La Suisse réserve le court central

TennisStan Wawrinka et Roger Federer seront opposés en quart de finale, mardi, à Roland-Garros. Un scénario à peine rêvé.

Des dizaines de spectateurs suisses sont attendus dans le stade Philippe Chatrier, en plus des nombreux fans français de Federer et Wawrinka.

Des dizaines de spectateurs suisses sont attendus dans le stade Philippe Chatrier, en plus des nombreux fans français de Federer et Wawrinka. Image: REUTERS

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Il y aura un Suisse en demi-finale de Roland-Garros, vendredi. Et quelle qu’en soit l’identité, il n’était pas forcément attendu. Roger Federer était venu à Paris pour se dégourdir les jambes et prendre un bain de foule avant Wimbledon: il (se) prouve une capacité largement sous-estimée à exceller sur terre battue. Stan Wawrinka était arrivé à Paris en traînant un wagon de défaites, avec beaucoup d’entrain, certes, mais sans aucune certitude valable: il (se) prouve qu’il est de retour au sommet, là où il pourra jeter un regard contemplatif sur six mois d’immobilité totale, et une greffe au genou jamais tentée auparavant.

Il y avait beaucoup de «si», mais les Suisses ont mis Paris en bouteille. Mardi, ils se retrouveront en quarts de finale. «On a beaucoup joué l’un contre l’autre, notamment sur terre, où j’ai eu beaucoup de mal, commente Roger Federer. Mais je dirai simplement que je suis content pour Stan. Après sa grave blessure, à un moment, on pensait qu’il ne reviendrait jamais. Il entame une sorte de seconde vie sur le circuit. J’espère seulement qu’il n’est pas au niveau de 2015, où j’avais perdu sèchement (6-4 6-3 7-6).» Stan Wawrinka en sourit, pas dupe: «La réalité est que depuis, je n’ai jamais battu Roger. Je ne suis pas le seul à ne pas avoir souvent gagné contre lui. Pour moi, le défi sera d’abord de récupérer.»


Roger Federer

Il reste le maître des horloges

Le Bâlois est monté au filet 27 fois en 26 jeux, et on peut interpréter cette hardiesse de deux différentes façons. D’abord un besoin assez naturel, chez tous les surdoués, d’emprunter le plus court chemin vers le but. Ensuite une manœuvre d’intimidation assez classique, chez Federer, qu’est cette façon de monter à l’abordage bandana au vent, emporté par la foule, en espérant effrayer l’adversaire, du moins le bousculer dans ses habitudes de trimeur de fond.

Jouer vite, frapper tôt. C’est son seul salut. Dans leur jargon va-t-en-guerre, les tennis(wo)men emploient l’expression «jouer agressif», mais ce mot suppose une cruauté dont Federer est dénué, et un mauvais visage qu’il ne porterait même pas pour Halloween. Le Maître n’est pas agressif. Il est expéditif: 6-2 6-3 6-3. «Les conditions étaient difficiles, très venteuses, chipote-t-il un peu. Parfois, avec le souffle dans le dos, tu as l’impression de servir depuis un arbre ou une montagne, tandis que l’autre t’attend sur une petite colline. Mais j’ai réussi à garder ma concentration.» Et de philosopher: «Le tennis est un sport formidable, il n’est jamais ennuyeux. Chaque jour est différent.» Leonardo Mayer ne semblait pas d’humeur à lui gâcher son plaisir. Il avait bien quelques prérequis, pourtant: bras relâché, idées claires, jeu à risque, près des lignes et dans la profondeur. Chic type, dit-on aussi, envers et contre personne. «Mais Roger joue exactement de la même manière ici que sur gazon ou sur dur, il y a très peu d’adaptations à la terre battue, observe le coach Patrick Mouratoglou. L’idée consiste à entrer dans le terrain à la première ouverture et à écourter rapidement les échanges. Pour Mayer, ce style est déroutant.»

Frapper vite et tôt. Son seul moyen d’aller loin. Il s’en défend un peu, pour ne pas raviver des ragots sur son âge et son pauvre dos. «Non, je n’essaie pas de raccourcir les filières, se cabre-t-il légèrement. Mon jeu dépend beaucoup de la météo, d’abord, car la terre battue est une surface naturelle qui réagit beaucoup au vent, à la pluie, au soleil. Tout dépend aussi du style de l’adversaire. La plupart des joueurs aiment les rallyes, le classique, les gammes, tout ça… Si je veux rendre la vie agréable à ces gars-là, je reste dans la filière traditionnelle. Est-ce que je veux les contrarier? Oui. C’est pourquoi je tente des amorties, des demi-volées, des passings. Non pas parce que je n’ai pas le physique.»

Roger Federer utilise beaucoup son service kické, pour éloigner la menace de l’adversaire et gagner du temps sur sa première frappe. Il joue aussi de nombreuses balles courtes, souvent en revers slicé, pour attirer sa victime au filet et l’achever d’un coup sec. Toutes ces ruses sont celles d’un homme espiègle, certes, et néanmoins pressé, habité par l’idée qu’il est le maître des horloges, lui aussi.


Stan Wawrinka

Il remet sa cape de champion

En ce jour qu’il n’oubliera jamais, Stan Wawrinka a réussi deux prouesses: lâcher ses coups et retenir ses larmes. Des mois qu’il attendait ce moment. «C’est pour ça que je suis revenu, pour ces émotions, pour cette atmosphère, merci, merci!» a-t-il lancé à la foule.

Des mois qu’il attendait ce moment où, enfin, il n’y aurait plus, ni dans son corps, ni dans son jeu, ni dans son subconscient, la moindre entrave et le moindre doute. Le moment où il redeviendrait un grand joueur de tennis.

Après 5 h 09 d’une bataille sous le cagnard (7-6 5-7 6-4 3-6 8-6), «Stan the Man» a remis sa cape de supergagneur (ne pas employer le mot héros qu’il trouve inconvenant). Il était là, à l’ombre du soleil couchant, à ne pas savoir s’il devait pleurer ou exulter, heureux, très simplement, avec même un côté born again, petit nez rouge sur un sourire de poupon; revenu de loin, «de tellement loin». «Et à un centimètre près, le nom du vainqueur pouvait changer. À quoi ça tient, une carrière…»

À un centimètre près, plus exactement à un doigt, selon le barème officiel de l’arbitre, la balle de match basculait dans l’autre camp. Stefanos Tsitsipas ne sait toujours pas pourquoi il a laissé filer ce passing gagnant, pourquoi il l’a vu dehors, pourquoi il a lâché une affaire qu’il avait bien en main. Pourquoi? Parce qu’à 20 ans, même si l’on en fait facilement cinq de plus, on n’a pas le vécu, le ressenti et l’instinct de survie d’un triple vainqueur de Grand Chelem. Tsitsipas en a pleuré. «C’est même la première fois que je craque», a-t-il hoqueté en conférence de presse, mais ce n’est pas vraiment sa faute. Car à partir du quatrième set, le plus clair du temps, Wawrinka est redevenu Wawrinka, épuisé et increvable à la fois. Il a passé presque deux heures à défendre farouchement son service, jusqu’à sauver un total de… 22 balles de break, dont deux à 5-5 dans la dernière manche. Un jeu de jambes moins précis, une position plus reculée, des appuis qui lâchent, des fragilités qui fâchent. «Bouuuuuuge», s’est-il exhorté après quatre heures trente, sadique et masochiste. Par-dessus tout: une volonté hors norme, une tête dure, un mental de champion, un tennis capable de toutes les fulgurances et un corps rompu aux supplices des défis impossibles.

De passings gagnants en courses désespérées, personne ne savait s’il fallait s’engouer ou s’inquiéter, alors beaucoup en sont restés cois. «Incroyable, incroyable Wawrinka», a répété Arnaud Clément. Welcome back, Stan the Man… «Je ne parlerais pas de seconde vie ni de sacrifice, c’est bien trop fort pour du tennis. Mais je suis heureux de revenir en quarts de finale d’un Grand Chelem. Très heureux, oui.»

Créé: 03.06.2019, 07h39

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