champion n’est pas qu’un GO sympa. Il se dit «carré et méthodique». Ses protégées louent ses qualités humaines. Entre eux, le dialogue est la clé de leur réussite.

«Les filles ne viennent pas de nulle part, elles ont un vécu et un palmarès communs. Avec elles, je travaille dans la continuité, en m’adaptant à leur calendrier, en respectant leurs ambitions respectives, en leur apportant mon énergie positive», note l’éducateur nutritionniste qui, à l’exception de Mujinga Kambundji, les a déjà toutes coachées chez les juniors. Dans l’ombre, on peut briller par procuration.

(TDG)

Créé: 10.08.2018, 23h34

Marathon: «Tade» fête ses… 42 km

Tadesse Abraham a atterri à Berlin fatigué et en pleine forme. À l’entendre, ce n’est pas un paradoxe. «Là, je n’ai qu’une envie, dormir. Mais dimanche mon seul travail sera d’être le meilleur.» Le ton est donné. Champion en titre du semi-marathon, le Genevois ne veut troquer l’or contre rien au monde. Surtout pas le jour de son anniversaire. «Je ne me suis encore jamais offert un cadeau, c’est l’occasion rêvée», sourit-il. D’ailleurs, quel âge a-t-il au juste? «Environ 42 km», répond-il, goguenard. Après neuf semaines de préparation intensive à Addis-Abeba, «Tade» aborde son deuxième marathon de l’année plein d’entrain et d’envie. En janvier, autour du lac Biwa, le premier avait tourné court. «J’avais souffert de problèmes respiratoires. De toute façon je n’étais pas au top.» À 36 ans, le recordman suisse est plus que jamais à l’écoute de son corps. Là, il le sent prêt à tout. Même à supporter la chaleur – plus de 20 degrés à l’heure du départ (10 h)? «De toute façon, le problème sera la même pour tout le monde», rétorque-t-il. Rien ne semble pouvoir l’importuner. L’identité de ses principaux adversaires (dont le Norvégien Moen, qui s’est approprié le record d’Europe avant lui) ne l’intéresse pas, tout comme la nature du parcours. Dimanche, entre l’église du Souvenir et la porte de Brandenbourg, il ne fera pas de tourisme. Sa tactique? «Observer, attendre mon heure et attaquer si j’ai assez d’énergie.» Simple comme Guten Tag!

Au sprint

Selina Büchel craque dans le final
Partie très fort, Selina Büchel a mené le peloton durant 600 mètres, mais cela n’a servi à rien. Elle s’est finalement largement inclinée dans la dernière ligne droite. Son rêve de médaille s’est envolé alors que le temps de la gagnante (2’00’39’’), Nataliya Pryshchepa était dans ses cordes.

Sarah Atcho
Il y a d’abord eu une larme, juste une, au coin de l’œil, comme le centième qui lui a manqué pour se glisser en finale du 200 m. Puis un torrent de pleurs a inondé le visage affligé de la Lausannoise, 3e de sa série en 22’’ 88. «C’était l’objectif de toute une saison et là tout s’écroule. Pourtant, j’avais les jambes. Dans le virage, j’étais bien, je me sentais relâchée…» Longtemps accrochée au sillage de Dafne Schippers, elle a vu l’Anglaise Beth Dobbin (22’’ 84) la coiffer sur le fil comme dans un cauchemar. Pas de qualification à la place, pas de repêchage, juste ses yeux pour pleurer. Et son cœur pour hurler son dépit: «Ça fait chier, ça va être dur de se remotiver.» En finale, il n’y aura donc qu’une Suissesse, Mujinga Kambundji, sortie de sa course (22’’ 84) mi-figue, mi-raisin. Sa déception du 100 m a laissé des traces.

Jason Joseph
n’a pas forcé les portes de la finale du 110 m haies. Une sortie de blocks catastrophique a été fatale au teenager bâlois, éliminé en 13’’ 53. Le départ, c’est le talon d’Achille du champion d’Europe U20. Il aime en sourire, mais là il faisait la grimace. À 19 ans, le nouveau recordman suisse (13’’ 39) a payé cher son inexpérience. C’est le métier qui rentre.


Finales de samedi
9 h 05:20 km marche D
10 h 55:20 km marche H
20 h:hauteur H
20 h 05:longueur D
20 h 12:400 m D
20 h 20:disque D
20 h 30:800 m H
20 h 45:200 m D.
20 h 55:5000 m H
21 h 30:4 x 400 m H
21 h 50:4 x 400 m H

Finales de dimanche
9 h 05:marathon D
10 h:marathon H
19 h 10:perche H
19 h 30:marteau D
19 h 55:triple saut D
20 h:1500 m D
20 h 15:5000 m D
20 h 55:3000 m steeple D
21 h 20:4 x 100 m D
21 h 35:4 x 100 m H

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