Ce Vendée Globe est déjà celui de tous les records

Voile La huitième édition de la plus dure et mythique des courses cartonne comme jamais. Dimanche, 250 000 spectateurs seront aux Sables-d’Olonne pour célébrer les 29 héros de la mer.

La foule se presse – plus d’un million de personnes depuis trois semaines – sur le ponton des Sables-d’0lonne, où sont alignés les 29 bateaux de la course.

La foule se presse – plus d’un million de personnes depuis trois semaines – sur le ponton des Sables-d’0lonne, où sont alignés les 29 bateaux de la course. Image: AFP

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Ils ont fait des kilomètres. Ils se sont parfois un peu énervés dans les bouchons. Mais ils sont là. Fidèles. Sur les pontons, l’ambiance est quasi religieuse. On avance au pas dans un brouhaha qui ressemble à un murmure. Tous les quatre ans, la procession est la même. Le Vendée Globe fascine toujours plus. La huitième édition explose déjà tous les records. Jamais autant de monde n’est venu voir les bateaux. Jamais les budgets des équipes n’ont été aussi élevés pour les nantis, et serrés pour les smicards des océans. Ces paradoxes font la beauté de cette course qui reste unique et qui cultive sa rareté. A l’instar d’une Coupe du monde de football qui réveille la planète football, c’est tous les quatre ans que la voile excite la curiosité d’un très large public.

L’aventure demeure

Rencontré sur le village du Vendée Globe, le président de la course, Yves Auvinet, savoure le spectacle qui s’offre à lui. Depuis la loge de l’espace Vendée, situé au deuxième étage, il s’extasie devant le tableau. Vingt-neuf bateaux alignés le long du ponton le plus célèbre du monde. Et au milieu coule une rivière humaine…

«Le succès de cette édition dépasse déjà toutes nos attentes, détaille celui qui a succédé à Bruno Retailleau à la présidence de la SAEM Vendée, la société anonyme d’économie mixte organisatrice de la course. Bien sûr, la météo a été favorable. Mais c’est surtout la nature même de cette épreuve qui fascine le public. Malgré les avancées technologiques et une communication très efficace, cette course reste une aventure humaine unique. C’est le seul tour du monde par les trois caps qui se fait en solitaire, sans escale et sans assistance.»

Cette trilogie immuable reste le ciment d’une épreuve qui est pourtant victime d’une sérieuse inflation. «Il est vrai que certains budgets de grosses écuries prennent l’ascenseur, reconnaît Yves Auvinet. Mais il y a, et il y aura toujours, de la place pour des marins et des équipes plus modestes. Ce qui se passe avec Alan Roura, «votre» navigateur suisse, en est le meilleur exemple. Son histoire interpelle et séduit tant les médias que le public.»

Avec son budget de 400 000 euros, le Genevois est le smicard de ce huitième Vendée Globe. Les plus grosses écuries, parmi lesquelles il faut classer Banque Populaire, Edmond de Rothschild, Hugo Boss, dépensent vingt fois plus que le skipper de La Fabrique. Les bateaux des stars du Vendée Globe sont choyés par des préparateurs professionnels. En coulisse, une armée de communicants œuvre avec un sourire toujours affiché. Tout est fait pour que le skipper dépense le moins d’énergie possible et qu’il se présente dans le chenal des Sables, dimanche, avec un maximum de fraîcheur.

Ce confort, Alan Roura en rêve. Mais jusqu’au bout. Jusqu’au moment de larguer les amarres, le benjamin de la course sera à bord pour améliorer ce qui peut l’être. Depuis trois semaines que La Fabrique est adossé au ponton des Sables, Alan Roura admet vivre dans un tourbillon à la fois enivrant et extrêmement usant. «C’est de la folie furieuse, raconte-t-il. Certes tout se passe dans le calme. Mais le moindre déplacement prend un temps fou. Il faut dix minutes pour faire trente mètres.» Le directeur de la course est conscient qu’une sorte de limite est atteinte. Avec 300 000 visiteurs la première semaine, 350 000 lors de la deuxième et 500 000 pour la troisième – 250 000 personnes sont attendues dimanche pour le départ – cette huitième édition fait exploser les compteurs. «La gestion des flux de visiteurs est gérée au mieux, dit Yves Auvinet. Certes, on n’avance pas très vite sur l’allée centrale mais on avance. Tout se passe dans une ambiance très conviviale.»

Le ponton affiche complet

Ils ont fait des kilomètres pour voir ces bateaux et toucher du bout des doigts l’aventure. Un homme, un bateau, la mer. Chacun peut s’identifier à un marin. «Cela crée du lien fort entre le public et les navigateurs, dit Yves Auvinet. Une fois qu’ils seront partis, on les suivra à la trace.»

Pour élire leur chouchou, les spectateurs ont l’embarras du choix. Avec 29 concurrents au départ, le ponton affiche complet. Seule l’édition de 2008 a fait mieux avec un bateau de plus. «Trente places, pas une de plus, dit le patron. Pour des questions pratique, nous ne pourrons pas augmenter ce nombre. Normalement, le ponton possède 27 places. Là, nous avons dû demander à certains concurrents de s’amarrer en quinconce pour pouvoir caser tout le monde. Nous sommes très heureux que les équipes aient toutes joué le jeu. Cela nous a donc permis d’accueillir deux marins de plus, et notamment l’Irlandais Enda O’Coineen. C’est ainsi qu’avec dix nationalités représentées, on bat aussi un record.»

C’est donc pour faire de la place aux derniers venus que La Fabrique se retrouve avec le museau collé au quai. «Je peux me planquer dans le cockpit, rigole Alan Roura. Cette foule, c’est superbe. Mais franchement, nous n’avons tous qu’une seule envie désormais, c’est de se retrouver seul en mer.»

Vingt-neuf marins sont prêts à faire des milliers de milles pour faire rêver les gens.


«Attention aux accidents de la route»

Il a tout vu, tout vécu. Le docteur Jean-Yves Chauve en est à son huitième Vendée Globe! Il a toujours cette bonhomie et cette passion communicative. Croisé au village du Globe, il s’est livré avec sa franchise habituelle. Avec l’avènement des bateaux à foils et l’élévation de la vitesse de ces monocoques, le praticien ne cache pas une certaine appréhension. «Attention aux accidents de la route! martèle le docteur Chauve. Depuis plusieurs éditions, la traumatologie évolue. En 2008, nous avions été très marqués par la blessure de Yann Eliès. Jusque-là, personne n’imaginait qu’un marin puisse se retrouver sur le pont de son bateau avec une fracture du fémur.» En 2016, le médecin craint qu’une nouvelle étape ne soit franchie. «Les chocs seront plus violents, dit-il. On peut craindre des hémorragies internes et des commotions cérébrales. Les derniers bateaux construits atteignent aisément les 30 nœuds. En imaginant un freinage brusque avec une décélération de 15 nœuds, on se retrouverait dans la configuration d’une voiture qui foncerait dans un mur à 30 km/h. On peut donc imaginer les conséquences. D’autant plus que les marins ne sont pas forcément bien protégés.»

Interrogé sur la notion de risque, Sébastien Josse, le skipper de Gitana 16, ne ressentait de pression particulière et n’envisageait pas d’endosser un équipement particulier. «Je ne mettrai pas de casque, nous avait-il dit. J’aurai parfois des genouillères. C’est vrai que ces bateaux tapent fort. Il faudra donc être attentif, anticiper au maximum les chocs et parfois, aussi, adapter la vitesse.»

Le docteur Jean-Yves Chauve espère qu’il sera le moins sollicité. «Moins on m’appelle et mieux je me porte. J’ai insisté sur un point auprès des coureurs, c’est sur le sommeil. La gestion du sommeil est le garant de la vigilance. Un homme fatigué est un homme plus vulnérable. Il suffit d’une seconde d’inattention pour être projeté en avant.» Pour se prémunir contre ses désagréments, certains marins ont installé des filets amortisseurs dans leur cockpit. Pour que la chute soit moins dure. G.SZ (TDG)

Créé: 04.11.2016, 20h10

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