Ce que gagne un coach de tennis, de la star au smicard

US OpenIl existe autant de tarifs différents que de fonctions: mentor, psy, homme à tout faire. Immersion dans une corporation bigarrée.

Daniel Vallverdu (ex-Murray, Berdych, Dimitrov) est l’un des entraîneurs les plus prisés du circuit ATP. Son salaire est estimé à 5000 dollars la semaine, hors prime et frais.

Daniel Vallverdu (ex-Murray, Berdych, Dimitrov) est l’un des entraîneurs les plus prisés du circuit ATP. Son salaire est estimé à 5000 dollars la semaine, hors prime et frais. Image: ACTION IMAGES

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Dans les bus qui relient les hôtels de Manhattan au site de Flushing Meadows, les coaches forment une communauté aussi distincte que les Amish ou les Hare Krishna: shorts fatigués, chaussettes blanches jusqu’aux mollets, polo fluo sur un bronzage 100% écolo. «Certains voyagent toute l’année dans cette tenue et ne possèdent même pas une paire de jeans», médit un collègue quadragénaire.

À l’US Open, ils seraient près de 500 coaches accrédités, répartis en trois corps de métier moins distincts: les manitous, les porteurs de sacs, et les psys – voire les nounous. Pour des questions de commodité, certain(e)s joueurs(euses) font le choix affectif d’un ancien collègue et ami, «souvent aussi parce que ça coûte moins cher», glisse le même rapporteur, qui nous servira de guide pendant cet article.

Les contrats sont généralement établis sur une base régulière, à partir d’un nombre annuel de semaines et d’un catalogue de prestations bien définis. Outre le salaire, la rémunération comporte une part variable indexée aux résultats, généralement 10% des gains en tournoi. S’ajoutent toute une série de bonus: performances en Grand Chelem, progression au classement, évolution des statistiques personnelles. Parmi les couches défavorisées, les contrats sont renégociés après chaque palier: top 150, top 100, top 50…

Une charge très lourde

Sur le circuit professionnel, le SMIC se monte à 1250 dollars la semaine, tandis que les hauts revenus culminent à 5000 dollars. Pour un coach du top 30, compter une moyenne de 12 000 dollars mensuels, soit le salaire que percevrait Severin Lüthi au service de Roger Federer. C’est nettement moins que les émoluments du coach principal Ivan Ljubicic, classé dans la catégorie plus prestigieuse des anciens champions ou des nouveaux influenceurs, d’une certaine élite de la pensée tennistique, pour laquelle il n’existe aucune norme tarifaire. Entre autres records, Brad Gilbert a reçu un million de livres de la Fédération britannique, quand la livre valait encore 2 dollars, pour chaperonner le jeune Andy Murray sur le chemin du succès.

«Les meilleurs coaches gagnent bien leur vie, les moyens difficilement, les autres pas du tout», schématise Patrick Mouratoglou, membre honoraire de la première catégorie. Même à 5000 dollars par mois, la charge financière peut devenir une lourde responsabilité. Elle devient même un poids pour une classe moyenne dite prolétaire, condamnée à gagner des points et des clopinettes dans des antichambres surpeuplées (challengers, tournois ITF). «L’an dernier, le poste entraîneur m’a coûté 66 000 euros, le double de mes gains», dévoile une joueuse du top 200. À l’instar des Suissesses Ylena In-Albon (20 ans/WTA 234) et Conny Perrin (28 ans/WTA 188), certain(e)s partagent un coach, en l’occurrence l’Uruguayen Gonzalo Vitale.

Dans les situations de dénuement extrême, les parties conviennent d’une rémunération basée essentiellement (de 20 à 50%), voire exclusivement sur l’intéressement aux résultats, plus les frais. Ces salaires à la performance présupposent que le coach croit totalement en son joueur – sans négliger ses propres capacités à le sublimer. Exemple: une ex-numéro trois mondiale, retombée au-delà du quatre-centième rang après une longue dépression, a proposé la moitié de ses gains pour tout salaire – qu’elle n’avait quoi qu’il en soit pas les moyens de payer. La collaboration a pris fin après trois semaines de déficit.

Sharapova est «radine»

Un coach reste cher, en tout état de cause. «Les honoraires sont une chose. Mais il faut ajouter le logement, les repas et les transports. On arrive vite à 300 francs de frais par jour, plus les voyages.» Étrangement, ou pas, les joueurs les plus pingres seraient les nouveaux riches. «Quand certains (et certaines) commencent à gagner beaucoup argent, ils se mettent à penser que tout leur est dû, et à «oublier» de payer les primes ou les charges sociales. De nombreux litiges sont réglés au tribunal.»

Robert Lansdorp, ancien coach de Pete Sampras et de Maria Sharapova, raconte dans «Inside Tennis»: «De toute ma carrière, je n’ai jamais reçu le moindre cadeau. Pas même une petite attention à 500 dollars. Des joueurs sont devenus multimillionnaires avec moi et je n’ai rien eu en retour. Je vous le dis, si Maria (Sharapova) ne dépose pas un jour une Mercedes décapotable dans l’allée de ma villa, je me tire une balle.»

À ce jour, aucun diplôme ne valide le coach, aucun cursus ne le distingue des ignorants débrouillards, des parents despotiques et des marchands de rêves. Ils ont tous le même statut, la même position du missionnaire, à propager la foi auprès de leurs ouailles sans aucune garantie de les intéresser. C’est là toute l’ambiguïté de la fonction de coach où, par nature, l’employeur devient l’employé, où le joueur engage une autorité morale pour le commander, en lui demandant d’exercer un plein pouvoir qu’il ne lui accordera jamais. «De nombreux joueurs font sentir que ce sont eux qui paient, et n’écoutent pas leur coach.» Ces coaches-là, dans le bus, ont beaucoup de sacs.

Créé: 27.08.2019, 07h36

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