Jouer comme Jaume Munar et percer dans le tennis

TennisToni Nadal, oncle et mentor du champion, critique les jeunes d’aujourd’hui et les envoie regarder Munar. Nous lui avons obéi.

Chez Jaume Munar, il n’y a rien à admirer, mais il y a beaucoup à apprendre, à comprendre, d’un cheminement personnel qui cherche la solution à chaque problème.

Chez Jaume Munar, il n’y a rien à admirer, mais il y a beaucoup à apprendre, à comprendre, d’un cheminement personnel qui cherche la solution à chaque problème. Image: AFP

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Toni Nadal pense que les jeunes n’en font pas assez, sauf quelques-uns: «Aux élèves de Manacor, je dis toujours qu’il faut regarder jouer Jaume Munar.» Au mépris de notre âge rédhibitoire, nous avons donc suivi son conseil jusqu’au court No 4, où est immédiatement apparue la silhouette petite et rondelette d’un jeune Espagnol de 22 ans, matricule 52 à l’ATP, dont tout le corps semblait vibrer en permanence: voici donc Jaume Munar…

Quelques minutes ont suffi à comprendre ce qui plaît tant à la famille Nadal, en particulier à l’oncle Toni qui, dans un entretien à «L’Équipe», soulevait samedi la délicate question des jeunes d’aujourd’hui et de leurs fragiles engouements. «Je vais essayer de le dire avec tact: peut-être que ces jeunes manquent un peu d’engagement vis-à-vis de leur sport, de leur carrière. Je crois qu’ils pourraient être un peu plus impliqués. Ils sont très bons. Mais j’ai parfois l’impression que quand ils jouent bien, tout va bien, et quand ils jouent mal, ils ne fournissent pas l’effort maximal, ils n’essaient pas de changer quelque chose.»

Joue-la comme Rafa

On a voulu voir Munar, et on a vu Nadal. Le jeune homme lifte rageusement, aligne ses bouteilles sur le sol par ordre de grandeur, crie vamos et cavale dans tous les coins, serre le poing quand il gagne l’échange à 6-5 40-0 contre lui. Il paraît toujours battu, jamais abattu, il semble considérer ses capacités modestes comme une forme de revendication, celle de l’ambition assumée face aux humeurs volages.

À travers le prisme de ce garçon ordinaire, prodigieusement obstiné et perspicace, Toni Nadal questionne le rapport à la frustration et au désir. «J’ai l’impression que la frustration gagne les joueurs plus vite qu’avant. D’ailleurs, ce n’est pas propre au tennis. Je crois qu’on est trop habitué à dire seulement des gentilles choses à tout le monde, «tu es très bon», mais la vérité est souvent différente.»

Derrière le phénomène de société, il y a la réalité augmentée du tennis de compétition: «On parle souvent du talent d’une personne mais, selon moi, un talent en particulier prime sur tous les autres: la capacité à progresser. Si tu penses que tu es trop bon, tu veux tout, tout de suite. Mais si tu penses que tu n’es pas si bon, alors tu te dis que tu dois apprendre, faire, refaire, refaire encore. Et ça crée des différences.» Pour étayer son constat, Toni Nadal rappelle qu’à l’âge de 15 ans, Richard Gasquet et son neveu étaient «sur la même ligne…»

Constat suivant: aucun joueur de moins de 25 ans n’a remporté un Grand Chelem depuis dix ans. Jaume Munar ne sera pas forcément celui-là, il n’y a rien à admirer chez lui, mais il y a beaucoup à apprendre, à comprendre, d’un cheminement personnel qui cherche la solution à chaque problème, qui n’a pas les moyens de la démonstration et s’épanouit dans la confrontation, qui agit, qui vit, qui exprime une forme d’intensité romantique, sans arrière-pensée liée à l’enjeu ou à la carrière. «Vouloir gagner, chercher à progresser», prêche Rafael Nadal.

On repense à ces mots de Stan Wawrinka, au dernier US Open: «Un joueur doit désormais concilier l’endurance, l’explosivité et la puissance. Il faut des années pour façonner un athlète aussi complet. Sur les Grand Chelem, les trentenaires gèrent mieux la durée, la répétition des efforts à haute intensité. Les jeunes échouent parce que, précisément, ils doivent passer par ce long processus de maturité physique et mentale. Certains n’en ont pas le courage.»

Selfies et sceau de mojito

On repense aussi à ce vainqueur de tournois qui, photos à l’appui, dénonçait des délires narcissiques et des vacances à Saint-Tropez les pieds dans le sceau de mojito: «Certains jeunes préfèrent un selfie avec JAY-Z qu’une photo avec le trophée à Cincinnati.» Une petite pensée, encore, pour Grigor Dimitrov, baptisé «Baby Fed» avant même de pousser son premier cri de guerre: «Certaines choses sont arrivées trop tôt. J’ai perdu tout repère.»

Toni Nadal ne plaisante qu’à moitié: «Il faut que la nouvelle génération arrive au plus haut niveau, sinon Federer, à 45 ans, jouera encore des finales.» Son neveu renchérit avec le même soupir entendu: «Les anciens, nous avons un état d’esprit tourné vers la progression, en permanence. Nous avons la passion. Et nous sommes plus généralement de gros travailleurs.»

Regarder Federer et rêver. Voir Munar et courir.


Wawrinka se lâche un peu

Passé quelques crispations tenaces, Stan Wawrinka a confirmé ce que tout le monde suspecte, et que lui-même présente comme une conviction intime: il est de retour à son meilleur niveau. «Je suis très heureux de mes deux derniers sets, reconnaît-il. J’ai mis davantage d’intensité, j’ai opéré des choix clairs, et j’ai retrouvé une bonne première balle de service. C’est toujours un soulagement de passer un premier tour de cette façon…»

«Stan the Man» s’est lâché un peu, beaucoup, passionnément. «J’ai eu beaucoup de plaisir sur le nouveau court des serres.» Pour la folie, il faut encore en chercher les bribes dans quelques changements de rythmes foudroyants et autres diagonales de revers caractéristiques. «Mais ça vient, c’est certain, poursuit-il. Je crois toujours en moi, même si les résultats ne me donnent pas toujours raison. Mon niveau de jeu est bon, je le sens, je le sais.»

Après avoir assommé Jozef Kovalik (6-1 6-7 6-2 6-3), Stan Wawrinka testera sa capacité de résilience face à l’excellent Chilien Cristian Garin, ATP 37. Avec un peu plus de convictions, et ça veut dire beaucoup. CH.D.

Créé: 28.05.2019, 07h20

Fenêtre sur court

Les solistes
Rafael Nadal a fait son entrée dans un central désert, sous le coup de 13 h 30 et du plateau fromages, pour boucler l’affaire avant même les mignardises (6-2 6-1 6-3 face à Yannick Hanfmann). Novak Djokovic lui a emboîté le pas (de charge) devant des tribunes aux deux tiers pleines, à l’heure du goûter (6-4 6-2 6-2 face à la révélation de ce printemps, Hubert Hurkacz). Et ce soir, on mange quoi?
Le rescapé
Repêché après le forfait de Sam Querrey, Henri Laaksonen a saisi sa chance de défier Novak Djokovic, un honneur acquis avec une relative sérénité face à l’Espagnol Pedro Martinez (6-1 6-0 7-6). Relative car «Unser Riton» a tout de même écarté une balle de troisième set et semblé tressaillir quelques instants.
Un ange passe
Tout ce que le tennis compte d’hédonistes s’était donné rendez-vous sur le court No 12 où Viktorija Golubic, l’un des plus beaux touchés du circuit, et Su-Wei Hsieh, étrangeté magnifique, étaient opposées dans un concours de virtuosité. Avec son petit corps fluet et ses battements de bras légers, la Taïwanaise a fait voltiger la balle, toujours à deux mains, dans un sublime ballet aérien. Jusqu’à devenir hors d’atteinte (6-4 3-6 6-0). CH.D.

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